L'UNEF immuable et énervante (2)

Le communiqué de presse et le dossier de presse de l’UNEF du 22 juillet 2013 (Frais d’inscription, sélection illégale, 36 universités hors-la-loi) a fait peur à la Ministre Geneviève Fioraso.

Le 20 juillet 2012, j’ai publié une chronique intitulée L’UNEF immuable et énervante (1). J’invite les lecteurs du blog à la lire ou à la relire : les arguments de l’UNEF contre les droits illégaux et contre les diplômes qui pratiquent une sélection à l’entrée n’ont guère changé depuis l’année dernière, mes critiques et mes questions non plus (d’où le choix du même titre).

Mais en 2013, la situation financière d’un grand nombre d’universités s’est dégradée. L’UNEF ne peut pas ne pas en tenir compte : elle est d’ailleurs à la pointe du combat contre la réduction de l’offre de formation à Paris 1 Panthéon Sorbonne. L’UNEF a donc dû, cette année, trouver de nouvelles explications aux pratiques illégales de quelques dizaines d’universités.

« Les difficultés budgétaires des universités françaises ne sont plus un mystère. L’année prochaine, 50% des établissements risquent de connaître une situation de quasi faillite. Deux phénomènes expliquent cette situation. D’abord le passage à l’autonomie a provoqué un important transfert de charges sans réelle compensation financière de la part de l’État. Ensuite, les choix des établissements de préserver certaines dépenses (liées au projet d’excellence et à l’attractivité par exemple) les prive des fonds nécessaires pour financer leurs personnels ou encore les formations qu’ils dispensent ». Faut-il rappeler ici que l’UNEF ne s’est pas opposée à la loi  Pécresse d’août 2007 ?

« Plutôt que de se rendre à l’évidence et d’exiger un refinancement par l’Etat de nos universités ainsi qu’un fléchage des budgets vers leurs missions fondamentales de formation, certains établissements redoublent d’imagination pour masquer la pénurie… dans la plus grande illégalité. Deux types de pratiques illégales ont aujourd’hui court [sic] : la mise en place de frais d’inscriptions illégaux pour trouver de nouvelles ressources et l’instauration de barrières sélectives pour tenter de réduire le nombre d’étudiants« . Pourquoi l’UNEF veut-elle que le nombre d’étudiants croisse en premier cycle universitaire alors que les moyens financiers diminuent ? Est-ce pour faire progresser le taux de réussite des étudiants ? Naïveté !

Mais l’UNEF n’est pas à cours de solutions financières : l’État n’a qu’à payer. 252 millions d’euros pour accueillir les 23.400 bacheliers que les universités perdent chaque année, 307 millions pour réduire les inégalités entre universités, 286 millions pour améliorer l’encadrement en premier cycle, sans compter les 200 millions obtenus pour le plan d’action social d’ampleur. L’UNEF ne suit-elle pas l’actualité du cadrage financier des différents ministères par Bercy : évolution du budget de la MIRES = 0%.

Mais l’UNEF a réponse à toutes les objections : il n’y a qu’à piquer l’argent du grand emprunt (les investissements d’avenir) et du Crédit impôt recherche (CIR). Mais il y a comme un petit problème : contrairement aux promesses de François Hollande, les investissements d’avenir continuent de plus belle et pas question de toucher au CIR : cela fâcherait les entreprises ! Bref, les revendications et les argumentations de l’UNEF ne tiennent pas debout.

Geneviève Fioraso a peur de l’UNEF. Le 1er syndicat étudiant crie fort, mais, au fond, il a peur des étudiants. Il a peur de traiter au fond les deux tabous de l’université de France : les faibles droits d’inscription et la sélection à l’entrée de la licence universitaire. Pour aller plus loin : 59 chroniques sur les droits d’inscription, 48 chroniques sur la sélection.

16 Commentaires

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16 réponses à “L'UNEF immuable et énervante (2)

  1. RP

    Cher Pierre
    J’ai également commis un article sur ce sujet, qui rejoint vos propos : http://rpierronnet.wordpress.com/2013/07/22/le-marronnier-des-pratiques-illegales-des-mechantes-universites/
    Amitiés

  2. Marianne

    A force de vouloir nier la réalité et toute sélection, on finit par faire couler le système universitaire…Presque la moitié des bacheliers s’orientent vers des filières sélectives..A force les licences deviennent un peu des poubelles…

  3. LB

    L’UNEF c’est le « cancer » des Universités françaises. Il prolonge ses « metastases » vers les filières sélectives les IUT, les STS et les CPGE via le gouvernement actuel. L’Unef est infiniment plus écoutée par Fioraso et Hollande que les professeurs des universités, les professeurs agrégés et les maîtres de conferences.
    Il ne faudra pas être étonné si un jour l’UNEF exige Normale Sup pour tous…

    Voilà le vrai grand problème des universités française…aucun ministre n’a osé l’ablation définitive…

  4. François Brunet

    Tempête dans un verre d’eau? Est-on certain que Mme Fioraso et les présidents des universités citées dans ce rapport aient « peur » de l’UNEF, quand la moitié des universités est au bord de la faillite? Le discours de l’UNEF (il faut exiger ceci ou cela plutôt que de faire payer ceci ou cela) montre que ce « syndicat » est à peu près aussi déconnecté ou déphasé que les parlementaires qui se sont écharpés sur l’anglais à l’université ou sur la composition du sénat universitaire en sachant qu’ils n’auraient pas un centime à donner à l’ESR. La seule réalité est que la loi Pécresse et l’exubérance qui l’a accompagnée ont congelé le débat sur les universités en France pour un temps qui s’annonce long. L’UNEF est dans le congélateur, naturellement; faut-il s’en émouvoir?

  5. François

    @ Marianne  » Presque la moitié des bacheliers s’orientent vers des filières sélectives  »

    Vous sous-estimez la réalité analysée par la DEPP dans le RERS 2012 qui est que sur 425 000 titulaires du bac français qui entreprennent des études supérieures seuls 185 000 (43%) entrent dans des filières non-sélectives (dont les études médicales où la sélection et simplement repoussée d’un an).

    240 000 titulaires de ce même bac français se dirigent vers les filières sélectives (IUT, CPGE, STS, entrées directes en écoles d’ingénieurs et de commerce, divers établissements publics et privés).

    En nombre d’inscrits, l’ensemble LMD n’est majoritaire que  » grâce  » aux redoublants et futurs décrocheurs qui constituent près de la moitié des effectifs :
    – licences LMD : 680 000 incrits, 117 000 diplômes par an pour un cycle d’études de 3 ans
    – masters LMD : 364 000 inscrits, 103 000 diplômes par an pour un cycle d’études de 2 ans

  6. Marianne

    @François Dans ce cas ça confirme ce que je disais….Les licences deviennent vraiment des poubelles….

  7. François

    Les chiffres les plus surprenants concernent le master. Ils montrent qu’il n’y a peut-être pas seulement un problème de niveau initial (puisque le M1, même s’il n’est pas véritablement sélectif, impose tout de même d’avoir réussi une licence).

    Il ne s’agit pas non plus d’un problème de motivation : les étudiants savent que sur le plan de leur « employabilité » future le master apporte une valeur ajoutée considérable à la licence, diplôme dont la reconnaissance par les entreprises est faible (ce qui est une spécificité française).

    Alors serait-ce un problème de suivi insuffisant des étudiants ? Ne faudrait-il pas s’inspirer des méthodes des IUT, STS et autres CPGE ?

  8. François

    En ce qui concerne l’opposition farouche de l’UNEF à la sélection (voir http://unef.fr/2013/07/22/frais-dinscriptions-selection-illegale-36-universites-hors-la-loi/ )existe-t-il des enquêtes pour savoir si la sélection (sur critères autres que les frais d’études) nuit à la mixité sociale chez les DIPLÔMÉS ?

    Il me semble qu’habituellement on se contente de publier des statistiques sur la mixité sociale chez les INSCRITS, ce qui peut conduire à certaines dérives décrites récemment par Le Monde (journal pourtant habituellement très favorable à tout ce qui peut favoriser la mixité sociale) : http://www.lemonde.fr/enseignement-superieur/article/2013/05/27/l-universite-face-aux-faux-etudiants-boursiers_3417985_1473692.html

  9. Nope12

    Je me permets, à contre-courant, de faire remarquer que jusque là, aucune université n’a intenté une action contre l’UNEF pour diffamation. Et que les communiqués successifs en réponse à ce « classement » ne citent jamais les éléments légaux ou jurisprudentiels sur lesquels s’appuient leurs prétentions.
    Cela n’empêche pas pour autant que ce classement soit exécuté parfois un peu rapidement et soit tire des conclusions parfois hâtives soit oublie certaines pratiques (DU couplés à des masters, etc.).

  10. Anthony G.

    @Nope12 : de la même façon, combien de recours aux TA l’UNEF a-t-elle ? Elle juge que les universités sont dans l’illégalité… mais je ne savais pas qu’elle avait ce pouvoir. C’est avant tout de la « communication », elle occupe durant 2/3 jours les médias et fait sa pub auprès des néo-étudiants. Rendez-vous fin aout sur le « coût de la rentrée qui augmente de X% » !

    Blague à part, je rejoins les avis de François Brunet : L’unef est vraiment déconnectée de la réalité.

  11. Ano Nyme

    Ça m’inquiète assez l’influence que peut avoir un «syndicat» (qui représente toutefois assez peu les étudiants) par un simple communiqué.
    Même si l’UNEF est qualifié de «proche du pouvoir», de là faire peur à la ministre… (même des élus n’auraient pas forcément obtenu un tel résultat côté ministère).

    Il serait temps que les étudiants cessent de voter pour ce syndicat mollasson qui passe son temps à défendre d’autre intérêts que ceux des étudiants.

  12. Pierre Dubois

    Lire aussi le dossier très documenté de Camille Stromboni et de Sophie Blitman sur EducPros
    http://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/l-unef-denonce-une-selection-et-des-frais-d-inscription-illegaux-a-l-universite-entre-communication-et-realite.html

    Droits de scolarité dans l’enseignement supérieur
    http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000026274636&categorieLien=id

    Les droits de scolarité pour les diplômes d’université sont libres. Ils sont une solution pour les universités à la recherche de ressources propres plus importantes.
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2013/07/05/developper-les-du-payants/

  13. Naïf déçu

    Comme beaucoup, sans doute (car je n’ai rien d’exceptionnel), j’ai longtemps cru (et défendu le point de vue) que les syndicats étaient essentiels à la défense des valeurs fondamentales de la République, du service public en particulier, contre l’immoralité du libéralisme.
    Et puis j’ai progressivement pris conscience que les syndicats sont en fait des sortes de lobbies – comme il en existe bien d’autres que je condamne au nom des valeurs sus-citées.
    Leur discours est parfaitement rôdé et ressert quelle que soit la situation – la « défense des acquis », par exemple, justifiant la préconisation de l’immobilisme, politique mortelle dans un contexte en permanente évolution : n’est-ce pas ainsi que l’on explique la disparition des espèces, par leur incapacité à s’adapter ?
    Les mots d’ordre non plus ne changent pas, même si on les sait parfaitement irréalistes : à quoi rime actuellement d' »exiger » des crédits et des créations d’emplois – qui peut croire que ces (justes) revendications seront prises au sérieux, ou seulement même entendues ? Pas même leurs auteurs sans doute.

    Je suis de ceux qui regrettent que les syndicats représentent de moins en moins les populations au nom desquelles ils sont censés parler – quel est le risque, pourtant, pour un étudiant, d’adhérer à l’UNEF, ou de simplement voter pour l’UNEF ? On ne peut ici invoquer la vindicte d’un patron attentif à la moindre occasion de licencier un syndicaliste gênant.
    Ne serait-ce justement pas que les discours tenus, pour récurrents qu’ils soient, ne sont plus crédibles ? Mme Fioraso (après d’autres) peut d’autant plus aisément feindre de les juger dangereux, et se donner l’air d’en tenir compte, qu’ils n’ont strictement aucune importance réelle. Opération de communication qui permet peut-être de se concilier certains étudiants et / ou autres personnels de l’Education nationale.

    En dehors des bien connues « carrières syndicales », le lobbying s’observe très concrètement au niveau des syndicats d’administratifs : il suffit de consulter les listes des promus – toutes manipulations couvertes par la hiérarchie, car c’est ainsi que s’obtient une « paix sociale » dont le maintien auréole la réussite (et donc la progression) d’une carrière pour un responsable de haut niveau.

  14. vincent92

    Je ne comprends pas votre argument, M. Dubois sur le CIR et les Investissements d’avenir (IA). Vous reprochez à l’UNEF de ne pas suivre l’actualité, mais en réalité elle propose des alternatives politiques à la ligne gouvernementale en suggérant de réaffecter certains crédits.

    D’une part, sur les IA, le gouvernement a annoncé qu’une partie de cet argent irait à l’enseignement supérieur. Il est donc plutôt logique pour l’UNEF de se positionner sur ce terrain pour obtenir une précision de cet engagement de la part du gouvernement.

    D’autre part, sur le CIR, ce n’est pas parce que le gouvernement refuse d’y toucher que l’UNEF ne doit pas proposer cette alternative! Vous avez vous-même sur votre blog critiqué les CIR. N’est-ce pas le rôle d’un syndicat que de proposer des réaffectations de crédits ? N’est-ce pas plus responsable que de proposer systématiquement des dépenses nouvelles ?

  15. Pierre Dubois

    @ Naïf déçu
    je partage largement vos analyses… hélas ! Pour éviter que les responsables des organisations étudiantes n’entrent trop vite dans des carrières politiques ou assimilées, ils devraient prendre l’engagement, avant d’être élus au bureau national, de faire un service civique ou un volontariat international : ils s’ouvriraient ainsi d’autres horizons !

    Deux colloques organisés par des responsables étudiants m’ont convaincu de l’inertie des idées et de la reproduction des comportements des aînés 1. ces jeunes sont fortement impliqués et montent très vite en compétences dénommées aujourd’hui transversales 2. Ils épaulent leur fusil dès qu’on leur parle d’augmentation des droits étudiants, de la sélection à l’entrée de la licence.

    Bordeaux. http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/07/10/etudiant-vice-president-duniversite/
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/07/17/moyens-alloues-aux-vp-etudiants/

    Reims. http://blog.educpros.fr/pierredubois/2011/11/07/le-blogueur-chahute-par-la-fage/

  16. Pierre Dubois

    @ vincent 92. Nous pourrions être d’accord sur plusieurs points. 1. Le taux d’obtention de la licence universitaire en 3 ou 4 ans est insupportable. 2 Les crédits du plan licence ont échoué à changer la situation. 3. La loi ESR n’y changera rien non plus. 4. Les budgets 2014 des universités seront pires que ceux de 2013. 5. Les universités n’ont pas l’argent pour mieux encadrer les étudiants de licence et elles en auront encore moins en 2014.

    Dès lors, comme l’UNEF le souhaite, peut-on parvenir à piquer une partie de l’argent des IA et du CIR pour le réaffecter à la licence ? C’est mal parti !

    1. Les IA. Le premier ministre le 9 juillet 2013 a annoncé effectivement que 3,5 milliards d’euros supplémentaires seront affectés à l’enseignement supérieur. Un gros problème : ni le premier Ministre ni G. Fioraso n’ont publié de communiqué officiel sur cette annonce. Seule la presse en a rendu compte. Elle nous apprend que ces nouveaux crédits ne sont que pour 2016. Autrement dit : c’est un nouveau coup de com’ sans frais !

    Les IA, comme leur nom l’indique, sont des investissements. Ils ne portent presque essentiellement que sur la recherche. Sauf. Un seul IA concerne l’innovation pédagogique, pour un montant de 185 millions d’euros seulement. La Ministre n’a pas annoncé qu’il allait y avoir de nouveaux appels à projets dans ce champ. Que l’UNEF l’exige donc !
    http://www.investissement-avenir.gouvernement.fr/content/37-projets-de-formation-labellis%C3%A9s-idefi

    2. Le CIR. J’ai effectivement publié une chronique critique sur le CIR à cause du recrutement insuffisant de docteurs. http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/11/24/cir-recruter-2000-docteurs-par-an/

    La Ministre pouvait très facilement inscrire dans la loi de finances 2013 le doublement du nombre de docteurs recrutés dans le cadre du CIR. Elle ne l’a pas fait (parce qu’elle n’y a pas pensé ?).

    Que l’UNEF lui demande donc de porter en 2014 à 2.500 le nombre de docteurs recrutés en R&D dans le privé sous régime du CIR. Ce serait un premier pas dans la bonne direction. D’accord ?

    Mais tout cela ne devrait pas empêcher l’UNEF de se confronter sérieusement à la question des droits d’inscriprion et de la sélection à l’entrée de la licence !