Sociologie de l'université de Lorraine

De l’université de Metz à l’université de Lorraine : de Bazaine au mille-feuille, par Jean-Yves Trépos, professeur de sociologie, membre du Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales (2L2S). Merci à l’auteur d’avoir accepté de livrer ses premières réflexions de sociologue sur la fusion des 4 établissements d’enseignement supérieur lorrains. Il s’agit d’un texte pour un débat. Lire également les 70 chroniques du blog sur le SUP en Lorraine.

Préambule : l’effet-Bazaine. Lorsque je suis arrivé – comme assistant de sociologie – à l’université de Metz en septembre 1983 (j’avais étudié puis enseigné la philosophie sur la côte Atlantique, de Biarritz à Dunkerque), j’ai d’emblée été touché par les manifestations tangibles d’une expérience universitaire singulière et il m’est apparu assez rapidement que ce n’était que l’une des expressions d’un climat plus général qui enveloppait la plupart des initiatives prises par les Messins (voire les Mosellans). Assez vite aussi, j’ai compris que cette manière d’expériencier l’action ne pouvait être interprétée sans prise en compte des rapports entretenus avec Nancy. Plus exactement : prise en compte de la représentation messine des attentes nancéiennes concernant Metz. C’est ce que plusieurs années plus tard, j’appelai le syndrome de Sedan, avant de le rebaptiser plus justement : l’effet-Bazaine.

Deux mots d’explication appuyé sur le légendaire (et non sur la vérité historique, bien plus complexe) : après la défaite de Sedan, le maréchal Bazaine, replié à Metz, capitule sans combattre en octobre 1870. L’annexion de la Moselle par la nouvelle Allemagne a bien sûr une dimension politique ressentie localement, mais elle a aussi des conséquences socio-économiques importantes : une grande partie de la bourgeoisie établie et de nombreux entrepreneurs en voie d’y accéder, quittent la ville pour ce qui sera désormais « la France de l’intérieur » (dont Nancy, mais pas majoritairement). La bourgeoisie qui lui succède doit affronter la double illégitimité du parvenu et de l’étranger. Et l’intériorisation de cette arrivée par effraction va se prolonger pendant plus d’un siècle et se cristalliser autour de tensions Nancy-Metz, alors que le développement socio-économique des deux villes et les redécoupages administratifs auraient pu placer les rivalités sur d’autres terrains, aux racines historiques plus courtes et plus ténues. Voilà ce qui permet de parler d’un effet-Bazaine : personne ne cherche plus à savoir si Bazaine a vraiment trahi (et le bâtiment où il a capitulé est aujourd’hui celui de la direction de l’IRTS de Lorraine), mais ceux qui sont les descendants des Mosellans qu’il a indirectement faits Allemands et notables n’en finissent pas de chercher à prouver qu’ils méritent malgré tous leurs avantages« … Pour lire la suite, cliquer sur le début du 1er paragraphe.

1 commentaire

Classé dans AH. Histoire 19-20èmes siècles

Une réponse à “Sociologie de l'université de Lorraine

  1. Erwann

    L’article est certes très intéressant, mais il ignore les racines historiques pluri-millénaires de la Lorraine.

    Déjà dans les premiers siècles de notre ère, Metz était une Capitale, siège de la cours d’Austrasie.
    Nancy n’existait pas.
    Le centre politique de la Lorraine centrale fût d’abord Lunéville, bien avant Nancy.
    La rivalité Nancy-Metz trouve ses origines entre une nouvelle capitale régionale – « ville des Ducs de Lorraine » – et une capitale historique établie depuis plus de 1’000 ans.

    A cela s’ajoute, une autonomie certaine de fait de plusieurs villes ou zones vosgiennes, envers lesquelles les Ducs de Lorraine avaient plus de devoirs que de droits.

    Les aléas de l’histoire de ces 150 dernières années (en particulier l’annexion de 1871 à 1918) ont bien entendu renforcé et non pas apaisé cette bicéphalie régionale.

    Chacune des deux villes est en recherche de légitimité, y compris sur le plan universitaire. Les difficultés économiques et industrielles propre à la région sont sans doute un facteur aggravant face à un désintérêt notoire du pays pour le sort et le développement des provinces de l’Est: Lorraine, Alsace et dans une moindre mesure Franche-Comté.

    La vraie décision courageuse serait de créer une véritable grande région Alsace-Lorraine en valorisant le droit local Alsacien-Mosellan qui a montré son efficacité sur de nombreux plans : en particulier en ce qui concerne l’apprentissage et la sécurité sociale (crée par Bismarck et non pas par la France de 1946).

    La rémanence (résilience) de l’histoire – centenaire ou millénaire – et l’impact de celle-ci sur la vie, les décisions et les combats d’aujourd’hui est un aspect beaucoup trop souvent ignoré pour comprendre certains blocages ou combats que certains considéreraient volontiers comme étant « d’arrière-garde ».