Le SUP dans la France de 2025 !

Agacement à la lecture de l’entretien donné aux Dernières Nouvelles d’Alsace par Jean Pisani-Ferry (DNA du 25 août 2013) : son diagnostic sur la formation initiale et sur la mobilité internationale des diplômés du supérieur est criticable. Le contexte. Après « Le Changement, c’est maintenant« , François Hollande amuse la galerie :  « l’Avenir, c’est maintenant« , phrase prononcée le 19 août 2013 lors du séminaire, « réunissant le gouvernement au grand complet, sur le thème de « La France de 2025« . Objectif : « mettre en œuvre l’élaboration d’un projet stratégique pour la France à l’horizon d’une décennie ».

On a déjà eu le rapport Gallois et ses mesures pour la croissance, la compétitivité et l’emploi (séminaire gouvernemental du 6 novembre 2012). Louis Gallois est aujourd’hui Commissaire Général à l’Investissement. On a déjà eu aussi la Banque Publique d’Investissement et ses épisodes rocambolesques sur la nomination de ses dirigeants, celle-ci ayant même nécessité une loi organique !

Un énième rapport en perspective ! Pour éclairer le projet stratégique 2025, le Président Hollande a en effet confié une mission prospective à celui qui a été nommé, par décret du 24 avril 2013, Commissaire général à la Stratégie et à la Prospective. Le commissariat « travaillera en réseau avec 8 organismes à compétences sectorielles » (le millefeuille est toujours debout !). Ses « rapports seront rendus publics sur son site » ; celui-ci utilise encore le site du Centre d’analyse stratégique ! On y trouve le  Catalogue des publications depuis la création du CAS en 2006 (205 pages dont 13 publications consacrées à l’enseignement supérieur, pages 134 à 137).

Prospective 2025 avec des « objectifs chiffrés «  ! De qui se moque-t-on ? La planification à la française et ses objectifs quantitatifs sont morts avec le 6ème plan (1971-1975) et les 30 glorieuses. Le 7ème plan (1976-1980) n’a jamais pu fixer de tels objectifs dans un contexte international devenu aléatoire. Prospective 2025 ? Il y a 12 ans, nous étions en 2001 ; le 1er janvier 2012, c’était le passage à l’Euro, monnaie qui allait rendre l’Europe économiquement plus forte. Personne en 2001 n’avait osé se lancer dans une prospective 2013 !

Le rapport de Pisani-Frey établira, selon les exercices en usage dans la prospective, plusieurs scénarios : poursuite des tendances, scénario de croissance retrouvée (on fait comment ?), scénario d’un enfoncement de la France dans la récession. Ceci n’intéresse personne au quotidien et ne peut être mobilisateur pour demain. Mais revenons aux propos recueillis par Pascal Jalabert pour les DNA dans l’entretien intitulé : « les limites d’un modèle« .

80% de jeunes au niveau du bac. Objectif ambigu : 80% d’une génération parvenant en terminale ou 80% de bacheliers (lire l’intéressant article de Claude Lelièvre). Taux de bacheliers en 2013, 28 ans après 1985 : 73,1%.  Le Commissaire à la stratégie : « il faut fixer des objectifs qui correspondent à l’intérêt général et que la société française puisse s’approprier. Comme en 1985 lorsque Jean-Pierre Chevènement a fixé l’objectif d’amener 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac. On peut critiquer le niveau du bac, pas nier que cela nous a permis de rattraper notre retard éducatif ». Que pense le Commissaire de l’objectif de 50% de diplômés du supérieur, fixé par la loi sur l’École de 2005 ? Va-t-il nous inventer : 20% d’ingénieurs – docteurs en 2025 ?

Les sortants du système scolaire sans formation. « Nous avons la passion de l’égalité mais nous ne savons pas la faire vivre. 140 000 jeunes sortent du système scolaire sans formation. A cette exclusion viennent s’ajouter, pour eux, l’inégalité dans l’accès à l’emploi et au logement. Ce n’est pas acceptable, c’est coûteux et dangereux pour la société ». 140.000 jeunes sans formation ? sans diplôme ? ou sans diplôme professionnel ? Le propos du Commissaire est approximatif voire erroné : en 2009-2011, selon les enquêtes emploi de l’INSEE, 9% des jeunes sortants n’avaient obtenu aucun diplôme, 7% avaient le brevet des collèges, diplôme qui n’est pas professionnel mais qui certifie une formation de base réussie. Les générations de jeunes âgés de 14 à 24 ans ont un effectif moyen de l’ordre de 775.000 jeunes (pyramide des âges établie par l’INSEE), ce qui donne un effectif de jeunes non diplômés de l’ordre de 70.000 et un effectif de jeunes sortants sans diplôme professionnel de l’ordre de 124.000. La prospective doit au moins s’appuyer sur des données exactes !

La fuite des cerveaux. « Je ne m’inquiéterais pas si nous voyions, dans le même temps, autant de jeunes diplômés étrangers tenter leur chance en France. Aux États-Unis, un immigrant qualifié dépose deux fois plus de brevets qu’un natif. C’est bon pour tous les Américains. Pour attirer les meilleurs étudiants étrangers il faudrait leur faciliter l’accès à l’emploi« . Défi pour le Commissaire à la stratégie : faite établir des données sur la mobilité internationale des docteurs. Cinq cas de figure existent en effet : docteurs français travaillant en France, docteurs français travaillant à l’étranger, docteurs étrangers travaillant en France après y avoir obtenu leur doctorat, docteurs étrangers qui travaillent ailleurs qu’en France après y avoir obtenu leur doctorat, docteurs étrangers travaillant en France après avoir obtenu leur doctorat dans un autre pays.

Lausanne, 17 août 2013, rencontre sur le Campus de l’EPFL (62 photos sur le Rolex Learning Centre). Curieux à la vue d’un véhicule immatriculé dans le Haut-Rhin, je demande au jeune conducteur ce qu’il fait là : « je viens d’obtenir mon diplôme d’ingénieur après cinq années d’études à l’EPFL, comme mon grand-père et mon père. J’ai obtenu mon bac scientifique à Mulhouse et j’ai été admis à l’EPFL. Je suis content d’avoir terminé. J’ai trouvé un emploi immédiatement. Mon premier salaire : 80.000 francs par an. En Suisse, le marché est très porteur pour les ingénieurs ». Que proposera Jean Pisani-Ferry pour attirer les meilleurs étudiants étrangers ?

1 commentaire

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Une réponse à “Le SUP dans la France de 2025 !

  1. Martinville

    La Collaboration, ça paye… faire des rapports ou avoir des rapports avec le prince, aussi !!!!
    Et la pensée planiste, technocratique, soviétique est en pleine renaissance…
    La France en 2025, un pays du tiers monde, de chômeurs et d’assistés, de bras cassés et « cas soss ». L’Université en 2025, une fabrique de crétins (la « fuite » des cerveaux ou des cerveaux -percés-qui fuient)… des universitaires payés comme des instit’, et tutti quanti…
    Et aujourd’hui, vu l’état de la France de 2013, de 2014, de 2015, etc…il vaut mieux fumer et imaginer la France de 2025, ça fait moins mal !!! Encore de l’enfumage… ah les brumes de Hollande.