La Sorbonne part en vrille (2)

Lisibilité internationale de la Sorbonne aujourd’hui ? Lecteurs du blog, connaissez-vous la liste des membres fondateurs de Sorbonne Paris Cité et de Sorbonne Universités ? Oui, deux PRES, après quelques bagarres homériques (narrées avec verve par Gilbert Béréziat sur son blog et dans son livre), ont réussi à s’approprier le nom – la marque ! – mondialement connu de Sorbonne. Les deux PRES sont en train de ternir l’image d’une université séculaire et d’excellence.

Les quatre universités de Sorbonne Paris Cité vont-elles fusionner ? La Sorbonne part en vrille (1), La fusion combattue à Paris 3 Sorbonne Nouvelle, Paris 7 Denis Diderot. Vincent Berger s’en va, Paris 5 René Descartes. Les crobars du Président, Assemblée générale contre la fusion.

La crise est encore plus importante à Sorbonne Universités : ce PRES a volé en éclats en juin dernier car Paris 2 Panthéon-Assas, membre fondateur, en est sorti. Paris 4 Sorbonne supplie Paris Panthéon-Assas de revenir à la raison. Paris 6 Pierre et Marie Curie joue vainement les bons offices et l’Université technologique de Compiègne compte les points, voulant continuer à coopérer avec trois ensembles d’établissements (ceux de Sorbonne Universités, ceux de Picardie Champagne-Ardenne et les autres universités technologiques).

Un scenario horribilis, détaillé ci-dessous, mais qui ne ferait pas pleurer dans les chaumières, tant il se déroule presque exclusivement dans le cercle restreint de responsables universitaires qui semblent avoir perdu le sens de l’intérêt collectif. Mais la responsabilité principale de ce gâchis en revient à la loi Fioraso : en associant, étroitement et stupidement, regroupement des établissements et contrat unique de site, elle a introduit dans l’enseignement supérieur français le ver de la discorde et de la destruction.

15 juin 2016. Louis Vogel, ex-président de Paris 2, du PRES Sorbonne Universités, et de la CPU, tire sa révérence et entre en politique. Il est en effet pressenti pour faire un ticket  avec le maire sortant UMP aux municipales de mars 2014 à Melun (Seine-et-Marne). L’article du Parisien insiste sur le rififi introduit dans les rangs de l’UMP. Pas de parachutage ! Louis Vogel : aucune décision officielle n’est prise. Il y a beaucoup de potentiel à Melun. Il faut donner un nouveau souffle à la ville. Si on développe par exemple pour les métiers de santé ce qu’on a fait pour l’Institut de droit et d’économie [antenne de Paris 2 à Melun], ce serait une bonne chose…

19 juin 2013. Le Conseil d’administration de Paris 2 Panthéon-Assas vote une motion de défiance à l’égard du PRES Sorbonne Universités. Les difficultés sérieuses et récurrentes de la gouvernance du PRES rendent problématique son fonctionnement et compromettent son développement harmonieux...

24 juin 2013, branle-bas de combat au Conseil d’administration du PRES (procès-verbal, point 2). Le Recteur, présent sur instruction de la Ministre, a fait le déplacement. Le président de Paris 2, Guillaume Leyte, peu connu des médias, lit la motion de son CA et la commente : le projet de loi ne prévoit que des formes plus contraignantes [que le PRES Fondation de Coopération scientifique] qui n’avaient pas été prévues par Paris 2 et qui suscitent des craintes.

Le Recteur menace. Ces difficultés [de gouvernance] doivent être surmontées et devenir affaires passées. Les partenaires de l’Idex doivent retrouver la cohésion qui avait conduit le jury des Idex à retenir leur projet, un projet qui oblige chacun des partenaires. En clair : Paris 2, rentrez dans le rang, sinon vous perdrez les millions de l’Idex.  Le Recteur semble n’avoir pas assimilé ce qu’est un regroupement d’établissements et un contrat de site unique.

Jean Chambaz, président de Pierre et Marie Curie, traite clairement de la question de la gouvernance, de l’équilibre des pouvoirs entre les établissements fondateurs, et des sous de l’Idex. S’il n’est pas facile d’être le petit de la bande, ce n’est pas facile non plus d’être le plus gros, l’UPMC est loin de recevoir les trois-quarts des moyens de l’Idex… On ne peut mettre sur le même plan les démissions des deux présidents du PRES, tous deux issus de Paris 2, Louis Vogel et Pierre Gregory. Il avait été décidé entre les Présidents des établissements fondateurs que le président du PRES devait être issu de Paris 2 ou du monde des disciplines présentes à Paris 2 et que le président du Sénat devait venir de Paris-Sorbonne. Qui est intéressé par cette polémique de préséance, ce combat pour les places ?

Le président de l’université Paris-Sorbonne (Paris 4), Barthélémy Jobert introduit un point nouveau et important dans le débat : celui du contrat unique de site. La marche forcée vers la contractualisation par site est dommageable à la construction des sites. Il a raison.

13 septembre 2013, confirmation du retrait. Le Conseil d’administration de l’université Panthéon-Assas Paris II, réuni le vendredi 13 septembre 2013, a voté à une très forte majorité (24 voix pour et 2 contre) la sortie de Sorbonne Universités. Le Conseil a confirmé le mandat donné au président de constituer un nouveau rassemblement d’établissements d’enseignement supérieur. La motion.

13 septembre 2013. Barthélémy Jobert adresse un message aux personnels de son établissement : il regrette la décision de Paris 2, souhaite qu’elle ne soit pas irrévocable, et se veut rassurant pour les crédits de l’Idex : l’Idex SUPER se porte bien. L’argent qui nous a été attribué est dépensé, engagé ou fléché en très grande partie.

2 Commentaires

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2 réponses à “La Sorbonne part en vrille (2)

  1. Martinville

    On ne peut que se réjouir de cette prise de conscience contre la soviétisation de l’Université, les usines à gaz, le gigantisme, portés par nos politiques. Mieux vaut des petites travailleuses que des grosses paresseuses.

  2. Erwann

    Il va s’en dire que ce grand, ridicule et dispendieux « mécano universitaire » va très largement contribué à renforcer la présence des universités Françaises dans le classement de Shanghai ! …

    De même qu’il existe les Gérards en parallèle des Césars, il faudrait songer à créer les « Nasiers » en complément de Shanghai, pour la stratégie universitaire la moins pertinente et la plus ridicule.

    La force des pays du Nord de l’Europe est la confiance en la capacité des hommes et des organisations à savoir évoluer de manière à préserver et à améliorer le bien commun en fonction des contraintes et des exigences d’Excellence.

    Déjà dans le courant des années 80 (ère Gorbatchev) la plaisanterie était de dire qu’il ne restait que 3 pays communistes au monde : la Corée du Nord, Cuba et la France ! …
    30 ans plus tard, le jacobinisme de certains hauts-fonctionnaires et technocrates, associé aux approches purement idéologiques (et totalement dissociées du monde réel) de trop nombreux hommes politiques conduit à un « centralisme démocratique » qui est non seulement ruineux pour le pays et ses forces vives, mais surtout qui désespère tous ceux qui un jour ont cru qu’ils pourraient peut-être faire positivement évoluer le système et le pays.

    Ce qui se passe à l’Université, ce passe à l’école primaire, déni total de démocratie (cf. la semaine de 4.5 jours), ignorant avec arrogance toutes les initiatives locales de ces 25 dernières années.

    Seul Paris compte, est autorisé à penser, à avoir des idées et à faire un hold-up sur les finances publiques afin de les financer, trop souvent au détriment du reste du pays.

    Tout ce gâchis est tellement triste non seulement pour nous mais surtout pour les jeunes (nos enfants).

    Les « Nasiers » en hommage à Maître Alcofribas …