J'ai mal aux regroupements (1)

La loi du 22 juillet 2013 impose trois types de regroupements aux universités et aux établissements (dépendants du MESR). Il leur faut choisir entre la fusion, la communauté d’universités et d’établissements (CUE), l’association. Les regroupements sont imposés à marche forcée, agitent en ce moment les équipes de direction des universités et des PRES, déjà devenus des CUE.

Le n’importe nawak des regroupements est devant nous. Mais pourquoi la France aurait-elle besoin d’une trentaine de pôles ? Pourquoi pas 20 ou 40 ? J’ai mal aux regroupements ! Le lecteur assidu du blog sait pourtant que je suis favorable à la fusion d’établissements pour parvenir à une quinzaine d’universités de recherche, dédiées aux seuls masters et doctorats ; toutes les universités actuelles doivent pouvoir intégrer une fusion. Fusions mais à une condition indispensable : sortir la licence de l’université et créer des établissements publics de 1er cycle (intégrant la CPGE, la licence, le DUT, le BTS), établissements devenant associés à une université de de recherche.

J’ai mal aux regroupements. Épisode 1, le cas de la Bretagne et des Pays de Loire. Situation récente : il existait 2 PRES, Université Européenne de Bretagne (UEB) et Université Nantes-Angers-Le Mans (UNAM). Contexte un peu plus ancien : les deux PRES s’étaient associés pour répondre à l’appel à projets des Investissements d’Avenir mais n’ont pas été sélectionnés. J’ai mal aux regroupements et j’ai encore plus à la lecture de trois courriels qui me sont parvenus ces derniers jours.

21 octobre 2013, courriel du président de l’Université de Bretagne Sud, Jean Peeters, adressé aux personnels et aux étudiants, Évolution du paysage de l’enseignement supérieur en Bretagne. Ce courriel fait suite à une réunion des présidents d’université le 12 octobre et des conseils de surveillance des deux PRES le 19 octobre. Délai pour la prise de décision (2 CUE régionales ou une communauté interrégionale ?) : mi-novembre. Dans le courriel de Jean Peeters, on sent ses réticences importantes à l’égard d’une seule CUE. Il a été acté, s’il se réalisait, qu’un tel projet devrait : démontrer une ambition partagée, respecter les identités des établissements, respecter les liens forts avec les collectivités territoriales, respecter le lien fort universités-écoles. Respecter réellement ces quatre conditions : impossible !

22 octobre 2013, courriel d’un responsable syndical de l’Université d’Angers, Une communauté d’universités et établissements Grand Ouest ? appel à des débats au sein de chacune des 7 universités concernées et à des débats inter-universitaires. Il s’agit de l’avenir de chaque université du Grand Ouest, mais plus largement de l’ESR dans le Grand Ouest… Il nous semble en effet que nous nous précipitons dans un tunnel dont on ne connaît pas la sortie (qui peut être un gouffre d’ailleurs) sous prétexte que « toutes les autres universités de France et de Navarre » s’y précipitent.

Une grosse différence déjà, c’est que, dans pratiquement tous les autres cas, il s’agit de regroupements au niveau d’une ville, au pire d’une région ou, dans quelques rares cas ne relevant d’aucun de ces cas, de 2 ou 3 établissements au maximum. Il est difficile d’imaginer comment on peut faire fonctionner 7 universités (sans compter les éventuelles écoles telles que l’ENSAM d’Angers ou Centrale de Nantes) avec un minimum de démocratie et sans une débauche de bureaucratie (au coût à préciser d’ailleurs!).

22 octobre 2013, courriel d’un lecteur breton, fidèle du blog, A quoi ça sert tout ça ?  Que pensent et souhaitent les régions ? Sur le plan général, les PRES, CUE, fusions sont effectivement des exercices imposés mais finalement est-ce que nous nous sommes vraiment posé la question : à quoi ça sert tout ça ? On nous ressert à chaque fois la même suite, entrée, plat, dessert : visibilité internationale de sites, taille critique et économie d’échelle. Rien que sur le premier point, il y a beaucoup à dire. La plupart des régions françaises n’ont pas réfléchi à leurs alliances européennes. Elles ont effleuré cette question dans l’écriture de leur Smart Spezialisation Strategy (qui conditionne quasiment l’accès à toutes les ressources financières CPER, Feder,…), sans même savoir ce que pouvait représenter une université  régionale dans ce contexte…

Pour aller plus loin : 76 chroniques du blog sur le SUP en Bretagne, 55 chroniques sur le SUP en Pays de Loire.

1 commentaire

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Une réponse à “J'ai mal aux regroupements (1)

  1. Samuel BLIMAN

    Joli exercice que celui auquel les divers établissements sont poussés voire même contraints, mais OBJECTIONS , pourquoi , comment et puis?
    Qu’y a-t-il à mettre en commun et à faire « prospérer »?: RIEN ou presque.
    Le résultat, en fin de compte, sera: PERTE de TEMPS parce que pendant les discussions et débats, plus aucun travail de recherche ne se fait, les journées ne comportant que 24 heures dont quelques unes à dormir et manger!! Les cours doivent en subir dégradation.
    Le fond du problème est que les bureaucrates qui nous gouvernent n’ont rien compris au JEU:il ne peut pas y avoir sur le territoire 83 pôles de recherche de stature internationale(autant que d’universités). Il faut donc en finir avec cette logorrhée et se rendre à l’idée selon laquelle au mieux un pôle par région serait déjà bien mais aussi sortir du saupoudrage d’établissements et de moyens pratiqués à des fins électoralistes!
    Il reste que le cœur du problème est: puisque l’école élémentaire livre au collège une part notable d’élèves faibles dans les disciplines de base, le collège « doit réparer » et mettre à niveau pour à son tour « livrer » au lycée avec au bout même cause , même effet un bac « performant »!!!et livraison aux universités (qui à leur tour doivent…. voir plus haut). Donner à croire que la licence est requise pour l’économie et les personnes , bien… mais il n’y a qu’à prolonger le processus vu plus haut et nous aurons de nombreuses candidatures pour poursuivre en Master 1 puis 2 et alors quoi, après?
    Enfin , ne pas oublier que les manip de regroupements en tout genre vont léser les intérêts de quelques aspirants à revenus améliorés!(comment ont évolué les traitements des universitaires, depuis 25 ans?)