Un pôle pré-ENA à Strasbourg

25 octobre 2013, Strasbourg. Photos du chantier au cœur de l’Hôpital civil médiéval : construction d’un bâtiment de 8.391 m² pour deux pôles de formation et de recherche, le PAPS, pôle d’administration publique de Strasbourg, et le PCPI, pôle de compétence en propriété intellectuelle. Le PAPS accueillera trois Instituts, l’Institut d’études politiques (IEP), l’Institut de préparation à l’administration générale (IPAG), l’Institut des hautes études européennes (IHEE). Trois Instituts strasbourgeois, une sorte de Pôle pré-ENA.

Album 1 : 40 photos (le projet expliqué aux passants par des panneaux à la lisière du chantier). Album 2 : 35 photos (l ‘état du chantier en cours). Photo ci-dessous : le bâtiment des 2 pôles se situe sur l’emplacement de la Médicale A, construite en 1901 et démolie en 2012.

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Ce chantier est important pour l’université de Strasbourg, université unifiée depuis le 1er  janvier 2009. Le défi : gagner en visibilité et en attractivité en sciences de l’administration publique  (avec l’atout de la proximité de l’ENA), et en compétences en propriété intellectuelle (partenariat direct avec l’Institut national de la propriété intellectuelle, INPI co-financeur de l’investissement immobilier).

Toutes les sciences humaines et sociales, toutes les sciences du droit, de sciences politiques et de gestion, doivent s’emparer, immédiatement, de l’étude en continu de ce chantier, de son origine et de son avenir potentiel. Trop rares sont les recherches pluridisciplinaires qui font interagir une trajectoire immobilière (regroupement, dans un nouveau bâtiment, d’unités de formation et de recherche actuellement dispersées sur plusieurs sites), une trajectoire organisationnelle (comment les instituts actuels vont-ils s’intégrer dans une nouvelle organisation ?), des trajectoires individuelles d’enseignants-chercheurs (quid des responsables actuels et de demain ?). Photo ci-dessous : le nouveau bâtiment.

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La reproduction quasiment à l’identique de l’organisation actuelle (des Instituts qui ont statut de composantes ou qui sont intégrés à des composantes) signerait immédiatement l’échec du projet immobilier. La complexification du mille-feuille institutionnel serait encore pire. Elle pourrait être la suivante : une structure chapeautant les deux pôles, deux pôles, les instituts actuels, des formations à l’intérieur de chacun de ces instituts, chacune des strates organisationnelles ayant une direction, un conseil, un budget, des personnels affectés. Si cette structure à quatre niveaux était elle-même intégrée dans un ou plusieurs des Collegiums existants, il y aurait une pyramide décisionnelle à cinq niveaux, soit une garantie absolue d’échec et de gaspillages d’énergie et de deniers publics. Rechercher une organisation non pas verticale, mais la plus plate possible.

Et les trajectoire de pouvoir ? Il est certain que des stratégies collectives et/ou individuelles sont déjà à l’œuvre. Analyser le jeu de chaises musicales déjà anticipé, les ambitions des uns et des autres. Une ou deux strates organisationnelles de plus, c’est autant de places de direction et de primes en plus, c’est autant de m² de bureaux qui vont être âprement recherchés.

L’université de Strasbourg a un défi énorme devant elle : elle doit le gagner. Elle peut le perdre. J’ai été plusieurs fois dans ma vie professionnelle directement concerné par l’ouverture d’un nouveau bâtiment et par la répartition des m² (à Paris Jussieu, à Lille, à Nanterre, à la Défense, à Marne-la-Vallée) ; ce fut chaque fois une période de grandes tensions. Pour Strasbourg, c’est maintenant que tout se joue (à moins que tout ne soit déjà joué !). Quand les nouveaux occupants auront rejoint leurs bureaux en 2015, il sera alors trop tard. Rien de plus difficile et de plus conflictuel que de re-répartir des locaux qui viennent d’être attribués.

Un ou des responsables du projet organisationnel sont-ils déjà opérationnels ? J’espère que oui ! Ils doivent prendre l’engagement écrit de ne postuler à aucune responsabilité dans l’organigramme des deux pôles. C’est une condition nécessaire (certes non suffisante) pour qu’ils privilégient l’intérêt collectif et non leur intérêt individuel. L’université doit éviter par ailleurs deux bêtises : confier le schéma organisationnel à un cabinet conseil extérieur et/ou à la direction du patrimoine (ou à la vice-présidence en charge de l’immobilier). L’organisation n’est pas dans leur champ de compétence !

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2 Commentaires

Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Droit et Sciences politiques

2 réponses à “Un pôle pré-ENA à Strasbourg

  1. Dominique

    Rectification. Il ne s’agit plus maintenant que de deux instituts (au sens article 33 de la loi 1984 ou plutôt de l’article du code de l’éducation L713-9) : le CA de l’UdS a acté la fusion de l’IHEE et de l’IEP début 2013.

  2. Martinville

    Le courage politique serait de supprimer l’ENA, car les énarques de la promotion Voltaire et des autres sont la cause de la ruine de notre pays depuis 40 ans qu’ils nous gouvernent.

    L’ENA, c’est une fabrique à pensée unique.. or la France a besoin d’une pensée diversifiée… de serviteurs de l’Etat d’origine diverse (entreprise, université notamment), des gens plein de bon sens.

    L’ENA, cela fait de vous des Bouvard et Pécuchet !!! (cf. une chronique du Blog)

    L’ENA on y entre intelligent, on y sort con !!!

    Enfin, deux photographies, deux époques, deux visions de l’Université et de la connaissance : l’une est travaillée, stylée, élégante, l’autre est moche, uniforme, une sorte de bunker (de la pensée et de l’architecture. L’une a été démolie pour être remplacée par l’autre…la démolition, c’est tout un symbole !!! et c’est ô combien d’actualité…