G. Fioraso : "virez les vieux !"

Quatre jours après l’Assemblée plénière de la Conférence des présidents d’université (La CPU passe à l’offensive), Geneviève Fioraso a envoyé une lettre à son Cher ami Jean-Loup, président de l’université de Paris 13 Nord. : Dotation d’État de votre établissement pour 2014. Cette lettre, datée du 21 octobre, a été diffusée le lendemain à l’ensemble des personnels de Paris 13 par le Chef de cabinet du président.

Cette lettre est insupportable à deux titres. Elle n’a pas été envoyée à Jean-Loup Salzmann, président de la CPU, mais au cher Jean-Loup, président de Paris 13. La Ministre a pris soin de la signer elle-même, à l’encre bleue. Tous les autres présidents de la CPU auront raison de se révolter contre ce privilège accordé à un seul d’entre eux. Une inégalité de traitement de la part d’une ministre socialiste, affichée sur la place publique de la Toile, cela fait désordre. Il faut non seulement exfiltrer le soldat Salzmann, mais également le caporal Fioraso. Une faute politique aussi sotte est en effet inexcusable !

Les mesures envisagées par la Ministre pour le budget 2014 courent durant deux pages. Elles sont techniques et précises. Sans doute, Geneviève Fioraso ne se rend-elle pas compte de ce qu’elle a écrit sur l’impact du glissement vieillesse technicité (GVT) (page 3). Elle reconnait certes l’impact néfaste d’un GVT positif sur la masse salariale des établissements ; elle rejette certes sur ses prédécesseurs la responsabilité de sa non-prise en compte au moment du passage aux RCE.

Mais elle annonce surtout une fort mauvaise nouvelle. Si chacun convient qu’à terme, le GVT positif ou négatif a vocation à être pris en charge ou conservé par les établissements puisqu’il résulte de leurs choix en matière de ressources humaines… il est incontestable qu’à court terme, la structure en emplois et la pyramide des âges de chaque établissement détermine [sic !] un niveau de GVT sur lequel celui-ci n’a qu’une prise limitée. Ce qui est parfaitement exact !

La ministre poursuit. En 2013, le ministère a financé la moitié du GVT positif (soit 18 millions d’euros sur 36, sans reprise du GVT négatif)… En 2014, aucun crédit n’est prévu en loi de finances pour faire la même chose. En clair : débrouillez-vous !

Geneviève Fioraso a signé là un appel à la stigmatisation des enseignants en fin de carrière : vous coûtez fort cher et, par là, vous engendrez la crise financière dans votre établissement. J’ai 69 ans et je suis parti en retraite à 64 ans ; j’ai libéré un support budgétaire de professeur en classe exceptionnelle parce que j’en avais assez de mener, dans mon université, une guerre de tranchée sans espoir contre le népotisme, le copinage et le clientélisme. J’aurais pu travailler jusqu’à 68 ans et coûter encore plus cher qu’un jeune maître de conférences ou que des ATER, voire des vacataires. Je ne suis pas parti parce que quelqu’un m’a dit : casse-toi, vieux coûteux !

Madame la Ministre, votre lettre est un appel aux présidents des universités.Virez les vieux, rendez-les coupables de leur cherté, harcelez-les au besoin pour qu’ils tombent malades ou prennent leur retraite dès qu’ils en ont l’âge légal et les nécessaires années de cotisation. Remplacez-les par des enseignants contractuels, corvéables à merci, et payés au SMIC + 30%.

Madame la Ministre, la lecture de votre lettre, adressée à votre cher ami socialiste, m’a donné honte de vous. Opposer les enseignants entre eux, les jeunes et les vieux, pour des raisons de coûts différenciés est hautement indigne. Le GVT étant propre à la fonction publique, vous faites tout pour le rendre inacceptable aux yeux de tous les français. Osez donc dire haut et fort : oui, je veux casser le coûteux statut de la Fonction publique, ses promotions à l’ancienneté et au choix ! Oui, la crise financière, imposée aux universités publiques, est un moyen de les assassiner à petit feu ! J’en prends le parti !

9 Commentaires

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9 réponses à “G. Fioraso : "virez les vieux !"

  1. tetard

    bonsoir,
    il serait plus raisonnable d’avoir une caisse mutualisée sur le GVT au niveau du ministère. Alors qu’il est relativement facile de le faire et de la calculer à l’échelle macro, il est assez étrange que le ministère de l’ESR et celui du Budget ne donne pas les outils aux universités. Le ministère du budget a toutes les cles ( code india-ode, fichiers kx, OREMS). Cela éviterait que les opérateurs ayant un GVT négatif l’utilise pour autres choses ou ne le gèlent pas tant la tentation est grande en ce moment.
    Par ailleurs, je retiens deux choses allant plutot sur la bonne voie: la sanctuarisation des dotations pour compensations des boursiers et pour la reussite en licence. Cela evitera des écretements aveugles qui justement faisaient des réductions aveugles sur une politique volontariste affichée par le gouvernement sur l’ appui des étudiants sur la reussite en licence , boursier inclus.

  2. Tetard

    Rebonsoir,

    Sur le GVT, il est malheureusement évident que pour compenser le GVT qui ne peut qu’augmenter, les gels-suppression de postes des départ à la retraite soient une solution comptable. Le GVT augmente et va augmenter pour deux raisons principales qui ont été signalées aux rapporteurs du parlement.
    1- l’augmentation des ages des départ à la retraite de 0.2 à 0.4 an/an
    2- le Flux des sortants ( des futurs retraités) se réduit car le pic du baby boum est passé.
    Fixé un GVT à 0 est un moyen d’obliger à la suppression de 1000 à 1200 emplois /an sur les programmes 150 et 231.

  3. tetard

    Donc comme tu le dis « virez les vieux », ne peut pas être une solution perenne car le nombre se reduit .Avoir une politique de réduire plus rapidement cette population induit un harcelement, une mauvaise gestion des compétences, bruler encore plus rapidement les marges d’amortissement social et financière puis des chocs dans la politique de recrutement futur.

  4. depollier

    Virer les vieux est une solution dont la limite sera vite atteinte de par l’évolution de l’age du départ à la retraite : les vieux universitaire seront de plus en plus vieux. Il existe une autre solution qui assure le fonctionnement de l’Université à budget constant (l’évolution du système est alors contrôlée par le temps de relaxation lié à l’augmentation des prix), c’est la suppression des promotions. Ce modèle ne fonctionne évidemment qui si le temps de relaxation vers un état révolutionnaire n’est pas inférieur à celui cité plus haut

  5. Roux

    Non seulement virez les vieux ..;mais abandonnons le >ministère , éliminons les agents de l’Etat…, c’est apparemment ce que veut la <ministre d'un Ministère ' stratégique'…Quel mépris généralisé….et les vieux du Cabinet ?

  6. en réponse @tetard, j’ai pu constater, a posteriori, qu’au moment du passage aux RCE de mon université (janvier 2010), le ministère possédait déjà tous les outils pour le calcul du GVT des établissements. Aucune information ne nous fut pourtant donnée par le ministère précédent et nos service (DRH et financier) ont dû travailler pendant 18 mois pour arriver à une estimation fiable sur 3 ans. J’imagine que ces outils ne se sont pas envolés avec le changement de ministre. On nous a tout de même fait rouler à 130km/h dans le brouillard le plus complet. Dans quel but ?

  7. Anthony G.

    Même si mettre une pression sur les personnes en droit de prendre leur retraite n’est probablement pas une solution, on peut néanmoins s’étonner de cette situation, non ?

    Pourquoi une personne ayant passé plus de 40 ans dans la Recherche (parfois dans le même laboratoire) refuse-t-elle de partir à la retraite sachant que cela devrait permettre de recruter quelqu’un de plus jeune ?

    On me répondra que le poste libéré pourrait ne pas être remplacé à l’heure des RCE (gel ou suppression pure et simple)… ou remplacé par un contractuel, peut-être mais cela fera toujours un nouvel employé !

  8. Lili

    bah, il faut la comprendre : quand elle voit le patron de certain syndicat se prolonger coûte que coûte jusqu’à 70 ans (et à n’en pas douter il demanderait plus si c’était permis :-)), au grand dam de ses collègues, on peut comprendre qu’elle en ait marre des vieux ;-).

  9. Martinville

    Au -delà de la question technique, la lettre de Fioraso démontre la continuité de la logique Pécresse : l’autonomie des Universités, c’est l’autonomie de gestion de la pénurie. Elle montre aussi le malaise du pays et la faillite des élites qui copinent entre elles; enfin c’est toujours une réponse de technocrate, et pas une réponse politique : ou alors la technocratie est devenue la politique de la ministre (dans ce cas, plus besoin de ministre, un haut fonctionnaire à la tête du ministère serait suffisant et coûterait moins cher).
    Je terminerai par une réponse politique : Fioraso est bien dans la ligne hollandiste : l’enfumage pour cacher aux électeurs socialistes et hollandistes leur cocuage : eh oui, Hollande pourrait dire du haut du balcon de l’Elysée : je vous ai menti ! Tout cela fleure bon le mépris de la classe dirigeante envers les universitaires et le cynisme hollandiste. Le calcul est juste, la clientèle de l’école, du collège, du lycée est plus nombreuse, et si elle se met en grève, il y aura des enfants mineure dans la rue… la clientèle universitaire est beaucoup moins nombreuse, et les étudiants sont majeurs. Après, faudra pas s(étonner du vote cynique des Français en mars et en juin… reste la solution bretonne : entrer en rébellion contre le tyran technocratique !!!