Mobilités des doctorants étrangers

Chroniques sur la mobilité internationale dans l’enseignement supérieur en Europe : quel impact sur la profession d’enseignant-chercheur (à l’occasion de la Conférence de l’Academia Euopaea du 14 au 16 novembre 2013) ? Les chroniques antérieures. Après deux chroniques sur la mobilité des étudiants de licence et de master, plusieurs chroniques sur celle des doctorants.

Par définition, le doctorant a un directeur de thèse : des enseignants-chercheurs sont donc impliqués dans la direction de thèses. Qui sont-ils et pourquoi s’engagent-ils dans un suivi de doctorants au sein même de leur centre de recherche ? Cette première chronique est dédiée aux doctorants étrangers accueillis en France. Que savons-nous de cette mobilité entrante, de ses flux dans la durée, des conditions d’accueil et de leur évolution (réglementation, financement, conditions d’études et de vie…).

7 novembre 2013, université de Strasbourg, je participe à deux simulations d’entretien d’embauche dans le cadre de l’opération Prêt pour l’emploi. I. est libanaise, après un master de microbiologie et d’immunologie à Beyrouth, arrive en France en 2010 pour mener un doctorat dans la même discipline ; elle l’obtient en septembre 2013 et recherche un post-doc. I. est parfaitement francophone, connaît toutes les ficelles pour résoudre les problèmes administratifs, prodigue ses conseils aux membres de sa famille qui arrivent aussi en France. Son avenir : elle ne sait pas encore, faire une carrière en France ou au Liban ?

D. est bulgare ; il est inscrit en doctorat à l’université de Varna (Bulgarie) ; fin 2012 et dans le cadre d’un partenariat, il arrive pour une année en France pour collecter les données de terrain pour son doctorat en marketing : les consommateurs et l’usage des distributeurs automatiques  de produits alimentaires. B. maîtrise encore mal le français, ce qui explique en partie qu’il a jusqu’ici échoué à avoir l’accord de plusieurs entreprises pour mener à bien sa recherche ; il voudrait rentrer rapidement en Bulgarie. Deux doctorants étrangers, deux profils fort différents.

Combien de doctorants étrangers en France ? Les universités françaises sont-elles attractives ? 62.500 étudiants étaient inscrits en doctorat en 2012-2013 (RERS 2013, indicateur 6.4), soit une baisse de 7% depuis 2004. Parmi eux, 25.900 étrangers (41,4%, indicateur 6.15) : 4.700 doctorants de l’Union européenne, 1.065 provenant d’un autre pays de l’Europe, 9.200 de l’Afrique, 2.900 de l’Amérique, 8.000 de l’Asie. 45% des doctorants étrangers ont obtenu un master délivré par une université française (enquête CJC ci-dessous) : leur mobilité est alors antérieure à l’entrée en doctorat.

La Confédération des Jeunes chercheurs (CJC) a étudié l’évolution des flux de doctorants étrangers (L’impact des jeunes chercheurs étrangers en France, juin 2013 – signalement par Philippe Gambette). Le graphique de la page 6 est titré :  pallier la baisse continue du nombre de doctorants français (-18% depuis 2004). Depuis cette date, la progression du nombre de doctorants asiatiques a été de 53%, celle des américains de 36%, celle des européens non UE de 12% ; à l’inverse, le nombre de doctorants africains a baissé de 7%.

Pourquoi ces évolutions en sens contraire ? Un doctorat moins attractif pour les étudiants français, un doctorat plus attractif pour les étudiants étrangers ? L’enquête de la CJC avance quelques explications. 43% des doctorants étrangers participent à une collaboration internationale pendant leur doctorat. Une partie de la mobilité doctorale est ainsi organisée dans le cadre de réseaux de recherche (à Lyon 3 par exemple, un tiers des doctorants étrangers mènent un doctorat en cotutelle). LA CJC s’interroge : des jeunes chercheurs qui coûtent moins cher ? 23% d’entre eux effectuent leurs recherches sans contrat de travail ; selon l’enquête 2010, 70% d’entre eux percevaient une rémunération inférieure à 1.000 euros par mois pour mener à bien leurs recherches (d’où le maintien nécessaire de l’aide financière des parents ou de jobs en dehors de la recherche). Selon l’ANRT, citée par la CJC, 24% des conventions CIFRE avec une entreprise concernent des doctorants étrangers préparent, alros qu’ils représentent 41,4 % de l’ensemble des doctorants.

Comment les doctorants étrangers envisagent-ils leur avenir ? Selon l’enquête CJD : 56% d’entre eux resteraient en France s’ils disposaient d’un contrat de travail, des assurances sociales, et d’une carte de séjour scientifique ; sans ces deux dernières conditions, ils ne seraient plus que 33 % à vouloir y rester.

Revendications de la CJC  pour les jeunes chercheurs étrangers (communiqué du 21 octobre 2013) : en finir avec les discriminations et les inégalités : Participer au débat sur l’immigration pour assurer l’égalité de traitements des jeunes chercheurs étrangers en matière d’accueil dans les établissements de recherche, d’accès au logement, de protection sociale et d’accès à l’emploi.

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