J'ai mal aux regroupements (6)

Le 23 octobre 2013, j’ai publié une première chronique sur la / les Communauté(s) d’universités et d’établissements dans l’Ouest de la France (J’ai mal aux regroupements – 1). Une CUE interrégionale ou 2 CUE (une pour la Bretagne, une pour les Pays de la Loire) ? Le sort semble être jeté. Ce sera donc une CUE interrégionale ! Un mauvais sort ? Pour le pire et non pour le meilleur ! Mais d’abord les faits avant les critiques.

Communiqué du 19 novembre 2013. Six présidents d’universités du grand Ouest se prononcent pour une Communauté d’Universités et d’Établissements interrégionale. Les Présidents des Universités d’Angers, de Bretagne-Sud, du Maine, de Nantes, de Rennes 1 et de Rennes 2 affirment leur souhait de structurer une Communauté d’Universités et établissements (CUE) interrégionale dès maintenant, entre la Bretagne et les Pays de la Loire. Cette prise de position s’inscrit dans un travail commun engagé depuis trois mois entre les acteurs académiques des deux régions. Elle correspond au souhait de la ministre, qui a évoqué la question des regroupements dans son discours à Brest lundi 18/11/2013.

Pourquoi une telle démesure ? « Nous pensons qu’il existe une véritable opportunité de construire une réponse commune aux futurs appels à projets investissements d’avenir et de s’inscrire collectivement dans la démarche d’envergure annoncée par Horizon 2020, le nouveau programme de financement de la recherche et de l’innovation européen. Si nous ne construisons pas ensemble une université du grand ouest coordonnant l’ESR au sens de la loi du 22 juillet 2013, nous laisserons passer une opportunité incontournable de développement pour l’Ouest de la France ».

Dans un courriel du 19 novembre 2013, le président de l’Université de Bretagne-Sud, Jean Peeters, explique à ses personnels et à ses étudiants pourquoi il s’est rangé dans le camp de l’Université fédérale interrégionale Bretagne – Pays de la Loire ? Pour ma part, le gage aujourd’hui de la pertinence de l’interrégionalité se retrouve dans une gouvernance qui préserve les identités des établissements et aussi des territoires, une coordination de la formation en lien avec la recherche et l’innovation, la constitution d’un pôle de poids égal à d’autres regroupements, une ambition d’une signature unique des articles scientifiques et d’un doctorat unique, de même qu’une dévolution de compétences qui n’engendre pas, sans aucune visibilité à ce stade sur l’avenir, de transferts de fonctions centrales.

Le journaliste d’Ouest France, Jean-Laurent Bras, y perd son breton ! Le 19 novembre, il titre son article : L’université Loire-Bretagne n’est pas pour demain, puis il fait amende honorable : Une université  Loire-Bretagne en débat. Pauvre journaliste qui avait osé exprimé un point de vue de bons sens et qui a dû se faire taper sur les doigts !

10 Commentaires

Classé dans C. Bretagne Normandie, C. Pays de Loire

10 réponses à “J'ai mal aux regroupements (6)

  1. Damien

    Euh, les deux articles de Ouest France sont quasi-identiques, avec la même date, à l’interview de quelques responsables près, et j’ai bien vu le premier (et non le second) dans le journal imprimé. Vu le nom même de vos fichiers, ça me semble être une question d’édition (Bretagne pour le premier, Pays de Loire pour le second), les « ligériens » étant moins intéressés par l’avis de Massiot ou de Cuillandre (et il fallait peut-être un peu plus de places pour d’autres articles spécifiques Pays de Loire). Votre interprétation sur l' »amende honorable » ou le fait de se faire taper sur les doigts me parait quand même très douteuse.

  2. Un Nantais

    L’université de Bretagne Ouest (Brest), présidée par Pascal Ollivard, par ailleurs président de la CUE Université Européenne de Bretagne, ne semble pas être concernée par la CUE interrégionale. Brest fait monter les enchères… (effet Bonnets-rouges ? un petit peu, mais pas seulement).

  3. Un Breton

    Mon sentiment est que l’on va trop vite. A regarder ce qui est partagé effectivement au niveau du PRES Université Européenne de Bretagne en 2013 (après 6 ans d’existence à peu près), on a du mal à croire que les 2 Régions vont former un tout.

    La signature unique des articles n’est même pas en vigueur partout dans les 4 Universités bretonnes ! Et ne pas oublier que les universités ne sont pas seules concernées.

    Il aurait fallu à mon sens une phase I de structuration régionale AVEC les Ecoles et les organismes Y COMPRIS POUR LES FORMATIONS. C’est très loin d’être fait. Une phase 2 interégionale d’ici 5 ans.

    On va vers une coquille vide, grosse mais vide. L’IDEX, lui, pouvait être traité en phase I par Rennes et Nantes DANS LE BUT de préparer l’approche interrégion.

  4. Un autre breton

    Le grand flou continue de régner dans l’Ouest de la France. Il fut un temps où il avait des conseils scientifiques communs avec le PRES LUNAM et où il y avait un représentant de LUNAM au CS de l’UEB et vice versa. Tout celà s’est arrêté depuis 2 ans. Nous n’avons plus aucun contact avec des responsables de LUNAM ou des chargés de mission.

    Par ailleurs, il n’y a aucune école dans ce communiqué de presse.

    Je suis donc très surpris de découvrir ce texte. Je ne vois vraiment pas à quel travail commun engagé depuis 3 mois il est fait référence à part 3 réunions de présidents d’université.

  5. Damien

    « L’université de Bretagne Ouest (Brest), présidée par Pascal Ollivard, par ailleurs président de la CUE Université Européenne de Bretagne »

    J’ignorais que la CUE UEB existait, je croyais que ce n’était encore qu’un PRES (sinon, juste comme ça, c’est « université de Brest » (nom officiel) ou « université de Bretagne occidentale » (nom politiquement correct), pas « université de Bretagne ouest »).

    « Brest fait monter les enchères… (effet Bonnets-rouges ? un petit peu, mais pas seulement). »

    A mon avis, Brest a la trouille d’être marginalisée en cas de constitution d’un duopole Rennes-Nantes et préférerait pouvoir négocier seulement avec Rennes (plus généralement, le Finistère a l’impression, en grande partie justifiée, que la Bretagne penche démographiquement et économiquement de plus en plus à l’est, et ça ne date pas des bonnets rouges). Une union bretonne serait largement « bipolaire » (Rennes et Brest à chaque extrémité, même si Brest est plus petit), une union grand-ouest serait monopolaire (Rennes-Nantes au milieu).

    A contrario, l’UBS (Vannes-Lorient) a probablement peur de revenir à la situation d’il y a 20 ans, quand l’UBO et Rennes se partageaient l’enseignement supérieur à du Morbihan. Le discours de Jean Peeters me laisse penser qu’il considère que le risque est bien moindre avec un mastodonte ingérable qu’avec une union purement bretonne. Et puis Vannes n’est pas si loin de Nantes…

    Bref, je ne suis pas dans la tête de nos présidents, mais plus que des « enchères », j’ai l’impression qu’il y a de simples considérations géographiques.

  6. Pierre Dubois

    @ Damien. Oui, le PRES Université Européenne de Bretagne est devenu automatiquement une Communauté d’universités et d’établissements (CUE ou COMUE) dès la publication de la loi ESR, le 22 juillet 2013.

    Les CUE sont sommées de décider rapidement si elles restent CUE, ou si elles fusionnent, ou si elles deviennent une Association. La décision prise, elles auront jusqu’à l’été 2014 pour élaborer leurs nouveaux statuts (Fusion, CUE ou Association)

  7. Un autre nantais

    Il faudrait que les présidents, qui seuls disposent des informations sur les vrais tenants et aboutissants des dossiers, avec leurs équipes très rapprochées, lâchent un peu d’information sur leurs vision, au delà de généralités convenues. J’ai lu que le MESR demande une coincidence géographique entre CUE et soumissions Idex, or l’Idex sur une seule des deux régions ne passera pas, et on a besoin d’argent, donc voilà. Ensuite, il y a l’histoire de la signature unique, qui aider à donner bonne impression aux gens au loin qui s’amusent à compter qui est gros et beau, avec des indicateurs. Moins mis en avant, mais j’imagine dans l’esprit des présidents il y a la « mise en cohérence de la carte de formation », c.a.d. supprimer les doublons de masters (et de licence sur sujets à petits effectifs), en faisant en sorte de répartir la compression à peu près équitablement, que chaque site soit chef d’un thème et ne se fâche pas trop.

    Mes remarques sont un peu cyniques et de bas étage, volontairement parce que j’aimerais recevoir des argumentaires plus motivants, dont les bénéficiaires ne soient pas forcément les personnels ; ils peuvent être les étudiants, la production scientifique, le contribuable… mais des choses tangibles, plus précises et assumées. Sinon, on va le découvrir par la bande un jour ou l’autre, et des rumeurs plus ou moins déformées se propageront dans les couloirs.

  8. Un breton de plus

    En effet, pour l’heure c’est un débat entre 7 présidents, sans que l’on sache très bien ce qu’en pensent les 110 000 autres intéressés (personnels et étudiants). Le projet inter-régional est sans doute dans la logique, mais me semble prématuré, du fait des très nombreuses incertitudes et de la complexité d’un rapport de force qui, contrairement aux logiques régionales, n’est pas encore bien clair, toutes choses mises ensemble. Personne ne sait aujourd’hui comment fonctionneront des communautés au périmètre « évident », alors monter un établissement comme ça, en 6 mois, ça me semble aller un peu trop vite, trop loin

  9. un systémicien

    Du point de vue des systèmes complexes, que peut on penser d’un tel projet de COMUE inter régionale ? Et bien que toutes les échelles de complexité imaginées pour l’ESR jusqu’ici sont largement dépassées. Dans une note ministérielle, il est écrit que les CPER doivent servir à structurer les COMUE (ou CUE à l’époque de la note). Et bien quand on sait l’importance des CPER pour financer la recherche et l’immobilier, on se dit tout de suite que les deux régions Bretagne et Pays de La Loire ont du pain sur la planche pour faire converger leurs investissements en mettant de côté les retombées très locales, c’est le principe de non retour systématique et ce n’est pas gagné !
    Du point de vue des universitaires, on constate immédiatement que l’absence de l’UEB et de LUNAM, et bien entendu des grandes écoles, limite l’ambition et la portée d’un tel projet qui ne reflète que la position de 6 présidents d’universités. On voit déjà les problèmes de gouvernance que ce projet peut poser si les dévolutions de compétences sont à la hauteur de celles inscrites dans la loi ESR. Le contournement consisterait donc à faire le moins de dévolution possible en laissant aux établissements l’autonomie (toute relative au regard des finances et des gels de postes). La gouvernance de la CUE serait donc légère, le projet prendra du temps et deux présidents parmi les 6 signataires auront le temps de combler leur retard pour organiser la fusion annoncée de leurs deux universités, projet de fusion qui d’ailleurs ne suscite guère plus d’intérêt que la COMUE inter régionale.
    Et pendant ce temps là, en Bretagne 110 000 individus directement concernés : étudiants, biatoss, enseignants chercheurs, chercheurs attendent de comprendre quel match se joue et je ne parle pas des contractuels de la CUE UEB qui doivent commencer à trouver le temps long.

  10. Visiter le site web du PRES UEB pour y voir un peu plus clair. Tout cela c’est de la mousse dans la baignoire, et les dindons sont les français qui paient pour un service qu’ils n’ont pas.

    Les choses sont très simples, elles se passent (ou pas) dans les salles de cours et les labos. Là il y a des étudiants, enfants de cochons de payeurs, en bonnets rouges, ou pas. Il y a des professeurs qui dépensent leur énergie à communiquer des connaissances. Ces professeurs ont un statut qui garantit des droits, et assigne des devoirs.

    http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006064492

    Lorsqu’ils concluent un travail, les professeurs disent qui rémunère. Aux Etats unis c’est une ligne : université de xxx. C’est simple et limpide.

    Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Pourquoi ces présidents cherchent-ils à se protéger ? C’est louche non?

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