235 licences professionnelles !

Projet d’arrêté sur le Cadre national des formations. En annexe du document soumis à concertation jusqu’au 23 novembre 2013, une liste de 235 licences professionnelles, diplôme créé en 1999. Quelques exemples de titres. Accompagnement de publics spécifiques, Métiers de la forme, Géomatique, Conduite de travaux, Excellence industrielle et environnement, Dimensionnement des structures, Métiers du décisionnel et de la statistique, Agent de recherches privées, Métiers des arts culinaires et des arts de la table, Analyse criminel opérationnel. Lisibilité de ces diplômes ?

Sur le blog Mutatis mutandis (Anne Lavigne), une interrogation : Offre de formation à l’université : peut-on concilier lisibilité et concurrence ?

Extraits. Si la logique concurrentielle est vraiment soutenue par le pouvoir politique, elle doit se traduire par des règles du jeu en accord. Parmi ces règles du jeu, figurent la sélection / non sélection des étudiants à l’entrée de l’université et la gratuité / non gratuité des frais d’inscription. On n’ouvrira pas le débat sur ce diptyque, probablement le plus important…

On souhaite ici se concentrer sur la « lisibilité » des intitulés de diplôme, au cœur de l’arrêté.

… Pour les licences professionnelles ou les masters, la logique de lisibilité entre en conflit avec la logique de concurrence. En tant que responsable d’une licence professionnelle « banque, finance, assurance », spécialité « conseiller clientèle des particuliers », je ne me retrouve dans aucune des propositions qui figurent actuellement en annexe du projet d’arrêté. Les plus proches intitulés sont « Métiers du middle et du back office bancaire et financier » et « Commercialisation des biens et services de professionnels à particuliers ». Pour un recruteur d’établissement financier, le premier intitulé est certainement très parlant, mais probablement pas pour un-e candidat-e issue d’un DUT ou d’un BTS ; et en toute hypothèse, il ne correspond pas au métier, assez classique, de chargé de clientèle bancaire. Quant au second intitulé, il est trop généraliste pour attirer des étudiant-e-s intéressé-e-s par le « commerce de services financiers ». En effet, on peut y mettre aussi bien un chargé de clientèle à la Banque Postale qu’un vendeur de fenêtres chez Triba ou un chef de rayon chez Ikéa…

Même interrogation pour la licence professionnelle que j’ai créée et dirigée à Marne-la-Vallée entre 2003 et 2008 : Management des organisations de l’économie sociale. Ce qui est important dans cette licence, c’est la formation à trois métiers-cibles qui sont exercés dans une organisation de l’économie sociale : assistant en communication, assistant en gestion de la qualité, chargé de développement associatif.

Dans ce contexte, le choix d’une des 235 appellations nationales est impertinent. Il aboutit à une réduction du champ réel de la formation. Mais pourquoi donc ne pas laisser les universités choisir en toute autonomie les titres des licences professionnelles qu’elles estiment les plus pertinents ?

3 Commentaires

Classé dans E. Economie Gestion, E. Sciences humaines et sociales

3 réponses à “235 licences professionnelles !

  1. RP

    Ok sur le lien lisibilité-concurrence mais il ne faut pas oublier non plus la question territoriale : même si les Licences Pro ne sont pas l’apanage exclusif des IUT (si si !), une bonne partie de ces LP sont portées par des IUT, avec un large part d’adossement aux besoins socio-économiques locaux et territoriaux.

    Or, à une époque ou chacun parle d’employabilité, il me semble important de garder à l’esprit que chaque chef d’entreprise a « sa » perception de « son » employabilité. D’une certaine manière, il faudrait presque une LP par entreprise (j’avoue forcer le trait, évidemment) : l’extrême complexité du paysage des intitulés des LP (c’est un peu la même chose pour les Masters aussi d’ailleurs) tient donc également à la richesse/diversité des activités économiques et des métiers qui les animent. Et quelque part, ces formations « territorialisées » en sont un peu le révélateur.

  2. @RP : en l’occurrence, la fonction de chargé de clientèle « particuliers » est très standardisée, et très peu « territorialisée ». Plus généralement, l’ensemble du système bancaire français est assez peu différencié, pour ce qui concerne la commercialisation des services financiers.

  3. MICHOT Thierry

    Bonjour. Le problème est complexe et dépasse parfois la seule compétence des universités. La L Pro « métiers de la forme » ici citée en est l’exemple, puisque dans ce domaine, la question du droit au travail des étudiants diplômés dans une faculté des sports (UFR STAPS, UFRAPS, etc) est aussi liée au code du sport, et à 40 ans (1963-2004) de maîtrise de ce droit au travail par le seul Ministère en charge des Sports. Le droit au travail dans l’encadrement sportif passe en effet par l’obtention d’une carte professionnelle délivrée par le Préfet, cette carte n’étant délivrée que sur la base d’intitulés de diplômes précis (inscription RNCP). Les intitulés de ces licences professionnelles répondent donc à une logique qui dépasse celle du seul ministère en charge de l’enseignement supérieur. Au passage, la filière STAPS avait déjà fait un gros travail d’harmonisation nationale des fiches RNCP en 2005 et 2006, qui avait abouti à une lisibilité forte (5 licences et 6 licences professionnelles). Et de fait, la nouvelle nomenclature de licence (une seule mention en STAPS, avec des parcours qui vont de l’enseignement au management du sport, en passant par les activités physiques adaptées à des publics en situation de handicap) met à mal ce travail de lisibilité finalisé en 2006 par l’inscription au RNCP des licences et licences professionnelles portées par la filière STAPS. C’est un souci dont les futurs diplômés se seraient passés, dans un domaine où les diplômes universitaires coexistent avec ceux du ministère en charge de sports et avec les certificats de qualification professionnelle portés par la branche professionnelle. Pas sûr que la densité de la liste de Licences professionnelles arrange les chose en général, mais dans le domaine des métiers du sport, il n’y avait pas vraiment le choix. Ce n’est sans doute pas le seul domaine pour lequel on peut expliquer une telle densité de titres.