La Ministre méprise les Présidents

26 novembre 2013, chronique de Camille Stromboni sur EducPros, Universités en déficit : le ministère veut reprendre la main. Geneviève Fioraso persiste et signe : des universités sont en déficit parce qu’elles ne savent pas gérer. La Ministre refuse d’expliquer la crise financière des universités par le désengagement de l’État, qui a accompagné le passage aux Responsabilités et Compétences Élargies (RCE).

Les œillères, voire l’autisme de la Ministre, conduisent celle-ci à une accusation méprisante pour les présidents, les équipes présidentielles, les conseillers d’administration, les directeurs généraux des services, ceux des services financiers et comptables des universités. « Vous êtes tous des nuls ; je vais donc confier à l’ENA votre formation ; elle formera aussi les directeurs de composantes, de laboratoires. Tous à l’ENA, tous à Strasbourg ! ». Honte à vous Madame la Ministre ! Le Président de la République et le Premier Ministre devraient vous exfiltrer en urgence ! Vous êtes devenue malfaisante pour les universités !

Extraits de la chronique de Camille Stromboni. Un décret visant à encadrer plus fortement les processus budgétaires des universités est en cours de rédaction, pour une publication début 2014. « La LRU était fondée sur une aberration : très peu de contrôles en amont et la tutelle rectorale en aval. Il s’agit d’inverser la logique », explique le ministère. En mettant en place un « suivi financier modernisé des universités ».

Le décret remplacera la tutelle rectorale prévue après deux exercices en déficit, par l’obligation pour les universités de présenter un plan de retour à l’équilibre pluriannuel, qui devra être approuvé par le recteur. « Les conseils d’administration ne se verront pas ainsi dessaisis, sauf en cas de blocage persistant« , prévient Geneviève Fioraso.

La ministre espère également un renforcement des divisions « Enseignement supérieur » des rectorats, souvent déjà fort occupés par leur casquette « secondaire ». Enfin, elle prépare la mise en place d’une formation à la gestion publique, réalisée par l’ENA, destinée aux présidents d’université et aux membres de leurs conseils d’administration.

Lire également. Article du Figaro : Les présidents d’université envoyés à l’ENA pour des cours de gestion. Article du Nouvel Observateur : Guerre ouverte entre Fioraso et l’université de Versailles.

3 Commentaires

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3 réponses à “La Ministre méprise les Présidents

  1. tetard

    chiche,
    donnez nous les codes ode;
    donnez nous les couts unitaires de dotation et logistique immobilière qui n’ont pas bougé depuis au moins 2008;
    donnez nous les couts unitaires pour respecter les heures d’enseignement avec les hypothèses sur l’encadrement;
    donnez nous les bilans qui transitent entre les parlementaires et la DAF ou la Cour des comptes.
    Il serait effectivement utile que les membres du CA ainsi qu’au rectorat nous ayons accès au détail des calculs du socle de la masse salariale.
    Répondons tous que nous souhaitons avoir accès aux formations du ministère du budget que nous pouvons demander comme le décret le précise depuis 2010.

  2. Samuel Bliman

    Nous voilà enfin rendu au moment de l’affichage effectif de la pensée et de l’intention ministérielles.
    Il y a bien longtemps que le budget de l’ESR est , au moment de la préparation des budgets annuels, une variable dite « d’ajustement »!
    Quant à faire des formations par l’ENA et destinées aux équipes qui « gouvernent les universités », enfin on affiche la vérité de l’intention: comme tout le monde, enfin un petit monde,le sait, le gouvernement des universités américaines comporte un président , pas nécessairement universitaire, entouré d’une équipe directeur financier (qui connait lui les arcanes de la bonne gestion), directeur en charge de l’immobilier et d’autres encore. « Eux se « coltinent » les questions dures:les sous ». Pour les affaires touchant enseignement et recherche, un « sénat » composé d’universitaires.
    Cette configuration était réputée fonctionner, « comme il faut », jusqu’au moment de la crise dans laquelle nous vivons… et pour longtemps probablement.Le placement en bourse des « endowments » a fait fondre ceux-ci, des sommes « mirifiques » ayant été perdues. Conséquence: cure d’amaigrissement pour les postes d’enseignants, réduction de la voilure… mais les équipes présidentielles ont vu leurs traitements augmennter: « normal », ils tiennent les cordons de la cassette.

    Voici, en somme, ce vers quoi on tend à faire évoluer, en toute indépendance! Quant à avoir accés à tous ces bilans (voir Tetard, ci-dessus)vous n’y pensez pas sérieusement: vous risquez de ne pas les comprendre, certains de ceux-ci n’étant accessibles que bien longtemps aprés.

    En résumé, la cure d’austérité dans les établissements induira un creusement entre une minorité au sommet des hiérarchies et une masse qui « s’appauvrira ».

  3. Patrice Brun

    Certes, lorsque les établissements sont entrés dans les RCE, la dévolution de la masse salariale ne s’est pas faite à 100%. Dans mon université, le refus de l’extension en année pleine des promotions accordées par le ministère l’année précédant l’entre dans les RCE a coûté fort cher et on a pu, en son temps, estimer à 800.000 euros le « manque à gagner » ou plus exactement, le « plus à payer » pour l’établissement. Ces sommes n’ont jamais été rattrapées.
    Par contre, il y a des décisions ayant un fort impact budgétaire qui sont prises en interne et dont on ne peut en aucun cas accuser le ministère, celui-ci comme le précédent. Toujours dans mon établissement, alors que l’on s’apprête à geler des postes (le bruit court que 10 postes sur les 23 vacants le seraient), le CT, puis le CA, dans une belle unanimité, ont voté une augmentation des primes BIATS de 60.000 euros. Et jamais le nombre d’heures de décharge n’a été aussi élevé. La paix sociale n’a pas de prix mais, comme disait l’autre, elle a un coût que nous semblons ignorer.
    Il fut un temps – qui n’est pas si éloigné – où c’était le ministère qui accusait les universités et leurs présidents de ne pas savoir gérer et espérait voir la colère des la « base » se détourner à l’encontre de ces derniers. Ce temps n’est, semble-t-il, pas révolu. Mais vient se greffer un autre combat, à front renversé cette fois : celui où les présidents accusent unilatéralement le ministère d’asphyxier les établissements, sans voir ou en faisant semblant d’ignorer qu’ils ont aussi leur part de responsabilité dans la dégradation des finances de leurs établissements.
    On assiste désormais à un jeu de « ping-pong » rhétorique qui ne fait guère avancer la réflexion. Car il faudrait que chacun se positionne vraiment : il semble que beaucoup, y compris parmi les présidents (on se souvient du « manifeste des 14 » il y a un an de cela) à ne plus vouloir l’autonomie. Mais on a parfois l’impression que certains, y compris parmi les plus virulents contre cette autonomie, en utilisent certaines dispositions qu’ils trouvent avantageuses (je pense aux primes et aux décharges, mais pas seulement) sans accepter l’autre versant – gestionnaire – de l’autonomie. Si on ne veut plus du tout d’autonomie et revenir à la situation antérieure à 2007, il faut accepter que les établissements n’aient plus leur mot à dire sur le redéploiement et le profilage des postes, sur la politique des primes et des décharges, et laisser tout cela au bon vouloir du Ministère et de ses bureaux. Mais je n’ai pas l’impression que le « manifeste des 14 » disait cela…
    En d’autres termes, je crains que, collectivement, nous voulions conserver les avantages de l’autonomie sans en avoir le moindre inconvénient. En français populaire, ça s’appelle vouloir le beurre, l’argent du beurre et le sourire (sinon le culotte) de la crémière.
    Osera-t-on dire qu’il y a là comme un paradoxe?