Doctorat : qualification, sélection

Le nouveau bureau de la Confédération des Jeunes Chercheurs (CJC), élu le 20 octobre 2013, peine à trouver ses marques. Son premier communiqué (21 octobre) peut être qualifié de « mou ».

Le second communiqué de la nouvelle équipe (29 novembre 2013) montre  qu’elle n’a pas encore un grand sens des réalités : Supprimer la qualification pour mieux valoriser le doctorat, mais sans supprimer la dimension nationale du recrutement. Supprimer la qualification : le rapport de Vincent Berger de décembre 2012 le préconisait ; le Sénat l’a voté, à la demande du groupe Ecologie Les Verts, avant que la Commission mixte revienne au point de départ. La qualification aux fonctions de maître de conférences ou de professeur a été maintenue par la loi ESR du 22 juillet 2013.

La CJC demande la suppression, aux fins de lutter contre des dérives de la qualification, quand elle est détournée en moyen de hiérarchisation des doctorats, en critère de sélection en dehors du recrutement des enseignants-chercheursMoyen de hiérarchisation des doctorats : ceux-ci se valent-ils tous ? Mais, la CJC, comme d’autres, estime que la qualification permet de lutter contre le recrutement local.

Dès lors, la CJC fait une seconde proposition. Supprimer la qualification mais sans supprimer la dimension nationale du recrutement. Qu’est-ce à dire ? La CJC souhaite l’intervention du CNU (exclusivement des membres extérieurs à l’établissement) lors de la procédure de recrutement, par sa participation à la sélection des dossiers des candidats et sa présence au sein des jurys de recrutement. Ceci permettra de garantir la dimension nationale du recrutement (notamment l’homogénéisation des critères de sélection), et de lutter contre les abus du localisme.

Des membres de la section de référence du CNU dans autant de comités de sélection que de postes mis au concours de recrutement ? Infaisable ! Totalement irréaliste du point de vue de la charge de travail des membres des sections du CNU. Le bureau de la CJC connaît-elle la composition et le mode de fonctionnement des comités de sélection ? Elle devrait lire ou relire les pages 8 à 13 du projet de réforme du décret statutaire des enseignants-chercheurs !

La CJC demande enfin la mise en place et l’application par les universités du Code de conduite pour le recrutement des chercheurs : Charte européenne et Code de conduite (2005). Les recommandations de la Commission européenne ne prescrivent pas les règles concrètes de recrutement. Elles ne font qu’indiquer la route : Les États membres s’efforcent de prendre les mesures cruciales pour assurer que les employeurs ou bailleurs de fonds des chercheurs améliorent les méthodes de recrutement afin de créer un système de recrutement qui soit plus transparent, ouvert, équitable et reconnu au niveau international, en tant que condition préalable à un véritable marché européen du travail pour les chercheurs (recommandation 2).

Espérons et souhaitons que les futurs communiqués de la CJC soient plus pugnaces et tiennent compte des réalités réelles ! Il en va de sa responsabilité et de sa crédibilité auprès des doctorants et des jeunes chercheurs.

4 Commentaires

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4 réponses à “Doctorat : qualification, sélection

  1. François Brunet

    Lutter contre le localisme est l’une des tartes à la crème des dix dernières années. Dans mon expérience – il est vrai surtout en région parisienne – le localisme n’est pas le problème numéro un. Inversement l’une des tares du système français, liée ou non au caractère national des diplômes, est l’empilement des niveaux de certification et la défiance généralisée à l’égard du voisin.

  2. Fabien Tarrit

    La CJC pense-t-elle sérieusement que c’est en disloquant le statut d’enseignant-chercheur que le recrutement des doctorants s’améliorera.? Quel réflexe corporatiste ! La suppression des commissions de spécialistes était déjà présentée comme une lutte contre le localisme. Or les faits montrent que c’est précisément le contraire.

  3. Julien

    Réflexe corporatiste dites-vous ? Mais relisez-vous, c’est votre commentaire qui est corporatiste ! La qualification, c’est un truc administratif d’une lourdeur abominable (au XXIe siècle, on est encore obligé d’envoyer son dossier de qualification par la poste, mais quelle blague !), et qui n’existe qu’en France ! Ah ça oui, la France a le meilleur système d’enseignement supérieur et de recherche au monde, donc – ah, attendez, on me dit dans l’oreillette que en fait, non ce n’est pas tout à fait ça…

    Bref en quoi supprimer la qualification c’est « disloquer le statut d’enseignant-chercheur » ? C’est au contraire supprimer une étape qui dans les faits ne fait que dévaloriser le doctorat. Vous trouvez qu’il y a des doctorats « pourris » ? Eh bien faites votre boulot d’enseignant-chercheur et ne les validez pas ! Que les universités arrêtent de faire n’importe quoi et de valider des diplômes dont elle sait qu’ils sont bidons, juste parce que Professeur Bidule ou Directeur Truc était le superviseur de thèse…

    Et ouvrez-vous un peu au monde et regardez ce qui se fait ailleurs, il y a des leçons à tirer. Ça ne vous chagrine pas de savoir que pour n’importe quel étranger, cette « qualification » est un ovni incompréhensible ?

    Enfin le localisme… Même en prenant cet argument, la qualification n’a jamais empêché le localisme. Même au niveau du CNRS le localisme peut exister, avec des postes ultra-fléchés où il ne manque que la description de la moustache du candidat pour être complet de ce point de vue.

    Donc on a un truc lourd administrativement, qui dévalorise le doctorat, incompréhensible pour les étrangers, et qui ne lutte absolument pas contre les dérives qu’il prétend combattre : à quoi la qualification sert-elle donc ? Ouvrons le débat sur le système de recrutement des enseignants-chercheurs et des chercheurs en France, afin de discuter et d’ouvrir des pistes pour améliorer les choses, car il y a un grand besoin de les améliorer, croyez-moi !

  4. Henni Ouerdane

    Bonjour,

    @Julien: Malheureusement, on pourra toujours dénoncer des situations pourries à l’université, et en particulier celles de doctorats décernés dans des conditions douteuses, cela ne changera rien aux mauvaises pratiques. Et personne ne peut demander à Fabien Tarrit ou un autre de ne pas valider des thèses pourries, validées par des jurys souverains dont il ne fait pas partie. De mon point de vue, un intérêt du CNU est justement d’être un filtre, probablement imparfait, mais un filtre que je crois utile dans le sens qu’il participe à la crédibilisation de la formation doctorale. D’ailleurs, le problème de la reconnaissance du doctorat en France se situe ailleurs dans le monde du travail.

    J’ai soutenu ma thèse en Ecosse; la procédure est différente de celle en cours en France. Quand j’ai décidé de soutenir, j’étais maître donc responsable de ma décision. Je n’avais droit à aucun contact avec mes rapporteurs entre le moment de leur désignation et la soutenance qui s’est passée à huis clos: même mon directeur ne pouvait y assister de plein droit! D’ailleurs, j’ai préféré aller seul dans la fosse aux lions. Quand je me suis rendu en salle de soutenance, je n’avais aucune idée de ce que mes examinateurs pensaient de ma thèse. J’ai été très content de leur avis positif à l’issue de la soutenance qui a été une véritable joute oratoire. Au Royaume Uni, plusieurs cas de figure se présentent à l’issue d’une soutenance: 1/ le doctorat est décerné, 2/ le doctorat est décerné sous réserve de modifications mineures du manuscrit, 3/ le manuscrit doit être révisé de façon importante et refaire l’objet d’une relecture des examinateurs et éventuellement d’une nouvelle soutenance, 4/ le doctorat est refusé, mais le jury accorde un MPhil (master of philosophy) au candidat, 5/ aucun diplôme n’est accordé au candidat.

    En rentrant en France, j’ai trouvé la procédure française moins contraignante qu’au Royaume Uni.

    Pour en revenir à la question du recrutement et des mauvaises pratiques: récemment, j’ai fait annuler un concours de recrutement MCF au tribunal administratif; l’université a quand même conserver le stagiaire en poste. J’ai posé la question de la légalité d’une titularisation de fonctionnaire sans concours, à l’université lorsqu’elle a décidé de titulariser le lauréat du concours annulé. Le tribunal administratif vient d’annuler cette titularisation. L’ex MCF est toujours en poste, sans aucun statut (à ma connaissance) plus de 3 semaines après la décision de justice… et je ne sais pas ce que l’université prévoit… En tout cas, les membres du CA et du CS que j’ai pu croiser me disent que ce n’est pas de leur ressort que d’aborder en commission la question du devenir de la personne qui vient de perdre son poste par décision de justice.

    Cordialement,