Le MEDEF titre les formations

Le Mouvement des Entreprises de France (MEDEF) a joué le jeu de la concertation sur le projet de Cadre national des formations et de Cahier des charges de l’Accréditation. Il a remis sa copie le 26 novembre 2013. Chroniques antérieures sur ces deux projets.

Le document du MEDEF (12 pages) est fort courtois. Il note les points de satisfaction et d’insatisfaction exprimés par ses différentes branches professionnelles. Il propose de changer les titres de certains diplômes nationaux figurant dans la version soumise à concertation. Au passage, il déplore l’absence des DUT et des BTS dans l’arrêté de cadrage et ne met pas en cause la longue liste de licences professionnelles (diplôme qu’il avait pourfendu lors de sa création en 1999).

La stratégie du MEDEF est annoncée clairement dans le 1er paragraphe de la page 1. Le MEDEF est particulièrement attentif au développement d’une offre de formations supérieures de qualité qui contribue à renforcer la compétitivité de nos entreprises et réponde à leurs besoins en compétences.

De même, dans le second paragraphe de la page 2. Évaluation des formations par les conseils de perfectionnement… : nous insistons sur la nécessité de renforcer un dialogue entre les responsables académiques et les représentants des secteurs économiques concernés le plus en amont possible avant la création du diplôme et tout au long de sa mise en œuvre. L’enjeu est de faciliter l’insertion professionnelle des futurs diplômés et de faciliter le positionnement de la formation dans l’offre globale du marché.

Les lecteurs inattentifs auraient tort de conclure trop rapidement : une offre de formation au service du capital ! Le MEDEF fait, intelligemment, référence aux attendus et aux articles de la loi du 22 juillet 2013. Il reproche aux textes mis en concertation d’oublier certains articles de la loi. L’organisation patronale joue donc sur du velours. Elle n’ose cependant pas dire que les projets de cadre national des formations et d’accréditation sont bricolés, précipités, imprécis, contradictoires, voire obsolètes pour certains métiers.

Au final, je trouve la contribution du MEDEF ironique, savoureuse, et sans doute déterminante pour la version finale des deux textes soumis à concertation. Qu’y a-t-il à mettre en face de sa proposition ? La contribution de la CPU ? Quelle contribution ? Celles d’organisations professionnelles d’enseignants-chercheurs de telle ou telle discipline ? Quelles contributions ?

Je m’interroge en particulier sur le rôle des conseils de perfectionnement dans la conception et le suivi des formations professionnelles. J’en ai fait l’expérience, entre 2003 et 2008, à la tête de la licence professionnelle Management des organisations de l’économie sociale (trois parcours : assistant en communication, assistant qualité, assistant développeur de projets associatifs).

Les partenaires professionnels du conseil de perfectionnement ont été plutôt assidus, donné des conseils judicieux pour faire évoluer la licence chaque année, mais il a été toujours été impossible d’avoir, dans le conseil, des représentants de tous les secteurs d’emploi de notre trentaine de diplômés par an, tant les branches ou sous-branches professionnelles sont nombreuses ! Les professionnels membres du Conseil y étaient en fait à titre personnel et participaient aux formations, au suivi des stagiaires et des étudiants en alternance.

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Une réponse à “Le MEDEF titre les formations

  1. François Brunet

    Pierre, c’est là que votre blog est vraiment précieux. Je ne sais pas où nous trouverions ailleurs cette information. Le MEDEF a joué le jeu en effet. Je suis spécialement frappé par le long document de l’Union des industries chimiques: celui-ci détaille et étrille en partie la nomenclature fort complexe présentée dans le projet de cadrage, montrant en particulier comment telle ou telle « discipline » (ou appellation de diplôme) « n’existe pas »: comment dire de manière plus directe que les « disciplines » sont des représentations historiques, relatives, dont la définition oscille au gré du temps et des circonstances, en particulier entre un arbre théorique de la connaissance (type sections CNU ou CN du CNRS) et les « métiers » dont parlent les confédérations? Dès lors, que signfie un « cadrage national »? Qui en est le responsable légitime? Et bien entendu la vieille question est posée: l’université a-t-elle pour fonction de « former » des « savoir faire » (« savoir être », « savoir dire » etc) dictés par les besoins du marché à l’instant t, ou bien son principe est-il ailleurs, dans une éducation scientifique, critique et civique qui pourrait en temps voulu ou utile inspirer l’entrepreneurariat et l’entreprise? Il ne semble pas que nous allions actuellement dans la deuxième direction (ni a fortiori dans la formation et l’employabilité par la recherche, sujet sur lequel le MEDEF en reste à des considérations polies); mais, heureusement ou malheureusement je ne sais, nos gouvernements successifs hésitent à jeter complètement la référence académique. Pour rappel, quand même, face à X mentions de Licences et de Masters Pro dans tel ou tel domaine « entrepreneurial », il n’y a plus de mention Anglais dans le cadrage national. Demain, la France n’aura plus de diplômés d’anglais (ni d’allemand, de chinois, de japonais, d’arabe, etc.) mais des diplômés de « Langues, littératures, civilisations étrangères et régionales ». Le MEDEF s’est-il penché sur cet aspect des choses? Je précise ici que je n’ai rien contre les liens entre universités et entreprises et y contribue autant que possible dans la spécialité de Master que je dirige.