Clerici, présidente de Paris Diderot

Christine Clerici sera élue présidente de l’université de Paris 7 Diderot par le nouveau Conseil d’administration. Les listes qu’elle conduisait dans les collèges A et B – Construire aujourd’hui l’université du futur – l’ont emporté, lors des élections des Conseils centraux, le jeudi 27 mars 2014. Actualisation 31 mars 2014 : résultats des élections  au CA (résultats globaux, résultats par bureaux de vote).

Qui est Christine Clerici ?  Professeur des universités en Physiologie depuis 1995 et  Praticien hospitalier en explorations fonctionnelles (PU/PH). Élue vice-présidente du Conseil d’administration en mars 2012. Nommée administratrice provisoire de l’université en octobre 2013, après la démission de Vincent Berger. Je me félicite de l’accession d’une femme à la présidence d’une université. 

L’élection des conseils centraux de Paris 7 avait un enjeu national : le combat entre deux formes de coopération et de regroupement des universités : la Communauté d’universités et d’établissements (COMUE) et l’Association. Les partisans de la COMUE ont gagné. Je ne me félicite pas de cette victoire pour plusieurs raisons.

1. La victoire de Christine Clerici est aussi la victoire de Geneviève Fioraso, qui a favorisé sans vergogne, contre la lettre et l’esprit de la loi du 22 juillet 2013, le regroupement COMUE à marche forcée : pas de vote obligatoire des CA des établissements sur les statuts, suffrage indirect pour désigner les représentants des personnels et des étudiants au CA de la COMUE. Ce succès suffira-t-il à la Ministre pour sauver sa tête lors du remaniement ministériel annoncé ? 

2. Victoire de Jean-Yves Mérindol, qui voit ainsi validés par avance les statuts du nouvel établissement Université Sorbonne Paris Cité, établissement qu’il préside depuis décembre 2013. Ces statuts permettent un très large transfert des compétences des établissements membres vers la nouvelle université. L’avenir qui se dessine : une université mastodonte (plus de 125.000 étudiants), une concentration progressive des pouvoirs au sein des directions et services communs (lire la note infra), un mille-feuille institutionnel gagnant une couche supplémentaire, des atteintes à l’autonomie et à l’exercice de la démocratie collégiale dans chacun des établissements, des présidents des établissements promis à n’être que des chefs de service vassaux du président.

3. Enfin, la victoire de Christine Clerici est celle du Secteur Santé au sein de Paris 7 Diderot et va assurer la prédominance absolue de ce secteur au sein de Sorbonne Paris Cité, l’université de Paris V Descartes étant présidée par Frédéric Dardel et Paris 13 Nord par Jean-Loup Salzmann. Quel modèle organisationnel de l’enseignement supérieur portent les professeurs du secteur Santé, déjà au pouvoir dans les universités fusionnées d’Aix-Marseille, de Strasbourg, de Bordeaux et peut-être bientôt de Rennes et de Montpellier ?

Ce modèle organisationnel – celui du management d’une grande entreprise fondée sur l’efficience et l’efficacité de ses ressources humaines et matérielles (déjà appliquée dans la réforme des hôpitaux) – est un modèle d’entreprise obsolète dans la compétition mondiale et, surtout, un modèle voué à l’échec dans les universités. Il se traduit en effet :

– par une centralisation par allongement des lignes hiérarchiques. 6 à 7 niveaux entraînent mécaniquement un élargissement de l’échelle des salaires et une précarisation des niveaux les plus bas,

– par une division technique du travail hors d’âge : spécialisation accrue des tâches,

– par un cloisonnement entre ceux qui possèdent les compétences nobles et les personnels d’exécution – fussent-ils diplômés à bac+5 ou davantage. Ceux-ci ne sont là que pour exécuter les injonctions, trop souvent contradictoires, qui tombent d’en haut, provoquant chez eux une perte de sens du travail, un désengagement dans le travail exécuté, une souffrance au travail encore jamais vue dans l’Universitas.

– par un affaiblissement inéluctable de la mission de recherche fondamentale et appliquée de l’Université, par une diminution des fonds de recherche récurrents et par la multiplication des appels à projets conduisant à des recherches peu risquées, peu innovantes.

Ce modèle tueur de l’Université millénaire doit être combattu.

Les présidents des universités de Paris 3, 5, 7, 13 sont maintenant devant leurs responsabilités. Veulent-ils d’un modèle politique et organisationnel d’avance voué à l’échec ?

Paradoxe final de ma part. Je pense aujourd’hui, dans le contexte de Sorbonne Paris Cité, que la fusion des 4 universités est moins pire que la COMUE parce qu’elle éviterait la couche de mille-feuille supplémentaire qui s’est installée tout en haut de Sorbonne Paris Cité, une couche éloignée des lieux de l’exercice des activités de formation et de recherche. Le président Mérindol est-il par exemple à même de répondre à une question simple : combien de sites géographiques pour les 4 universités, combien de bâtiments, combien de composantes ?

Et si les 4 présidents et leurs instances élues débattaient d’un modèle porteur d’avenir, celui d’une université de 20 – 25.000 étudiants, université multi-sites et en réseaux, dédiée aux 2ème et 3ème cycles de formation et de recherche, fédérant une cinquantaine d’instituts d’enseignement supérieur de proximité, dédiés au premier cycle (Licence, IUT, CPGE, STS), établissements d’environ 2.000 étudiants ? Débattre de ce modèle : le combat du blog : créer des IES.

Pour aller plus loin : chroniques du blog sur Sorbonne Paris Cité, sur Paris 7 Diderot.

Note. Article 11 des statuts. Directions et services communs. Afin d’assumer sa mission, l’Université Sorbonne Paris Cité s’organise en directions et services. Dans ce cadre, elle dispose de personnels détachés ou sous contrat, placés sous sa responsabilité hiérarchique. Dans le respect du droit de la fonction publique, des personnels issus des établissements membres peuvent être affectés, avec leur accord, dans les services et direction de l’Université Sorbonne Paris Cité. Ces agents sont alors placés sous la responsabilité fonctionnelle directe du président de l’Université Sorbonne Paris Cité.

4 Commentaires

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4 réponses à “Clerici, présidente de Paris Diderot

  1. Alexis

    Merci pour ces messages sur les élections à P7…

    La campagne aura du moins permis de montrer que le modèle d’association est une véritable option avec un modèle de statuts d’association proposé par la liste « ensemble pour d’autres possibles ».

    Pourra-t-on débattre de cette question avec le nouveau CA? À voir…

    Alexis

    • Sirius

      L’association est une véritable option…comme mode de « coordination territoriale » au sens de la loi Fioraso. Pas comme définition d’une université. La revendication du titre d' »université confédérale » pour l’association n’a aucune légitimité, ni base légale.

  2. B. Andreotti

    La mort de Paris 7 en trois chiffres:

    Vote en médecine:
    Liste Clerici: 95%
    Liste pro-Association: 5%

    Vote des enseignant-chercheurs et chercheurs (hors secteur hospitalier)
    Liste Clerici: 43%
    Liste pro-Association: 57%

    Vote des des enseignant-chercheurs et chercheurs (Sciences et Lettres & Sciences Humaines)
    Liste Clerici: 34%
    Liste pro-Association: 66%

    Paris 7 a été la seule université pluridisciplinaire de Paris. Quand le reste de la France forme des regroupements pluridisciplinaire, Paris 7 disparait dans un bloc monodisciplinaire.

  3. soyons sérieux

    Plus précisemment :
    La liste Clerici est arrivée en tête dans les 3 secteurs dans le collège A.