Valls, un poisson d’avril ? Non

J’aurais aimé, ce matin du 1er avril 2014 et pour la 6ème fois depuis la naissance du blog « Histoires d’universités » en janvier 2009, publier un poisson vraisemblable. J’ai préparé le « terrain » dans deux chroniques : quel ministre pour l’enseignement supérieur et la recherche de France et d’Europe, de demain et d’après-demain ?

La première chronique annonçait le départ souhaité de Geneviève Fioraso. La seconde lançait une piste : un Ministre d’État à la tête de l’Enseignement supérieur (universités et classes supérieures des lycées), de la Recherche, du Développement économique par l’Innovation. Un symbole fort pour la Communauté universitaire. Un commentateur a trouvé la bonne piste : promouvoir à ce rang le Ministre qui a été maire et député d’une ville universitaire moyenne, Cherbourg. Un Ministre, non Énarque et non Professeur, et pouvant résister à Bercy quand il négocie les budgets de l’ESR… Le Quiz attend la bonne réponse… Facile !

Et patatras, François Hollande a nommé Manuel Valls  Premier Ministre. Durant 7 minutes 57, le président de la République n’a pas prononcé une seule fois « Enseignement Supérieur », « Recherche », « Innovation ». Nommer Premier Ministre un Ministre de l’intérieur ! La France a déjà donné ! Manuel Valls, l’homme en tête des personnalités socialistes dans les sondages de popularité ! La France gouvernée par les sondages d’opinion ? Non et non ! Un déni de démocratie électorale. Manuel Valls, l’un des 6 candidats socialistes à la présidentielle, le plus à droite d’entre eux, un partisan de l’économie sociale-libérale. Non  et non !

Alors, il me faut inventer, sur l’heure, un autre poisson d’avril. C’est un député socialiste, courageux et sans langue de bois, qui m’en a donné l’idée ce soir au Journal de France 3. Le gouvernement Valls devra avoir l’aval du Parlement. Pour la 1ère fois dans l’histoire de la 5ème République, souhaitons que ce gouvernement soit rejeté par la majorité du Parlement.

François Hollande, sans majorité, décidera alors de démissionner : une autre première pour la 5ème république (… la démission du pape Benoit XVI n’a pas provoqué de drame). Le parti socialiste perdra, de toutes façons, les élections européennes. Il pourra alors se battre, avec davantage de jeunes femmes et de jeunes hommes de la Gauche réunie, pour regagner en 2020 les villes perdues ce 30 mars 2014, pour garder la confiance d’une majorité de citoyennes et de citoyens dans les conseils généraux et dans les régions. Une gauche, toute la gauche qui doivent se reconstruire à gauche. Oui !

Ce soir, j’ai mal à l’université que j’aime ; j’ai mal à la France que j’aime ; j’ai mal à l’Europe que j’aime. Poisson d’avril ou pas ! Je dois garder l’espoir !

11 Commentaires

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11 réponses à “Valls, un poisson d’avril ? Non

  1. Damien

    « Un déni de démocratie électorale. »

    Et pourquoi donc ? N’êtes-vous pas en train d’interpréter abusivement les résultats de l’élection passée ?

  2. Damien

    « François Hollande, sans majorité, décidera alors de démissionner : une autre première pour la 5ème république »

    Très improbable. Il dissoudra plutôt l’assemblée, et le PS se prendra une veste digne de 1993 (une date que beaucoup, y compris parmi les plus de 40 ans, semblent avoir oublié), probablement cumulée à plusieurs autres (cf les européennes de 1994).
    Et, 5 ou 10 ans plus tard, on aura un politique « de gauche » qui finira par rassembler suffisamment pour faire revenir « la gauche » au pouvoir (en partie grâce aux abstentionnistes de droite mécontents du gouvernement « qui ne fait pas une vraie politique de droite »), accompagnés par des menaces sur sa gauche du type « mais c’est la dernière des dernières fois qu’on vote pour vous si vous faites pas une politique de gauche, hein ». Menaces qui se traduiront, moins de 2 mois plus tard, par de la défiance puis de l’abstention.
    Evidemment, je peux me tromper, mais ce cirque dure depuis 30 ans, et je ne vois aucune raison pour que ça change…

    • Là je partage : tant que l’UMPS sera « plébiscité par les votants, cela ne changera pas : un éternel mouvement de balancier où les deux partis d’élus, renforcés par des modes de scrutins favorisant les partis dominants, bien aidés par les nouveaux chiens de garde, se partagent tour à tour le pouvoir (et l’argent qui va avec). Et aujourd’hui, entre UMP et PS on pourrait dire « banc bonnet et bonnet blanc » comme lors du duel « Poher-Pompidou » en 1969.
      La seule solution : une insurrection qui conduira à une nouvelle constitution.

  3. François

    Mon analyse. L’électorat français se divise en 3 catégories :
    – gauche (liberté, égalité),
    – droite (ordre, croissance),
    – ceux qui croient au Père Noël (c’est à dire dans les promesses du FN, du Front de Gauche et de l’aile gauche du PS).

    Ni une gauche ni une droite  » honnêtes  » ne peuvent obtenir la majorité. Donc avant chaque élection les responsables de gauche comme de droite affirment que le père Noël existe. Ceux qui se montrent les plus convaincants obtiennent suffisamment de voix de la part de ceux qui croient au père Noël pour être élus.
    Dès que gauche ou droite sont au pouvoir, leur problème principal est de trouver un moyen de faire comprendre (sans les rendre fous furieux ) aux électeurs qui ont voté pour eux et qui croyaient au Père Noël que celui-ci n’existe pas. La tactique employée : continuer à faire semblant de croire au Père Noël en commençant par faire semblant de tenir les promesses pré-électorales, en attendant qu’une occasion venant si possible de l’extérieur permette de s’en dégager en expliquant que le monde a changé. En général, l’événement salvateur a de bonnes chances de survenir dans les 2 ou 3 ans.
    Pour Sarkozy : promesse pré-électorale d’un « choc de confiance » utopique; il est presque sauvé par la crise financière née des subprimes.
    Pour Hollande, un espoir : le comportement de la Russie, qui peut complètement changer la donne (bouleversement de la politique énergétique mondiale, réarmement de l’Europe, etc.).

    Mais souvent la rancœur des électeurs de la 3ème catégorie contre ceux qui les ont amenés à comprendre que le Père Noël n’existait pas est telle qu’ils votent pour leurs rivaux à l’élection suivante (je me souviens d’un vieux slogan électoral qui était :  » Sortez les sortants !  » que le Canard Enchaîné avait transformé par dérision en  » Sortez les rentrants ! « ).

  4. Il ne faut pas oublier que cette chronique, pour ce qui concerne le vote de confiance ou de défiance du Parlement au gouvernement présenté par Manuel Valls, est dans l’esprit du Poisson d’avril annuel.

    J’aimerais que les commentaires portent plutôt sur une autre nageoire du poisson : un Ministre d’État à la tête de l’Enseignement supérieur (universités et classes supérieures des lycées), de la Recherche, du Développement économique par l’Innovation. Un symbole fort pour la Communauté universitaire ? Qu’en pensez-vous ?

    • Damien

      Comment intégrer les CPGE dans un ministère séparé de l’EN, alors que le personnel est EN (et ne semble pas vouloir en changer) ?
      Et sinon, sur le fond, je n’en pense rien : ce n’est pas l’existence ou non d’un ministère qui fait une politique.
      Je m’amuse éventuellement de voir que « tout le monde » veut un gouvernement resserré, mais « tout le monde » veut aussi son grand ministère à lui.

  5. François

    Difficile de justifier un Ministère d’État s’il n’inclut pas également l’Éducation Nationale.
    Mais est-il souhaitable que le Ministre chargé du Supérieur et de la Recherche soit absorbé par les problèmes chronophages du secondaire et surtout du primaire, ces derniers me paraissant – et c’est sans doute normal – du niveau des bagarres de cours de récréation ?

  6. Collègue Pierre Dubois,

    histoiresduniversites.wordpress.com, 1 avril 2014 · 0 h 01 min Valls, un poisson d’avril ? Non

    Voyant votre message du 1er avril 2014.
    Je lis toujours avec espérance vos messages.
    Dans le présent contexte de remaniements ministériels, en avril 2014.
    Le voeu d’un Québécois, Français putatif que je suis, qui attend beaucoup de votre pays.
    Vous avez raison de vouloir remplacer Mme Fioraso.
    Je forme le voeu que la France mette du français au lieu d’une grande place vide: les publications de premier plan de vos scientifiques.
    Qu’elle se dote d’un ministre résolu à mettre fin à la ridicule domination de l’anglais, prétendument indispensable langue universelle et condition de succès, que dénonçaient il y a longtemps les auteurs du recueil « Le français chassé des sciences », Ginette Gablot, Noëlle de Chambrun, Anne-Marie Reinhardt, Pierrre Bourdieu et autres.
    http://www.cslf.gouv.qc.ca/bibliotheque-virtuelle/publication-html/?tx_iggcpplus_pi4%5Bfile%5D=publications/pubd112/d112ch4.html
    Que ce ministre annonce comme premier article de son programme: « Le retour au français, langue qui fut longtemps chassée des sciences ».
    Un tel geste aiderait le Québec à organiser son avenir.
    J’attends. Bons saluts.
    Pierre Demers 1914 LISULF il est 16h31 HAE 1er avril 2014.

  7. B. Andreotti

    Bonsoir Pierre,
    Manifestement, vos lecteurs fidèles (dont je suis) ne sont pas doués pour la divination. Voyons si ils font mieux pour le secrétariat d’Etat qui sera annoncé la semaine prochaine. Son nom reprendra t’il celui donné en Suisse: secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation?

    Si le message est la continuité, G. Fioraso pourrait rester. Après la claque de Grenoble, où elle a été adjointe pendant des années, cela semble peu envisageable.

    Si le message est une accélération de la rigueur budgétaire dans les universités, T. Mandon serait un bon choix puisqu’il a été rapporteur du budget ESR. C’est un proche de Montebourg.

    S’il y a un retour de balancier, pour donner des gages aux électeurs socialistes massivement mobilisés en 2009, et évidemment déçus par la continuité remarquable avec la mandature précédente, I. This Saint-Jean semble inévitable. Elle a soutenu M. Aubry pendant la campagne et les aubristes sont peu servis.

    Il y a évidemment de nombreux outsiders, et en particulier les membres du groupe Marc Bloch, comme A. Kahn, qui ne se laisseront pas faire.

    Quoi qu’il en soit, il serait bon que la nouvelle secrétaire d’Etat (ou le nouveau secrétaire d’Etat) puisse avoir assez de poigne pour prendre l’ascendant sur le cabinet ministériel.