B. Hamon, 28 ans en politique

Benoît Hamon, le nouveau Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, est né en 1967 ; il aura 47 ans en juin prochain. Il exerce en politique depuis l’âge de 19 ans. En 1986, la Gauche ayant été défaite aux élections législatives, notre breton, étudiant en licence d’Histoire à l’université de Bretagne Occidentale à Brest et militant de l’UNEF, s’oppose à la loi du Ministre Devaquet qui prévoyait d’instaurer la sélection à l’entrée des universités. Pensait-il alors qu’il pourrait exercer un jour un métier, celui de professeur d’histoire par exemple ? Sources : Wikipédia, EducPros.fr.

Il n’a pas eu alors le temps de réfléchir à son futur métier. Il s’est laissé happer par la/le Politique… L’analyse d’une trajectoire politique, commencée très jeune, doit croiser trois angles d’approche. La carrière au sein du Parti lui-même, la carrière politique proprement dite (au départ, un poste d’attaché parlementaire ou de conseiller ministériel), et enfin, en interrelation avec les deux précédentes, la carrière salariale (il faut vivre et si possible vivre mieux au fil du temps).

Le Parti rémunère des permanents mais il en limite le nombre, faute d’une masse importante d’adhérents. Les mandats politiques sont plus ou moins rémunérateurs, certains n’assurant d’ailleurs aucun revenu. Il faut donc avoir une porte de sortie quand on n’exerce plus de mandat électoral ou quand les adhérents du Parti se font plus rares. La trajectoire de Benoît Hamon est constituée de va-et-vient entre carrière au sein du parti, carrière de mandats électoraux, portes de sortie rémunérées. Disons-le, il a jusqu’à présent parfaitement réussi à combiner le tout.

Benoît Hamon est un homme de l’appareil du Parti socialiste. Premier angle d’approche pour comprendre sa trajectoire, une carrière qui a, pour les plus ambitieux, un objectif ultime : devenir un jour Premier secrétaire du Parti. Pour cela, il faut avoir des idées, conquérir sa place dans le Parti, réussir chacune des étapes et/ou savoir encaisser les échecs, donner des coups, naviguer d’un courant politique à l’autre, s’allier pour créer un courant avec d’autres transfuges, déposer des motions dans les congrès, parvenir à la tête d’un courant qui monte ou qui est l’allié nécessaire d’un autre courant, et ce pour obtenir un poste au bureau national, devenir porte-parole du Parti. Pour Benoît Hamon, la carrière au sein du Parti s’est jouée très jeune, dès l’âge de 26 ansen 1993 (seconde période de cohabitation, François Mitterrand étant président). Ses premières places dans l’appareil. Premier président du Mouvement des jeunes socialistes refondé en 1993 (responsabilité exercée de 26 à 28 ans) ;  co-fondateur, en 1993, de la Nouvelle Gauche ; de 1995 à 1997 (de 28 à 30 ans), conseiller pour la Jeunesse auprès de Lionel Jospin, Premier secrétaire du Parti. Pour les épisodes suivants au sein du Parti, se référer à Wikipédia.

En 1997, la gauche gagne les élections législatives, suite à la dissolution de l’Assemblée nationale. Une opportunité pour une carrière politique, au sens électoral du terme. Benoît Hamon a 30 ans, il est candidat à la députation à Auray dans sa Bretagne natale, mais il échoue. en fait, la carrière politico-politique avait déjà commencé : à 24 ans, il était en effet devenu l’assistant parlementaire d’un député de Gironde. Malgré sa défaite aux législatives en 1997, il est recruté au cabinet de Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité, comme conseiller technique chargé de l’emploi des jeunes (1997-1998), puis comme conseiller chargé des affaires politiques (1998-2000). Il a été conseiller municipal de Brétigny-sur-Orge (Essonne) de 2001 à 2008 (de 34 à 41 ans) et député européen de juin 2004 à juin 2009 pour le Grand-Est (de 37 à 42 ans). Enfin en juin 2012, il est élu, à l’âge de 45 ans, député de la 11ème circonscription des Yvelines ; il ne siègera pas à l’Assemblée car il est nommé Ministre délégué à l’économie sociale et solidaire (puis ensuite à la consommation).

Il a  bien fait bien le job ! Problème cependant pour une carrière politique future et pour d’éventuels rebondissements à venir : Benoît Hamon n’a aujourd’hui aucun ancrage territorial de référence, en particulier dans sa Bretagne natale.

Et puis et enfin, il y a les trous d’air durant desquels il faut bien vivre, faire rentrer un revenu à la maison quand on n’est ni rémunéré par le Parti, ni par un mandat politique. Il a ainsi été directeur du planning stratégique de l’institut de sondage Ipsos de 2001 à 2004En octobre 2008, il est coopté comme personnalité extérieure du conseil d’administration de l’université Paris-VIII. Il y a enseigné, à partir de septembre 2009, les organisations internationales et les processus décisionnels dans l’UE, en tant que professeur associé à mi-temps. Durant cette période, quel était l’employeur qui rémunérait son autre mi-temps ?

Benoît Hamon est donc à la tête d’un Grand Ministère, un ministère taillé ad hominem, parce qu’il se situe à la gauche du Parti et pour faire contrepoids à la nomination de Manuel Valls comme premier ministre, positionné à la droite du Parti. Cette « construction » d’un gouvernement n’est pas inhabituelle, mais je continue à ne pas l’apprécier. De même que je n’ai pas de sympathie pour les hommes (il ne me semble pas que ce soit le cas pour les femmes) qui commencent une carrière politique à 19 ans, avant qu’ils n’aient eu l’occasion d’exercer un métier. Et ce même si, dans une reconversion à venir, Benoît Hamon pourra exercer le métier d’avocat sans être passé par le cursus universitaire qui y conduit. Il pourra faire l’avocat, privilège collatéral pour ceux qui ont fait le Ministre.

Je termine par une note positive. Il est souhaitable que Benoît Hamon soit un excellent ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Il sera épaulé par une/un secrétaire d’État : qu’il use de toute son influence pour que cet « adjoint » ait, sous sa responsabilité, les classes supérieures des lycées (STS et CPGE). Un préalable pour engager – enfin – une révolution de l’organisation du 1er cycle d’enseignement supérieur. Benoît Hamon, le Ministre qui confie à sa/son Secrétaire d’État le soin de créer des Instituts d’Enseignement Supérieur de 1er cycle et qui réalise le projet porté par ce blog depuis janvier 2009 !

C’est faisable dans cette configuration de grand Ministère ; c’est souhaitable et ce serait tellement à mettre à l’honneur de la France en Europe !

7 Commentaires

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7 réponses à “B. Hamon, 28 ans en politique

  1. Michel Abhervé

    Quelques compléments sur le parcours territorial de Benoit Hamon qui semble maintenant stabilisé

    En quittant le Morbihan où il n’avait pas réussi à se faire élire député d’Auray, il s’est implanté à Brétigny-sur-Orge sur Orge en Essonne. Il sera suppléant du député sortant Yves Tavernier aux législatives de 2002 ce qui sera un échec
    Pour les élections européennes de 2009 il est troisième sur la liste PS en Île de France qui n’aura que deux élus (face à Daniel Cohn Bendit qui en aura quatre)
    Il semble maintenant avoir stabilisé ce parcours en se faisant élire (cinquième sur la liste) dans la principale ville de sa circonscription aux récentes élections municipales sur la liste de Guy Malandain à Trappes. Celui-ci ayant 77 ans, Benoît aurait pu escompter devenir député maire, si le non cumul des mandats ne changeait pas les logiques d’implantation territoriale

  2. L’histoire de Benoit Hamon est, et il faut probablement le regretter, le lot de (trop) nombreux de nos hommes politiques : la politique est pour eux un métier alors qu’elle devrait être une vocation à servir le peuple en exerçant la fonction de représentant un temps raisonnablement court (5 ? 10 ans ?).
    Une VIe République fondée sur une constitution réalisée par une Assemblée Constituante (comme en Islande par exemple), seule, nous sortira de ce mauvais pas. Le tirage au sort n’est pas non plus une solution à envisager. De plus en plus de personnes se posent la question : Chouard, bien sûr mais aussi Gadrey, le mouvement Nouvelle Donne, et d’autres (voir ps).
    Maintenant, le système étant ce qu’il est, Benoit Hamon oubliera ses convictions de « gauche » si il souhaite poursuivre sa carrière. A moins qu’il n’ait la possibilité de dire m….. comme un Chevènement (qui certes avait probablement plus de chance de poursuivre sa carrière au parlement ou en tant que maire)
    _________________________
    PS : deux ouvrages récents sur le tirage au sort :
    1) Dans Contre les élections David Van Reybrouck reprend à son compte des élaborations théoriques ou des pratiques expérimentées ici ou là.

    2) Petite Histoire de l’expérimentation démocratique. Tirage au sort et politique d’Athènes à nos jours : l’idée d’une « démocratie augmentée », explorée notamment par le sociologue Yves Sintomer

    en savoir plus : http://tinyurl.com/nd8hbnt

  3. Martinville

    Finalement, la biographie de Hamon, c’est tout ce qu’on peut détester : carrière d’apparatchik. Le problème de notre pays c’est justement d’être gouverné par des personnes qui n’ont jamais travaillé (le vrai travail, celui des travailleurs, les vrais, les prolétaires de l’administration, de l’usine, du commerce, de l’Université). Enarques, apparatchiks, techno-buro-politico-crates de tout poil, vous avez résumé le malaise de notre pays : la domination d’une élite en faillite. Alors bonne chance à Hamon, on va voir si l’homme de gauche ose sortir de la logique Pécréssienne, fiorasienne, et Bolognaise et s’il saura notamment valoriser (pécuniairement) le travail des ouvriers du savoir de l’usine à diplôme qu’est devenue l’Université…. Martinville craint fort que tout change, pour que rien ne change….

  4. À Benoît Hamon, j’adresserais mes félicitations au nouveau ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche., et une question: dans son ministère, à propos de publications, mémoires, nominations, promotions, récompenses scientifiques; voudra-t’il faire respecter la Loi Toubon sur l’usage du français?
    Et ce serait à l’honneur de la France en Europe.
    En tout respect.
    Pierre Demers 1914 LISULF http://er.uqam.ca/nobel/c3410/lisulf.htm
    Il est 4h50 HAE le 3 avril 2014.

  5. Samuel BLIMAN

    au petit jeu de « nommé pas nommé », hélas nous voyons la stérilité de l’apparent grand débat: fera , fera pas???
    Avant de proposer ce qu’il faudrait faire, un petit retour sur la « vanité » de l’exercice de la fonction, tout au moins depuis le début de la cinquième république: 31 ministres de l’éducation nationale(dont trois de ES et R sur les six recherche). A partir de 1974, pas de ministre et/ou secrétaire d’état pour ES R. A partir de 1974, dix sept ministres ES R et/ou secrétaire d’état autonome .Un examen attentif permet de noter la longévité de deux d’entre eux:Christian Fouchet (28/11/1962 jusqu’au 6/4/1967) sous son ministère création des IUT et Hubert Curien, ministre de la recherche et de la technologie durant cinq années de 1984 à 1986 puis de mai 1988 à mars 1993.Que dire de ce rappel historique:ces deux ministres ont impulsé la politique et cabinet et administration ont fait la mise en forme des choix et lancé l’exécution.
    En dehors de ces périodes, le cabinet et la haute administration ont navigué à l’estime, assurant le « quotidien » !!
    Revenant maintenant au nouveau ministre, le « chapeau » est trop grand pour lui! les décisions mises en oeuvre avant lui seront poursuivies et la rigueur budgétaire imposera le reste savoir la « frilosité » du « ne froisser que le plus petit nombre possible d’opposants » (pour éviter les manifestations qui ont conduit, par exemple au départ de M. Devaquet – ö mémoire!-.
    Sortira-t-il le « peuple de l’ E S R » de sa morosité? Osera-t-il le revaloriser?

  6. Samuel BLIMAN

    correction sur le commentaire précédent: il fallait lire : Avant 1974, pas de ministre…. puis, à partir de 1974, dix sept….

  7. Pingback: Benoit Hamon pense son heure arrivée | Tiers Etat

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