1998, évaluation, autoévaluation

Évaluation et Autoévaluation des universités en Europe, rapport de recherche pour la Commission Européenne, 31 juillet 1998, 241 pages.

Du 1er février 1996 au 31 juillet 1998, j’ai été coordinateur de cette recherche menée dans 8 pays de l’Europe (11 équipes de recherche en sciences humaines et sociales, environ 50 chercheurs ; un budget d’un million d’Écus). Ci-dessous : le résumé de la recherche. Les recommandations (en conclusion du rapport) demeurent d’actualité. Elles n’ont cependant pas anticipé les dérives de l’évaluation : l’évaluationnite, la priorité donnée aux indicateurs de performance quantitatifs et le pilotage des universités par ces indicateurs, la pression à publier, mise sur les enseignants-chercheurs (H Index), l’accentuation de la crise financière… Pour aller plus loin : 125 chroniques du blog sur l’évaluation.

« Au terme de 31 études de cas d’universités publiques, le partenariat EVALUE a répondu aux trois questions posées en début de recherche et qui concernaient la « performance ». 1. Sous certaines conditions, l’évaluation permet d’améliorer la performance des universités. 2. Dans la mesure où chaque université est à la fois une institution et une administration de service public, un ensemble de corps professionnels, une entreprise de production et de diffusion du savoir, et dans la mesure où elle se situe dans un contexte et une histoire spécifiques, le modèle de l’évaluation pluraliste, contextuelle et dynamique est le plus pertinent pour elle quand elle veut améliorer ses performances. 3. Les évaluations portant sur la relation formation-emploi sont peu structurées : cette question est de plus en plus située dans l’ensemble des relations que les universités tissent avec leur environnement économique, politique, culturel et social.

L’évaluation menée par des organismes publics nombreux est devenue, dans les huit pays, irréversible. L’enjeu principal de l’évaluation externe est sa contribution au développement de l’évaluation interne. Évaluation externe et évaluation interne interagissent pour que les universités, dans le cadre de leur stratégie, parviennent à améliorer la qualité et la performance des enseignements, de la recherche, des services rendus aux usagers, et ce au meilleur coût.

Les universités publiques sont évaluées et s’évaluent parce qu’elles dépendent de la puissance publique et parce qu’elles sont autonomes de par la loi ; l’évaluation côtoie désormais le contrôle de conformité exercé par les pouvoirs publics. Les universités sont évaluées et s’évaluent pour mieux gérer des missions de plus en plus nombreuses : peuvent-elles être partout excellentes ? L’évaluation peut être ainsi utilisée pour gérer les tensions entre enseignement traditionnel, enseignement professionnalisant, formation professionnelle continue, les tensions entre recherche fondamentale et recherche appliquée, les tensions dans le champ de la relation avec la société et le territoire (faire augmenter le taux de participation à l’enseignement supérieur, participer à l’animation culturelle du territoire, à son développement). Enfin, les universités sont évaluées et s’évaluent parce qu’elles sont soumises à de fortes pressions financières : la progression du nombre d’étudiants, la diversification des formations et des missions ont nécessité un accroissement du financement public et ont obligé les universités à diversifier leurs ressources.

Le modèle, le plus propice à la création d’une dynamique de transformations (performance et qualité) dans chaque université publique, met en œuvre une évaluation pluraliste (participative et contradictoire), contextualisée (qui tient compte de l’environnement de l’université), dynamique (qui rapporte l’université à ses objectifs et à son histoire), intégratrice (qui prend en compte l’ensemble des dimensions et des domaines d’activité), et enfin répétée à échéances régulières. Ce modèle progresse, mais il est encore globalement minoritaire.

Au plan institutionnel, les conditions primordiales de développement de l’évaluation pluraliste, dynamique et contextualisée sont le renforcement de l’autonomie des universités (statuts, formes de gouvernement, ressources financières) et l’élargissement de la politique de contrats entre la puissance publique et chaque université à la mise en œuvre de contrats au sein de chaque université et de contrats entre universités. Activités, objectifs et résultats de ces contrats sont évalués ; dans ce contexte, un lien croissant est observé entre résultats des évaluations et allocation de ressources« .

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