Bipolarisation FAGE-UNEF

Étudiant en M2 recherche en science politique, je continue à suivre et à étudier les élections étudiantes dans les universités notamment dans le cadre de mon mémoire de recherche. Voici une petite analyse des résultats 2013-2014 de ces élections à l’aide de quelques chiffres issus d’une base de données construite pour l’occasion. En espérant que cette analyse pourra alimenter votre blog. Tristan Haute.

Élections étudiantes 2013/2014 : l’heure de la bipolarisation FAGE-UNEF

De novembre 2013 à mai 2014 avaient lieu les élections étudiantes aux conseils centraux des universités. Alors que les élections 2012 étaient couplées avec les élections des personnels dans ces mêmes conseils et surtout avec l’élection des présidents d’universités, seuls les collèges « usagers » étaient renouvelés cette année en raison d’un mandat plus court (2 ans contre 4 pour les personnels).

Contrairement aux personnels, les étudiants participent peu. La participation s’élevait à 14,25% en moyenne en 2012 et n’atteint que 12,45% en 2014 selon mes chiffres. Un recul qui peut s’expliquer par le manque de communication dans certains établissements ou par la faible concurrence dans des petites universités comme à La Rochelle ou à Artois où seule l’UNEF était candidate. L’abstention est, encore et toujours, le vainqueur d’un scrutin qui intéresse peu les étudiants. L’UNEF et surtout la FAGE sont les grands gagnants de ces élections.

Certes l’UNEF obtient 666 élus (69 de plus qu’en 2012 ) soit 38% des sièges. Mais, en nombre de voix, son score est bien moins glorieux. Selon mes chiffres, elle ne totalise que 28% des voix, 2 points de plus qu’en 2012. A l’inverse, la FAGE, qui passe de 460 élus en 2012 à 590 en 2014, soit 33% des sièges, effectue une percée notable en nombre de voix. Avec près de 35% des voix, elle améliore son score de 10 points et passe devant l’Unef. A ces 35% s’ajoutent aussi les 15% (résultats stables) réalisés par des listes communes « FAGE-PDE ». Si l’UNEF renforce sa majorité notamment dans de petites universités où elle est parfois seule en lice, elle perd des élus dans de grosses universités et est parfois doublée par la FAGE au sein même de ses bastions (en lettres et sciences humaines par exemple).

Les victimes de cette bipolarisation sont avant tout l’UNI, la « droite universitaire », la Confédération Etudiante, qui disparaît totalement des campus, ainsi que les listes locales dont le nombre a fondu entre 2012 et 2014. Ainsi l’UNI perd 34 élus et divise son score par 2, de 11% à 6%. Les listes locales totalisaient plus de 11% en 2012 (en incluant la CÉ), elles ne totalisent qu’à peine 5% en 2014.

A l’inverse, Promotion et Défense des Etudiants (PDE) et Solidaires Etudiant-e-s résistent toutes 2 plutôt bien à la bipolarisation en ne baissant qu’à la marge (7% pour PDE, 4% pour Solidaires Etudiant-e-s). Cela peut s’expliquer par des logiques d’implantations beaucoup plus localisées sur certaines universités et sur certaines filières.

Quelles perspectives ?

En mai 2015, ces élus étudiants éliront leurs représentants nationaux au CNESER. Mais le classique « Un élu=Un vote » a été abandonné au profit d’un système complexe qui prend en compte la taille des établissements. Ce système pourrait bien favoriser la FAGE qui, boostées par ses résultats hégémoniques dans les filières médicales, réalisent des scores importants dans les grandes universités (plus de 20.000 étudiants) alors que l’Unef obtient de larges majorités sur de plus petits sites. Dans tous les cas, le duel UNEF/FAGE sera serré et chacun pourrait repartir avec 5 sièges, le dernier siège allant à PDE qui semble en mesure de le conserver.

A l’inverse, l’UNI devrait logiquement perdre son siège au CNESER et, de fait, son statut d’organisation représentative. Selon nos projections, l’UNI serait même talonnée par Solidaires Etudiant-e-s qui, probablement en mesure de présenter une liste, n’a quasiment aucune chance d’obtenir un siège.

Mais l’UNI pourrait profiter des élections CROUS de l’automne 2014 pour prendre sa revanche. Aux élections CROUS, les étudiants de l’enseignement privé, des écoles de commerce ou des BTS et Classes Prépas votent aussi et le discours ancré à droite de l’UNI avait payé en 2012 auprès de cet électorat. L’UNI avait alors totalisé 15 élus CROUS (contre 6 en 2010, mais 22 en 2008). Ces élections de l’automne marqueront un nouvel affrontement UNEF-FAGE.

Mais, au fond, qu’est-ce qui différentie l’Unef et la FAGE ? L’UNEF est proche du Parti Socialiste et en particulier de l’actuel Ministre Benoît Hamon, ancien leader de l’aile gauche du parti. La FAGE, « non partisane », entretient des liens de plus en plus étroits avec la CFDT, syndicat réformiste lui aussi très proche de l’Elysée et du gouvernement. L’UNEF, la FAGE ou Solidaires sont contre la sélection à l’université et contre la hausse des frais d’inscription. Elles ont néanmoins accompagné les dernières réformes gouvernementales en approuvant, tout en la critiquant, la loi ESR de juillet 2013.

Mais elles ne sont pas d’accord sur tout. Ainsi, sur l’épineuse question de la sécurité sociale étudiante, la FAGE et Solidaires souhaitent l’intégration du régime étudiant au régime général de sécurité sociale, une position qui fait bondir l’Unef.

12 Commentaires

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12 réponses à “Bipolarisation FAGE-UNEF

  1. Lucas

    Cette Analyse est complètement stéréotypée ! C’est cela qu’il appelle un article issu de ses travaux de recherche ?

  2. Un élu indépendant

    Exposé intéressant, merci !

    Peut-être signaler deux éléments supplémentaires :
    – le changement du corps électoral au CNESER depuis 2013, à l’avantage des organisations les plus présentes dans les CA des universités (en l’occurrence la FAGE et l’UNEF) et au détriment de celles qui n’arrivent pas à y être représentées. Changement qui semble fort être le fruit d’une négociation tri-partite avec le ministère (ce changement -avantageux pour les finances des deux grosses organisations- contre une absence d’agitation à l’occasion du passage de la loi Fioraso). Pour rappel, pour chaque enveloppe CNESER reçue, l’orga reçoit 6-700 euros de subvention supplémentaire.
    – et l’origine de la divergence d’avis de la FAGE et de l’UNEF à propos du RSSE (le régime de sécurité sociale étudiante) : l’UNEF contrôle la LMDE et a tendance à avoir du mal à faire la différence entre ses caisses et celles de la LMDE, PDE a de forts liens avec une partie des SMER, la FAGE avec quelques unes des SMER mais beaucoup moins. Mettre un terme au RSSE, c’est porter un grand coup aux finances de l’UNEF (moins à celles de PDE)… et l’argent, c’est le nerf de la guerre !

  3. Un élu indépendant

    D’ailleurs, il est aussi possible d’expliquer la fonte du nombre de listes locales indépendantes, due pour une grande partie à l’exigence de parité : là où il fallait 16 ou 17 personnes pour constituer une liste robuste (qui résiste aux attaques pour la faire sauter en disqualifiant les membres de la liste) pour CEVU de 14 places par exemple, de n’importe quel sexe, il les faut maintenant de sexe alternant, ce qui est souvent bien plus dur à réunir. En outre, il en faut bien plus que 16 ou 17, parce que chaque personne sur la liste (sauf le premier ou dernier de liste) qui est invalidée en comité électoral oblige la suppression du candidat immédiatement après ou avant, pour conserver la parité de la liste : avec une liste de 15 personnes, si une personne saute, toute la liste saute, avec 17 personnes, faire sauter deux personnes seulement suffit à faire sauter la liste !

  4. Tristan

    En quoi cette analyse est-elle stereotypee ? La partie relative aux resultats, a la relecture, ne donne que quelques chiffres et presente la dynamique bipolarisante du paysage electoral etudiant, qu’on le veuille ou non (je ne dis pas que c’est bien). Il est vrai que l’analyse manque de profondeur mais je ne vais pas resumer mon memoire, en cours d’ecriture, en un article. La seconde partie de l’article est plus critiquable scientifiquement certes (je n’aime pas faire de la prospective) et est plus « journalistique » meme si je peux defendre ces perspectives, chiffres a l’appui. La troisieme partie reprend des conclusions deja citees dans ce blog (au moment de l’arrete licence ou de la derniere loi ESR). L’article s’est voulu plus « journalistique » que scientifique, je l’admet volontiers.

  5. Tristan

    Tout a fait d’accord sur les liens UNEF-LMDE et sur les effets de l’instauration de la parite. Neanmoins, pour le CNESER, le nouveau mode de scrutin profite surtout a la FAGE. Ce ne sont pas seulement les universites qui sont favorisees. Le bareme du nombre de voix par etablissement est calcule en fonction du nombre d’etudiants. Ainsi les universites de 6000 8000 etudiants, ce n’est que 10 voix CNESER. A l’inverse, une universite de plus de 20.000 etudiants c’est environ 35 voix CNESER. Et les « grosses » universites sont celles ou il y a des filieres medicales, donc une forte implantation FAGE, en particulier au CA (ou le college electoral est unique pour l’ensemble de l’universite).

  6. Un élu indépendant

    Il n’y a aussi des grosses universités sans filières médicales, mais oui je vois ce que tu veux dire, la FAGE était la plus avantagée par ce mode de calcul du nombre de voix, mais on ne peut pas dire que l’UNEF ne l’était pas non plus (les résultats le prouvent).

    Un autre enseignement de cette saison d’élections centrales, et en particulier du black tuesday, c’est que dès que les sections locales de l’UNEF doivent se défendre seules face à une liste locale (qu’elle soit FAGE, PDE, FAGE-PDE, ou indépendante) sans pouvoir ramener des cars de copains, elles se prennent une tarte… Preuve de la force de l’ancrage local, du caractère illusoire d’une partie des victoires de l’UNEF (celles où ce sont 80 militants qui débarquent sur une fac pour éviter un désastre électoral), mais aussi de la discipline et de l’efficacité de cette poignée de militants de l’UNEF qui vont d’élection en élection.

    Et sinon, ça sort du cadre de ton mémoire je pense, mais je reste convaincu qu’un calcul des sièges au plus fort reste, ça a peut-être du sens dans une CFVU, mais c’est une aberration pour les conseils d’administration, ça laisse souvent un siège à une liste pourtant très minoritaire dans la réalité, siège qui finit rapidement par ne plus être occupé, c’est pas marrant de siéger seul dans un CA.

  7. Tristan

    Sur le plus fort reste c’est tres variable. A Lille 1, l’elue qui a le plus sege en 2 ans avait ete elu avec 9% des voix. Le 2me elu a avoir le plus siege avait ete elu avec 8%. Il s’agissait d’une elue non syndiquee soutenue par SUD et d’un elu d’une liste de doctorants. L’elu UNEF et l’elu de la liste presidentielle Avenir n’ont siege qu’une fois en 2 ans. Je pense que tout depend de l’organisation et aussi de la personne. Ce systeme permet a de petites organisations, souvent ecrasees par le rouleau compresseur de l’Unef, de sauvegarder un siege en CA, ou toutes les infos essentielles passent.

  8. Un élu indépendant

    Bien sur, ça dépend de la personne. A l’inverse, chez nous c’est systématique depuis plusieurs mandats, le dernier siège est raflé par une orga (pas forcément la même à chaque mandat d’ailleurs) qui fait 10 ou 20% des voix de l’interasso locale et de l’unef (les deux sont au coude à coude), et en général, au pire il disparaît assez vite, au mieux il est là tout le mandat mais prend la parole 3 fois en deux ans…

    (C’est triste ce que tu décris à Lille 1 quand même).

    La représentation étudiante est quand même très mal conçue je trouve.

  9. nadra (élue CA de marne-la-vallée)

    Intéressant tout ça, d’ailleurs les regroupements d’université ont tendance également à bipolariser la chose.. pour faire 1 élu CA faut au moins être une quinzaine le jour J, voire les deux jours, et une asso/orga locale ne peut pas tenir « toute seule ». C’est triste, mais c’est quasiment statistique. Tu peux faire une liste avec un programme minable, l’appeler « La Tartine au Beurre », mais si le jour J tu viens à 50, et bien tu sais minimum 1-2 élus CA et 3 élus CEVU.

  10. nadra (élue CA de marne-la-vallée)

    Par contre, y’a une proportionnalité entre le nombre d’élu et le nombre d’enveloppe CESER, mais tant que le vote n’est pas passé.. on peut encore avoir des surprises au niveau du report de voix, j’en suis persuadée. Parfois le suivit des élus localement n’est pas bon, voir pas du tout; donc l’enveloppe.. 🙂 passe sous le nez !

  11. Tristan

    Tout a fait d’autant que le scrutin CNESER s’annonce serre entre Unef et FAGE. Sur le « Jour J », une proposition faite il y a 2 ans pour le CNESER, lors de la reforme du scrutin, tait de faire un scrutin direct sur une journee dans joute la France en mutualisant ces elections avec les CROUS le meme jour. Je sais que PDE et Solidaires ont fait cette proposition mais l’Unef ne voulait surtout pas en entendre parler.

  12. Un élu indépendant

    Hahaha « la tartine au beurre ». Ou « la boule d’assas » ? 😀

    Je ne vois pas le lien avec le regroupement d’université cela dit. Qui pose de vraies questions d’ailleurs : est-ce que les étudiants siégeant dans les COMUE seront élus par tous les étudiants de tous les établissements membres ? Ou y aura-t-il un système de grands électeurs ? Les collèges seront-ils séparés (un certain nombre d’élus étudiants pour chaque établissement membre) ? Ou commun (tous les élus pourront alors venir d’un seul établissement) ? Etcaetera.

    Je ne sais pas trop ce qu’il en est en général, mais chez nous ces questions ne sont absolument pas tranchées…

    Je suis d’accord sur le fait qu’une présence physique sur le terrain les jours de vote est essentielle pour gagner des sièges, sauf à avoir un électorat très fidèle (ce qui a été le cas de certaines listes jouant sur l’appartenance à une communauté il y a un certain temps, je pense à l’UEJF notamment, mais ça n’est plus trop d’actu je crois).

    En revanche, je ne suis pas d’accord sur le fait qu’une orga locale n’en est pas capable : dans ma fac, on est sortis majoritaires alors qu’on était envahis par une centaine de militants extérieurs les jours de vote, notamment les BN presque au complet de la FAGE et de l’UNEF (à part un ou deux anciens, on n’avait nous pas de soutien et on était au mieux une trentaine) : c’est une question d’ancrage, on ne compte pas le nombre d’étudiants qui nous disaient « t’inquiète, pas besoin de me convaincre, je vote pour vous ».

    Pour ce qui est du report des enveloppes au CNESER, c’est de notoriété publique que le taux de report de l’UNEF est bien supérieur à celui de la FAGE, modèle syndical oblige (l’UNEF c’est l’armée). Je ne sais pas si les projections de Tristan ont été faites en tenant en compte les taux de report observés par le passé, mais c’est ce qui aurait le plus de sens, du taux de report des voix de la FAGE dépend probablement le sort du siège de l’UNI.

    Quant à la proposition de faire tous les centraux le même jour partout en France, ce serait la mort de l’UNEF 🙂 (ce qui n’est pas souhaitable à mon sens, même si ce ne sont pas mes copains).
    Je me demande cela dit quel effet aurait l’instauration du vote en ligne (sur les espaces numériques) ?

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