Mobilisations en ordre dispersé

La loi sur l’enseignement supérieur du 22 juillet 2013 (loi ESR) suscite de plus en plus d’oppositions. Les médias s’en font l’écho. Mais les critiques et les mobilisations se font en ordre dispersé. Geneviève Fioraso reste zen, continue de planer sur son petit nuage. L’autoritarisme infecte jour après jour l’Université de France et conduira – on peut le craindre – à une peste brune en 2017 : la mort de l’autonomie, de la liberté et de la responsabilité des Universités et des Universitaires.

P1150687En février 2009, le regretté Georges Molinié, président de l’université Paris 4 Sorbonne, osait s’en prendre à Valérie Pécresse et à sa loi LRU. Il osait clamer haut et fort : « marre de l’autisme de la Ministre et de ses conseillers, de leur silence, de leur mépris, de leur autosatisfaction, de leurs mensonges, de leur désinformation, de leurs méthodes de voyou ». Aucun président d’université n’a aujourd’hui un tel courage politique pour contester la politique de Geneviève Fioraso. Dans cette chronique, sept appels à la mobilisation… en ordre dispersé. Je conteste aussi la politique de l’ex-ministre mais les mobilisateurs ne sont pas d’accord avec le projet porté par le blog : Mémo pour Secrétaire d’État. Solitude du blogueur de fond ! Deux photos de l’assemblée générale des personnels du 10 juin 2014 à Strasbourg.

6 juin 2014. Lettre de Philippe Jamet, président de la Conférence des Grandes Écoles à Geneviève Fioraso. Objet : les COMUE. … »L’analyse de douze projets portés à notre connaissance illustre bien le traitement variable réservé aux Écoles dans cette phase de concertation. En région parisienne, elles ont été parties prenantes des débats ; ailleurs, les réalités sont contrastées. Alors que les PRES avaient permis à des établissements divers d’acquérir une culture de travail commune, la dynamique actuelle s’apparente à une régression. Des questions de forme prennent le pas sur les débats de fond, notamment sur les périmètres des regroupements, ceci au détriment de l’élaboration concrète du « projet partagé ». Dans ces conditions, le processus d’élaboration des statuts de COMUE a principalement consisté à échafauder des organisations complexes, dont la principale justification, selon nous discutable, réside dans l’espoir que taille et structures sont des conditions suffisantes de l’efficacité et de la visibilité »… Lire aussi : la CGE n’aime pas les COMUE.

10 juin 2014. Libre opinion d’Olivier Beaud, président de Qualité de la science française, publiée par le Monde. Pour un accès sélectif. Arrêtons l’hypocrisie ! Le professeur de droit public ose briser deux tabous : la sélection et les droits d’inscription. « Autonomiser les universités en France est devenu un slogan, bien plus qu’une réalité. Tous les initiés savent que les universitaires agissent sous le contrôle de l’État. Et depuis vingt ans, la bureaucratie ministérielle gouverne – mal – les universités… Quand l’État impose à des universités dépendantes de lui financièrement avec qui ces dernières doivent ou non se marier, parler de l’autonomie des universités relève du non-sens… Comment remédier à cette situation ? Les conditions d’une véritable autonomie sont doubles. Il faut d’abord que, comme dans la plupart des universités du monde, nos établissements disposent de la liberté de choisir leurs étudiants… La seconde mesure d’autonomie est de desserrer l’étreinte de l’État sur les universités et d’arrêter cette insupportable politique de la carotte et du bâton qui régit leurs rapports et qui est prônée par une minorité académique qui s’est transformée en caste bureaucratique… L’État n’est pas  » éclairé « . S’il ne l’est pas, c’est qu’il est en partie l’otage des deux acteurs nocifs concernant la politique universitaire en France depuis plus de vingt ans : la Conférence des présidents d’université et l’UNEF... ».

P115069010 juin 2014. Groupe du 4 avril. Nous sommes l’Université et la Recherche. Journée de réflexion : Repenser l’autonomie. Le compte-rendu des débats n’est pas encore en ligne.

11 juin 2014. Appel des syndicats de l’enseignement supérieur et de la recherche, à l’occasion de la session plénière du Comité national du CNRS : Contre la catastrophe annoncée pour la recherche et l’enseignement supérieur. « Agissons contre les gels et les suppressions de postes, contre l’emploi précaire, pour la création de postes statutaires d’enseignants-chercheurs, chercheurs, ingénieurs, administratifs et techniciens, pour des budgets répondant aux besoins d’enseignement et de recherche ». Appel au rassemblement, le 11 juin, en régions devant les délégations du CNRS et les présidences des universités, manifestation à 14 h 30 à Paris (Sorbonne – Saints Pères).

18 juin 2014. FERC SUP CGT, Contre la restructuration de l’enseignement supérieur et de la recherche. Appel à un rassemblement devant le MENESR. « Le processus de territorialisation de l’enseignement supérieur et de la recherche ne peut que déboucher à terme sur la régionalisation des diplômes, détruisant leur caractère national et remettant ainsi en cause les garanties collectives nationales des salariés, l’absorption des organismes de recherche qui accélérera leur démantèlement. Dans ce contexte, la recherche régionalisée est asservie aux intérêts privés locaux et encadrée par la « spécialisation intelligente » régionale imposée par l’Union européenne ».

Deux autres libres opinions récentes (Le Monde). Pour que l’université française ait enfin les moyens de ses ambitions (Danielle Tartakowsky Jean-François Balaudé, Présidente de l’université Paris-VIII-Vincennes-Saint-Denis, Président de l’université Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense). Repenser le rapprochement : un moratoire s’impose pour en débattre (collectif de Professeurs des universités Paris-VIII-Vincennes-Saint-Denis et Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense).

2 Commentaires

Classé dans Non classé

2 réponses à “Mobilisations en ordre dispersé

  1. Martinville

    Entubage et enfumage sont les deux mamelles du Hollandisme. Plus personne ne croit plus à rien à l’Université. L’autonomie, les COMUE, les fusions, c’est une logique soviétique qui ne passionne plus… on se réfugie dans l’abstention, l’exil intérieur, le mépris, l’humour désabusé… et on se venge aux élections… pièges à c….
    Fusion des université, fusion des régions, usines à gaz, choc de bureaucratisation, soumission à la raison managériale, communication à outrance, la bêtise l’a emporté.
    Des 25 mai, il y en aura encore… non pas parce qu’on adhère, mais parce que c’est le moyen de crier sa colère contre la dérive bureaucratique, contre les élites, contre les apparatchiks, contre l’autisme du pouvoir… qu’ils continuent !!!
    L’université française est morte… Les énarques et les apparatchiks universitaires qui collaborent avec le pouvoir l’auront tuée. Ils feront pareil avec la démocratie (parce qu’au fond, nos élites bobos n’aiment pas la démocratie).

  2. Samuel BLIMAN

    Cette expression de l’opposition semble socialement et politiquement le reflet des « allégeances » politico-syndicales, dont nous souffrons tous. Ces attitudes et comportements liés font « la joie » de ceux qui nous « gouvernent, c’est à dire la « haute bureaucratie » des ministères (elles assurent la « continuité »!!!). Et nous ne semblons guère capable d’en sortir!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s