L’Universitaire peut mourir !

20 juin 2014, 10 heures, bref reportage photos sur le campus de Saulcy (Metz, Université de Lorraine). Temps gris. Un campus quasi désert. Les pelouses jaunies par la sécheresse. Une tristesse à en mourir.

P1160002« La gauche peut mourir ». Le cheminot et l’intermittent ne veulent pas mourir et descendent dans la rue, sans réussir à ébranler le pouvoir de « gauche ». Et l’universitaire ?

Peut-il mourir ? Est-il moribond ou déjà mort ? La manifestation de rue ne l’attire plus. Aucun média n’a rendu compte de l’appel à manifester le 18 juin. Rebelote le 24 juin, autre intersyndicale, autres mots d’ordre : rendez-vous à l’Assemblée nationale pour la résorption de l’emploi précaire et un plan pluriannuel de créations d’emplois : « rectifions le budget dans le bon sens ». Urgence pour l’emploi scientifique.

Les organisations syndicales de l’ESR combattent la politique menée depuis des années, qui a généralisé l’emploi précaire et qui a affaibli, notamment à cause des réductions d’emplois, nos capacités de recherche et d’enseignement supérieur. Cette politique met en cause les conditions de travail des personnels… Pourtant les moyens existent pour résorber l’emploi précaire dans notre secteur et pour mettre en œuvre un plan pluriannuel ambitieux pour l’emploi. La réforme du Crédit Impôt Recherche (CIR)…

P1160012Geneviève Fioraso, à l’occasion du collectif budgétaire de la semaine prochaine, prononcera-t-elle de belles paroles sur le CIR ? « Oui, les entreprises recruteront davantage de doctorants en convention CIFRE et de docteurs, développeront leurs coopérations avec les laboratoires publics de recherche, avec les pôles de compétitivité ». Peut-être, elle ne dira rien sur le CIR, sa semaine étant fort chargée : pose de première pierre, remise de décorations, réception de présidents d’universités, entretiens avec des élus.

Pas de rencontre prévue avec l’Universitaire de base : « se faire photographier avec un moribond, il ne manquerait plus que cela » ! Mais pourquoi l’Universitaire se laisse-t-il tuer à petits feux sans broncher ?

P1160006Parce qu’il sait qu’il n’a plus le droit à la parole, parce que ses libertés académiques, depuis la loi LRU Pécresse, renforcée par la loi LRU Fioraso, se sont réduites, dans son quotidien de travail de formation et de recherche, comme une peau de chagrin, sous les attaques conjuguées des apparatchiks universitaires (conseillers ministériels, présidents leaders de la CPU, présidents des COMUE), partisans du management public, et des cadres des services centraux universitaires, partisans du management privé néo-libéral. Les yeux fixés sur le guidon des indicateurs de performance (efficience et efficacité), ces deux couches dirigeantes se sont objectivement alliées pour mettre fin au pouvoir séculaire des universitaires dans l’Université.

Les universitaires ne luttent plus car ils vivent dans un monde qui n’est plus l’Université.

P1160044

3 Commentaires

Classé dans Non classé

3 réponses à “L’Universitaire peut mourir !

  1. Patriat claude

    Le universitaires sont des carpes enfermées dans un bocal : leurs becs s’ouvrent et se referment sur des cris silencieux. C’est en vain qu’elles protestent contre l’eau salée que des « Comuetateurs » ont ajoutée à l’eau douce.
    Tragique dessèchement !

  2. Pierre Levron.

    L’universitaire peut-il mourir? Mais…nous avons lutté! Nous avons fait l’équivalent d’un an de grève entre 2006 et 2009, à raison de trois ou quatre mois de grève par mouvement; les cheminots ne peuvent pas rivaliser avec nous! Trêve de plaisanterie facile: nous n’avons pas de tracteurs, de taxis ou de camions avec lesquels faire des barrages ou des opérations-escargot; nous n’avons pas d’autobus que nous laisserions au dépôt; nous ne faisons pas circuler de trains dont l’annulation em…bête les cadres en déplacement professionnel! Nous ne pouvons pas non plus participer du « rayonnement  » de notre pays…Nous sommes invisibles! Vivants, luttant, mais la société ne nous voit pas, sauf quand les petits-bourgeois d’Angoulême ou d’ailleurs se demandent en regardant TF1 « quand ce bordel va cesser dans les facs »! Je pense que nous sommes en partie responsables de cet état de fait, même compte tenu de notre décalage avec la société ambiante, parce que nous ne savons pas bien parler à nos concitoyens qui comprennent mal ce que nous faisons (à part délivrer des diplômes). Ma conviction est qu’il faudrait expliquer davantage notre rôle et nos professions.

  3. Martinville

    L’universitaire est déjà mort (car l’Université est morte)… il a été transformé en ouvrier du savoir dans une usine à diplômes. Il ne reste plus qu’une solution, imiter nos jeunes qui fuient ce pays sinistré par les énarques, les pédagogues et les politiques. Eh oui, courage, fuyons, vers un ailleurs qui ne sera pas pire…