CPGE en résistance

Loi ESR de juillet 2013, article 18 (reproduit in extenso en Note 2) : « chaque lycée public disposant d’au moins une formation d’enseignement supérieur conclut une convention avec un ou plusieurs établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel ».

11 mois après la promulgation de la loi, aucune convention de type article 18 n’a encore été signée. Le calendrier du Ministère : « que tous les lycées aient fini de signer leurs conventions pour fin 2014, de façon à ce que les inscriptions sur APB puissent se faire à la rentrée 2015 selon ce système » (in Notes sur table ronde CPGE à l’Assemblée Nationale, 16 avril 2014). Ces Notes critiques évoquent, sans langue de bois, les nombreux problèmes à résoudre avant la signature éventuelle de conventions. De fait, elles sont bien plus importantes que le texte de la conférence des CPGE, lu en amont devant la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale du même jour.

L’Association des proviseurs de lycées à CPGE (APLCCPGE) demande un cadrage national des conventions.

P116010621 juin 2014, rencontre avec Sylve Gautier, proviseur du lycée Georges de la Tour (Metz), secrétaire général de l’APLCCPGE. « Avez-vous rencontré le président de l’université de Lorraine pour discuter des conventions entre les 8 lycées à CPGE de l’académie de Nancy-Metz et l’université unifiée ? ». « Non ! La priorité est d’obtenir d’abord un cadrage national des conventions pour éviter les dérives et les disparités régionales, voire locales ».

Trois points-clés doivent être cadrés nationalement : les passerelles vers l’université (après une, deux ou trois années de prépa ; demande d’une reconnaissance totale des ECTS et des notes acquises), les collaborations pédagogiques, la gestion des droits d’inscription (que les élèves de CPGE devront acquitter à l’université). « Ces points sont loin d’être finalisés : il faut qu’ils soient lisibles par toutes et tous, qu’ils apportent une valeur ajoutée par rapport à la situation actuelle, qu’ils ne dévalorisent pas les prépas ».

P1160080Faire coopérer deux systèmes complexes de 1er cycle d’enseignement supérieur ? Points forts des CPGE : « des enseignants agrégés recrutés sur concours national, de plus en plus souvent titulaires d’un doctorat, évalués par les inspecteurs et correctement rémunérés, des programmes nationaux stabilisés mais qui évoluent régulièrement, une gouvernance par un proviseur nommé, une dépense par élève qui permet un encadrement d’excellence (16 à 1800 heures d’enseignement en deux ans contre 1000 à 1200 en licence), une localisation en centre ville, un internat, une sélection à l’entrée, des taux de succès satisfaisants (réussite aux concours d’entrée dans les Écoles, en licence) ».

Quels sont, sur ces différents aspects, les points forts de la licence universitaire ? Le blogueur ne change pas d’avis : eu égard aux CPGE, il n’y en a plus aucun (277 chroniques sur la Licence) !

Oui, il faut des CPGE en résistance car les conventions se feront, au mieux, à coût constant pour l’État. Déshabiller Pierre (la CPGE) pour habiller Paul (la Licence). Financer davantage la licence ou la création de prépas universitaires, c’est être certain aujourd’hui de gaspiller l’argent public. Dans l’immédiat, se battre contre la signature de conventions à l’automne 2014. J’ai soutenu le combat des professeurs de CPGE sur les rémunérations. Un prochain combat se prépare : celui du service d’enseignement dû par les agrégés de CPGE (volonté gouvernementale de passage d’un calcul hebdomadaire de service à un calcul annuel, qui pourrait être analogue à celui des PRAG universitaires).

Non à la mise sous tutelle des CPGE par les universités ! Non à l’intégration des CPGE dans les universités ! Non la création de CPGE Canada Dry par les universités ! Non à la disparition des CPGE ! Oui, il faut révolutionner l’ensemble du 1er cycle

Note 1. Les CPGE au lycée Georges de la Tour. Quatre classes préparatoires post-bac attractives : les candidatures de bacheliers sont en progression de 10% en 2014 par rapport à 2013. Deux CPGE littéraires (48 places chacune) : 359 candidatures dont 76 extérieures à l’Académie. Une CPGE économique et commerciale : 266 candidatures dont 67 extérieures à l’académie. Une CPGE scientifique (biologie, chimie, physique et sciences de la terre) : 373 candidatures dont 112 extérieures à l’Académie). Dans l’ensemble des candidatures : 36% de boursiers. Incidences du décret du 11 juin 2014 ? Sylve Gautier : « nous avons 192 places en 1ère année de CPGE. Si j’en réserve 19 pour les bacheliers potentiellement concernés par ce décret, je risque d’avoir des places vacantes à la rentrée ; il ne faut pas oublier que les meilleurs élèves parmi les bacheliers généraux ne candidatent pas tous en CPGE ; ils postulent à la 1ère année des études de santé, à l’IEP, aux prépas intégrées des Écoles ». Je persévère donc : ce décret est imbécile !

P1160105Note 2. Article L 612-3 du Code de l’éducation (article 18 de la loi ESR). Chaque lycée public disposant d’au moins une formation d’enseignement supérieur conclut une convention avec un ou plusieurs établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel de son choix dans son académie afin de prévoir des rapprochements dans les domaines pédagogique et de la recherche et de faciliter les parcours de formation des étudiants. Lorsqu’aucun établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel de l’académie ne propose de formations d’enseignement supérieur en lien avec celles dispensées dans le lycée, ce dernier peut conclure une convention avec un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel situé en dehors de son académie. La convention prévoit les modalités de mise en œuvre d’enseignements communs aux formations dispensées par les établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel et à celles dispensées par les lycées. L’établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel motive son refus de conclure une convention. La préinscription assure aux élèves la connaissance des conventions existantes entre les lycées disposant d’au moins une formation d’enseignement supérieur et les établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel auxquels ils sont associés.

Les élèves inscrits dans une classe préparatoire aux grandes écoles d’un lycée public sont également inscrits dans une formation proposée par l’un des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel ayant conclu une convention avec ce lycée, selon des modalités précisées par décret. Cette inscription emporte paiement des droits d’inscription prévus à l’article L. 719-4.

Conformément à l’objectif de réussite de tous les étudiants, les établissements d’enseignement supérieur peuvent mettre en place des dispositifs d’accompagnement pédagogique qui tiennent compte de la diversité et des spécificités des publics étudiants accueillis, dans des conditions fixées par leur arrêté d’accréditation.

Commentaires fermés sur CPGE en résistance

Classé dans Non classé

Les commentaires sont fermés.