Région et recherche : danger !

Statuts de l’Université de Bourgogne Franche-Comté. La régionalisation de la recherche, telle qu’elle est pensée et mise en œuvre par ces statuts, représente un véritable danger pour l’avenir de la recherche fondamentale et appliquée non seulement dans les deux régions, mais également pour la recherche de France.

Article 11. Composition du Conseil d’administration. 45 membres dont 1 représentant désigné par chacun des 7 établissements membres, 6 professeurs et 6 maîtres de conférences élus, 14 personnalités extérieures, en fait 14 personnalités politiques ou économiques régionales.

Les statuts ont veillé à ce que chacune des 2 régions ait le même nombre d’administrateurs. Ainsi, aucun chercheur ou enseignant-chercheur d’une autre région ou d’un autre pays ne figure parmi les personnalités extérieures.

Les administrateurs bourguignons et franc-comtois vont discuter et délibérer entre eux. Ils vont décider et suivre la mise en œuvre de la mission « recherche et valorisation ». Cette mission est totalement partagée (transfert de compétences à la COMUE), comme l’indique l’article 8 : le projet partagé initial.

À la date de sa création, l’UBFC assure les missions suivantesAu titre de la recherche et de la valorisation.
– La coordination des stratégies scientifiques des structures de recherche des établissements membres.
– La fixation et l’attribution de leur dotation globale de fonctionnement, après versement à l’UBFC par chacun des établissements membres de la somme correspondant à ces crédits récurrents.
– La création d’équipes de recherche, propres ou associées.
– La conclusion de partenariats avec les organismes nationaux et internationaux de recherche.
– La valorisation des résultats des travaux de recherche en vue de répondre aux besoins économiques, sociaux, culturels et de développement durable, avec l’appui de dispositifs existants comme, par exemple, la SATT Grand-Est (lire la note infra), les instituts Carnot et les instituts de recherche technologique.

L’efficience et l’efficacité de la recherche et de la valorisation sortiront-elles renforcées de ce mariage à égalité de droits et de votes entre bourguignons et franc-comtois ? J’en doute sauf si la situation devient rapidement conflictuelle : il faudra alors faire de vrais choix de politique scientifique. Le conflit n’est pas sûr : la pente la plus naturelle pour les administrateurs sera d’équilibrer les dotations de fonctionnement, d’investissement et d’emplois, les créations ou les fermetures d’équipes de recherche entre les deux régions. Pas de jaloux, pas de vagues ! L’excellence potentielle de certaines équipes de recherche de l’un ou l’autre établissement ne pourra émerger d’un CA ainsi composé.

La porte sera donc ouverte aux injonctions autoritaires de la tutelle du Secrétariat d’État.

Note. Membres de la la SATT Grand-Est : université de Bourgogne et université de Franche-Comté, université de Lorraine, université technologique de Troyes, CNRS et INSERM. L’UTBM ne fait pas partie de la SATT !

7 Commentaires

Classé dans C. Bourgogne Franche-Comté

7 réponses à “Région et recherche : danger !

  1. Martinville

    Petit à petit l’Université de Franche-Comté se fera dévorer par l’Université de Bourgogne et disparaîtra. Mais, au fond, les élites politiques (socialistes en l’occurrence) franc-comtoises n’aiment pas leur région, la présidente de la Région Franche-Comté s’empresse de faire disparaître sa région (pour quelle récompense, la Banque d’investissement) ; le président de l’Université de Franche-Comté joue le bon élève et le premier de la classe et s’empresse à faire disparaître son université… pour quelle récompense ? Les universitaires n’ont pas osé résister contre la logique technocratique et comptable des regroupements qui n’apportera aucune solution à la crise de l’Université française, mais ceux qui les auront mis en oeuvre seront récompensés (avancements, fromages de la République). On oublie que le modèle américain, c’est le pouvoir scientifique des universitaires dans les facultés et non pas dans l’Université (agence de moyens). Ici, ce pouvoir scientifique sera donné à la COMUE, instance soviétique comme nos élites les aiment qui sera dominée par les apparatchiks de l’Université, du MEDEF, des syndicats, des structures politiques…

  2. Martinville

    Dans le soviet suprême de l’Université, tous les apparatchiks sont présents, sauf les travailleurs (les ouvriers du savoir que sont devenus les enseignants chercheurs). Quelques souvenirs historiques nous démontrent que la culture bureaucratique de nos élites et l’utopie gauchiste des gouvernants actuels aboutissent à créer des monstres inefficaces… mais nous avançons vers le paradis des prolétaires (et c’est tellement vrai que les enseignants-chercheurs sont en voie de prolétarisation : soumission, salaires de misère, déconsidération sociale, et fin des libertés – liberté : mot grossier que détestent le bureaucrate et la gauche).

    • romain

      « prolétarisation des enseignants chercheurs…salaire de misére »…je ne savais pas qu’un grade doté d une echelle indiciare terminant hors echelle lettre le tout assorti d’un regime indemnitaire pouvait être qualifié de salaire de misére….franchement si c’est la réalité les lendemains qui chantent le sont également !!!..
      liberté des enseignants au fait lesquelles celle de ne rendre de compte à personne ?

      • nicolas

        Bah en début de carrière pour un bac+8 (et souvent plus avec les post-docs et autres emplois précaires), 1770€ puis 2000€ au bout d’un an, c’est pas folichon, surtout en commençant rarement avant 30 ans ! C’est autant qu’un inspecteur des impôts à bac+3 et moins qu’un ingénieur à bac+5…
        De toute façon, les EC vont bientôt rejoindre le Smic en début de carrière : http://nicolas.tentillier.free.fr/Salaires/.

        Après, c’est clair qu’un PU en milieu ou en fin de carrière est loin d’être pauvre (manquerait plus que ça ! ).

  3. LB

    Je vois que le cliché sur les enseignants du supérieur qui possèdent beaucoup de vacances perdure…Dans le supérieur, il s’agit majoritairement d’enseignants chercheurs qui doivent subvenir à leur propre recherche par des contrats ANR, industriels et Européens ultra-compétitifs; qui doivent payer le salaires des doctorants et des postdoctorants; qui travaillent entre 40 et 70 heures par semaine et qui corrigent les copies les weekends ….Les laboratoires de recherche ne reçoivent plus de crédits récurrents et par conséquent ponctionnent les contrats des enseignants chercheurs (je parle des laboratoires dans les sciences dures et les sciences de l’ingénieur, je ne sais pas comment cela fonctionne en sciences humaines et en lettres) …En plus de cela, maintenant, ils doivent former des bacs pro qui arrivent à l’université avec un background scolaire
    d’un niveau de classe de troisième avec une obligation de 50 % d’une classe d’âge diplômé en L3…c’est vraiment horrible
    …mais surement que Romain pensent que le personnel universitaire est constitué de PRAG dont l’unique fonction est l’enseignement….Par conséquent, il faut se renseigner …Oui pour des bacs plus 14 (avec HDR), les enseignants chercheurs sont sous payés….même le ministère en est conscient…mais c’est la crise actuellement avec gèle des promotions depuis 10 ans…c’est tellement plus facile de taper sur les fonctionnaires que sur les patrons avec leurs fameux « Golden parachutes »…

  4. romain

    messieurs ayant quinze années de service dans le supérieur, j’ai simplement mentionné qu’a ma connaissance les enseignants chercheurs ne sont pas des smicards tel que cela avait été écrit plus haut…….

    quant au comparaison avec un inspecteur des impots, le bac plus trois est le niveau pour pouvoir s’inscrire au concours…et concurrence oblige le recrutement se fait à plus que bac plus trois ,ces derniers se rabattent sur des concours de catégorie C ou B…par ailleurs il s’agit de vrais concours sur épreuves et anonyme où le localisme (pour ne pas dire plus) ne joue pas….la aussi il faut se renseigner !!!
    quant a la comparaison avec un ingénieur dans le secteur privé, il faut alors tout comparer condition de travail, obligation de service effectivement congés, mobilité professionnelle imposée etc…