Le SUP : l’exception française (1)

L’enseignement supérieur et la recherche de France entrent dans une ère nouvelle : celle de regroupements à marche forcée, conduisant à la création de nouveaux établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP). Ils ne seront bientôt que 25 selon Les Échos. Cette féroce réduction du nombre ne s’est jamais vue dans le monde. Exception universitaire française.

Depuis le 16ème siècle, la France a toujours pratiqué l’exception pour contrecarrer le conservatisme universitaire. Ont été créés des établissements supérieurs en dehors des universités (Collège royal sous François 1er, École d’artillerie, École du génie militaire, puis École militaire, École des Ponts et Chaussées sous Louis XV, École des mines sous Louis XVI).

La révolution supprime les corporations, dont la corporation universitaire ; les universités sont fermées. Le paysage des Écoles d’ingénieurs est modifié (création en 1794 de la future École polytechnique).

Le 19ème siècle est aussi un siècle d’exception universitaire : Napoléon crée les lycées en 1802 (ils accueilleront les classes préparatoires aux Grandes Écoles). Quand les universités sont refondées à la fin du 19ème, les Grandes Écoles (qui se sont multipliées) ne sont pas concernées. Photos des lycées Louis le Grand et Henri IV (Paris), de l’École Nationale Supérieure (Ulm).

SONY DSCL’ exception universitaire française franchit encore plusieurs étapes dès les années 30 et surtout dans la seconde moitié du 20ème siècle. C’est d’abord la création des Grands Organismes de recherche. Puis celle des sections de techniciens supérieurs à la fin des années 50 ; elles rejoignent les CPGE dans les lycées ; elles auraient dû disparaître avec la création des IUT au milieu des années 60. Il n’en fut rien : elles se sont multipliées avec les 1ères lois de décentralisation de 1982. Et puis vint 1968 et celle de la fragmentation des universités pluridisciplinaires, de la naissance, dans les grandes métropoles, d’universités bi ou tri-disciplinaires. Une erreur historique de taille !

Traits de l’exception universitaire française : des universités et des grandes écoles, des universités et des grands organismes de recherche, des premiers cycles d’enseignement supérieur dans  les universités et dans les lycées… Une illisibilité monumentale au plan mondial. Depuis plusieurs décennies, la plupart des observateurs estiment que ce système d’enseignement supérieur français est contre-productif dans la compétition internationale.

SONY DSCLe problème est que la réforme Fioraos laisse intacte l’exception universitaire française : les universités, les grandes écoles, les grands organismes, les classes supérieures des lycées sont, comme les vilains petits canards, toujours debout. Certes, la réforme opère d’importants regroupements. Mais ceux-ci sont abracadabrantesques par leur complexité et leur diversité institutionnelles. La lisibilité internationale de l’enseignement supérieur et de la recherche de France va encore en prendre un coup. On ne pouvait imaginer pire que les regroupements en Ile-de-France, COMUE aux découpages et aux noms fantaisistes, moqués par les universitaires du monde entier. Si, tout au moins, ils s’intéressent encore un tant soit peu à notre système.

SONY DSCPremier modèle institutionnel : fusion de plusieurs universités, d’autres établissements y étant associés dans le cadre d’un contrat de site (Strasbourg, Lorraine, Aix-Marseille et , selon les Échos, Clermont-Ferrand).

Deuxième modèle institutionnel : fusion partielle d’universités de l’académie (Bordeaux, Lille, Montpellier, Rennes…). Les universités hors-fusion (ce que j’appelle les laissés pour compte de la fusion) intègrent une COMUE et un contrat de site unique.

Troisième modèle institutionnel : création d’une COMUE par plusieurs établissements de l’académie ou de plusieurs académies, d’autres établissements « choisissant » de n’y être qu’associés.

Deux sous-modèles pour les COMUE. Celles qui s’approprient, non seulement la recherche et le doctorat, mais la plupart des formations de master (COMUE Paris-Saclay). Celles – le plus grand nombre – qui se donnent pour objectif de coopérer pour la recherche (COMUE Bourgogne Franche-Comté par exemple).

Chronique à suivre. Pourquoi les COMUE renforcent-elles l’exception française, faisant de l’enseignement supérieur public de France un système moribond ?

1 commentaire

Classé dans AF. Histoire 16-17èmes siècles, AH. Histoire 19-20èmes siècles

Une réponse à “Le SUP : l’exception française (1)

  1. François Brunet

    En principe, tout le processus Pôles-PRES-COMUE dev(r)ait viser à réduire l’exception que vous décrivez en mettant les universités au centre du système (et sans doute en transformant les organismes de recherche); du moins est-ce l’interprétation optimiste. En pratique, on ne peut qu’avoir des doutes. Mais il est à parier que notre évolution institutionnelle n’est pas terminée.