Jeunes chercheurs maltraités

Sciences en marche a réussi la mobilisation p0ur que « les sciences soient notre avenir ». Celle-ci n’a pas suffi pour faire bouger les lignes : tout va mal pour les jeunes chercheurs, doctorants, docteurs, post-doctorants. Actualisation 30 octobre : Isabelle Attard (députée Nouvelle Donne), interpellant Geneviève Fioraso, dénonce la misère des chercheurs publics.

Tout va mal, et cela est d’autant plus inquiétant que le nombre de doctorats délivrés est en progression constante : 13.686 en 2012, dont 8.267 en sciences hors-santé (RERS 2014, indicateur 8.20).

François Hollande, comme le rappelle Pascal Maillard dans Médiapart, avait promis monts et merveilles pour les jeunes souhaitant travailler dans la recherche. Les Assises de la fin 2012 avaient créé de grands espoirs. La loi ESR de fin juillet 2013 avait confirmé des principes généraux offensifs pour la reconnaissance du doctorat.

Et puis tout s’est coincé, la volonté politique est disparue, noyée dans l’austérité financière. Il fallait cependant maintenir l’illusion : une mission a ainsi été confiée, en janvier 2014, à Patrick Fridenson sur la reconnaissance professionnelle du doctorat.

Les différentes voies qui mènent à la recherche – dans les Universités, dans les Organismes de recherche, dans la Haute fonction publique, dans les Entreprises publiques et privées – sont sinistrées.

Les jeunes chercheurs sont menés en bateau depuis deux ans et demi. 1. Moins de contrats doctoraux et moins d’avenants « enseignement » dans les universités, engoncées dans la crise financière. 2. Gel de postes et donc moins de postes de maîtres de conférences mis au concours pour les docteurs et les post-docs. Il s’ensuit un goulot d’étranglement à l’entrée, une hausse de l’âge du recrutement pour les « élus », et, pour ceux-ci, un retard de carrière irrattrapable.

Tout va mal dans les organismes de recherche. 3. Moins de postes de chargés de recherche offerts au recrutement. Geneviève Fioraso (réponse à Marie-Georges Buffet, 15 octobre 2014) : « il y a moins de départs à la retraite. Je me suis engagée à ce que chaque départ à la retraite soit compensé au un pour un, qu’il s’agisse d’un chercheur, qu’il s’agisse d’un technicien, d’un ingénieur ou d’un administratif. J’ai donc demandé aux organismes de recherche qu’ils donnent la priorité à l’embauche des jeunes docteurs, à l’insertion des post-docs plutôt qu’aux fins de carrière« . La secrétaire d’État ne manque pas d’air : pour garder la masse salariale constante, neutraliser les effets du GVT, et embaucher davantage de jeunes chercheurs, il suffirait de bloquer les promotions des chercheurs en place !

4. De mal en pis. Le Conseil d’État vient de donner un avis entravant la reconnaissance du doctorat. La Confédération des jeunes chercheurs s’en émeut vivement dans un communiqué du 20 octobre 2014. « Le recrutement des docteurs dans les grands corps de l’État essuie un nouveau revers. L’avis du Conseil d’État, saisi par le gouvernement sur cette question, est sans appel : non seulement il méconnaît l’expérience professionnelle et les compétences apportées par le doctorat, mais il refuse également un élargissement véritable et commun à tous les corps de la fonction publique, des modalités d’admission dans la haute fonction publique, au risque de porter atteinte à l’unicité du doctorat ».

5. Et puis, cette invraisemblable erreur d’approche pour faire reconnaître le doctorat dans les conventions collectives du secteur privé. Impardonnables technocrates qui n’ont aucune idée de ce qu’est la négociation des classifications. Doctorat et conventions collectives (chronique du 7 octobre 2014).

6. Et enfin, la mauvaise foi absolue, l’autisme de ce gouvernement sur le Crédit Impôt Recherche (dossier sur le CIR). Juin 2014 : alerte aux parlementaires de jeunes docteurs sous pression : réorienter l’argent du CIR.

Sciences en marche propose de « redéployer un tiers de ce crédit d’impôt vers le financement de l’ESR [soit 2 milliards d’euros prévus en 2015], et de réfléchir au moyen d’utiliser les sommes restantes pour construire une véritable politique stratégique à long terme dans le secteur de la recherche privée ».

Il faut donc en urgence modifier la réglementation du CIR pour le budget 2015. Pas de défiscalisation des dépenses de R&D des entreprises si celles-ci ne consacrent pas un tiers de ces dépenses à des coopérations avec la recherche publique : embauche de doctorants en convention CIFRE, et/ou recrutement de jeunes chercheurs (docteurs mais aussi post-doctorants), et/ou opérations de R&D communes avec des centres de recherche publics, et/ou investissements dans les pôles de compétitivité…

La mobilisation ne doit pas faiblir. Le gouvernement doit entendre les jeunes chercheurs pour que les Sciences soient l’avenir de la France.

7 Commentaires

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7 réponses à “Jeunes chercheurs maltraités

  1. Pour le point 3, il faut préciser que seuls les départs à la retraite sont remplacés, pas les autres types de départ : selon le document http://www.cnrs.fr/comitenational/cs/recommandations/5_octobre2012/recommandation_polRecrutement2013_oct2012_CS.pdf, il s’agit de 150 postes depuis 2011 (document plus récent qui évoque le non remplacement des départs autres que les départs en retraite : http://www.cnrs.fr/comitenational/doc/recommandations/2014/cs_Crise_de_l_emploi_scientifique_en_France_et_ses_dangers_10%20mars_2014.pdf)

  2. Pingback: Article du blog de Pierre Dubois : « Jeunes chercheurs maltraités » - ANCMSP

  3. Il faut avoir vécu un long temps dans ES et R pour se souvenir que toutes les belles promesses ont buté sur le fait que ESet R ont été « floués » à chaque structuration de budget car en dépit des discours ce budget était « variable d’ajustement » et décidé en été lors des vacances.Le seul ministre qui a fait l’effort de tenir ses promesses, Hubert Curien.
    Le doctorat, il est admis et reconnu dans ES et R pour les recrutements mais pour le reste, le combat et les compagnonages des « grandes écoles » suffisent à bloquer toute reconnaissance et inscription dans les conventions collectives. Ne sommes nous pas en « monarchie républicaine », il suffit de passer en revue les origines de ce qui nous « gouvernent » et du lobbying qu’ils « subissent ». A l’étranger, pas de problème, il n’y a aucun problème de reconnaissance pour le doctorat mais l’habilitation suscite interrogation.

  4. Olivier

    Le problème du doctorat est lié:
    * au fait que le recrutement dans la fonction publique se fait pas concours et pas sur titre. Que le concours reste la référence au détriment des diplômes. Par exemple, vaut-il mieux être agrégé sans doctorat ou docteur sans agrégation? La réponse on la connait tous.
    * au fait que le système dual d’enseignement supérieur Grandes Ecoles CONTRE universités (faire croire que les deux systèmes sont complémentaires et travaillent en harmonie est un leurre entretenu par le ministère de tutelle et les responsables des établissements concernés) fait que les établissements d’enseignement supérieur qui ont les moyens peuvent imposer leurs vues en tant que lobbyistes auprès du Ministère.

    J’ai toujours pensé au moment des élections présidentielles que la gauche (comme la droite auparavant) se fourvoirait sur ce sujet. J’ai eu raison, la meilleure preuve étant les assises « l’enseignement supérieur » qui n’ont été qu’une réunion interne des universités se confinant à l’auto-satisfaction collective, excluant de facto toutes les autres formes d’enseignement supérieur (qui représente aujourd’hui 40% des étudiants)…

  5. François

     » 13.686 doctorats en 2012 dont dont 8.267 en sciences hors-santé  »

    Non, ces chiffres donnés par le RERS 2014 sont une addition de choux et de carottes, c’est-à-dire de doctorats et d’HDR.
    Les chiffres significatifs sont :
    Doctorat : 11 784 dont 7 032 (60%) en sciences hors santé (et hors STAPS)
    HDR : 1 902 dont 1 235 (65%) en sciences hors santé (et hors STAPS)
    ce qui rappelle une spécificité française :
    – le nombre relativement élevé de doctorats scientifiques décernés annuellement par million d’habitants (seuls certains petits pays européens ont des taux nettement supérieurs),
    – le faible nombre de doctorats dans les autres matières.
    Voir http://orientation.blog.lemonde.fr/2012/09/14/doctorats-scientifiques-y-a-t-il-un-retard-francais

  6. je trouve que les notions que vous utilisez dans ce sujet sont très intéressantes et très importantes dans la réalité que nous vivons

    Merci pour votre sujet

  7. clem

    Je me posais la question du critère d’unicité du doctorat évoqué par le Conseil d’Etat. Ne retrouve-t-on pas un cas de remise en cause de cette unicité dans le cas des masters dont certains sont reconnus comme permettant d’accéder au concours d’ingénieur territorial alors que d’autres non … ? (Il y a, me semble-t-il une liste où figurent ces diplômes). Si quelqu’un peut m’éclairer sur le sujet, merci.

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