Des directeurs de labo ulcérés

Appel de l’Assemblée générale des personnels de l’Université de Strasbourg, réunie le 24 novembre 2014 : Grève !

Lors de cette AG, la parole a été donnée à des directeurs d’unités de recherche (D.U.). Le 13 octobre 2014, quelques centaines de D.U. ont écrit au Président de la République : « nos laboratoires sont dans une situation dramatique » : album de 17 photos. A ce jour, plus de 800 directeurs ont signé la lettre à François Hollande. Que s’est-il passé depuis le 13 octobre ? Rien ! Seulement un silence assourdissant du gouvernement de gauche.

Marcel Hibert, directeur du Laboratoire d’Innovation Thérapeutique (UMR 7200) a pris la parole devant l’AG. Il a expliqué les difficultés de son laboratoire, un laboratoire pourtant reconnu d’excellence.

2P1240194Son témoignage est poignant car il voit, à 59 ans et récompensé par une médaille d’argent du CNRS en 2006, les efforts, le travail de toute une vie de recherche mis en question. « Né le 31 décembre 1955 à Boufarik (Algérie), Marcel Hibert est élève en Math Sup. et Math Spé. avant d’intégrer l’École Nationale Supérieure de Chimie de Strasbourg. Il rédige une thèse en chimie organique et suit, parallèlement, un DEA de pharmacochimie. En 1981, il entre dans l’industrie pharmaceutique au département de chimie du centre de recherche Marion Merrell Dow à Strasbourg » (France Inter).

Supportant de moins en moins les contraintes de la R&D dans le secteur privé (impératif de la recherche rentable à court terme), il rejoint l’université parce qu’il pourra y poursuivre, dans la durée, des recherches avec des crédits récurrents. Aujourd’hui, les contraintes de la recherche publique sont pires que celles du privé : il n’y a plus d’argent.

Le plus grave est le tarissement de la recherche en amont, la mort, lente mais sûre, des vocations de chercheurs. « Nous n’avons plus assez d’argent pour accueillir des stagiaires en master dans notre laboratoire. Trouver 4.000 euros pour un stage de longue durée est devenu impossible. Si nous obtenons une dotation de l’ANR qui nous permet de recruter un doctorant, c’est pour trois ans. Et après, le précariat assuré !« .

Le regard de Marcel Hibert parle : sa tristesse est infinie. Oui, se mettre en grève, le 11 décembre 2014 lors de la Journée Universités mortes, est un comportement digne et responsable. Les jeunes générations, avides de se mettre au service de la Science pour la Société, ne nous pardonneraient pas le fatalisme qui nous guette, toutes et tous !

P1240192Vidéo de France 3 : Marcel Hibert dans son labo. Tribune de William Gasparini dans Médiapart.

1 commentaire

Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

Une réponse à “Des directeurs de labo ulcérés

  1. Serge

    En effet, un témoignage poignant. Mais « fuite des masters, des doctorants, des posts-doctorants » vers où ? Vers le privé ? Vers l’étranger ? Vers des jobs noyés dans la masse et n’ayant aucun rapport avec leurs études top niveaux ? Vers l’anonymat après la soutenance et la remise des diplômes (malgré un déluge de « Bravo, Félicitations, là tout va changer pour vous »? Tout cela est pour moi une boîte bien noire.

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