Le docteur et l’employeur

Débattre du recrutement de docteurs dans l’entreprise. Commentaire de Pierre-Henri au jeune employeur alsacien qui a publié sur ce blog la chronique – Il ne recrutait pas de docteurs -. Ce dernier a l’intention de faire prochainement une offre d’emploi pour un docteur.

Pierre-Henri. « Les arguments de cet employeur témoignent des généralisations abusives qui sont fréquentes concernant les docteurs. Je les reprends point par point, dans l’ordre :

« ce n’est pas la norme », il est vrai. Mais il relève aussi de la responsabilité des recruteurs, des patrons de ne pas se contenter de la « norme ». La frilosité des entreprises s’explique par le marasme économique, mais celles qui restent dans la « norme » se condamnent à stagner.

« plus chers ? » Dans une économie de marché, un docteur, comme n’importe quel salarié, cherche le contrat qui est le plus avantageux pour lui. Certains patrons veulent des docteurs qui disposent de compétences spécifiques, quelquefois rares, de haut niveau, mais veulent aussi qu’ils travaillent pour 9.53 € de l’heure, voire moins sous statut d’auto-entrepreneur. A ce tarif, autant faire des remplacements au collège. Comme on dit outre Atlantique « if you pay peanuts, you get monkeys ».

– Rares, très, très rares sont les offres d’emplois rédigées de manière à inclure un profil recherche. En outre, les retours qu’on a lorsqu’on postule sont souvent décourageants. Personne n’aime envoyer des CV pour se faire rire au nez, les docteurs pas plus que d’autres.

« moins opérationnels ? ». Je n’ai pas l’impression d’être « moins opérationnel  » qu’un jeune diplômé qui peine à écrire quatre mots sans faute, qui est incapable de structurer sa pensée, qui ne sait pas produire de communication convaincante. J’ai aussi l’habitude des travaux de longue haleine, planifiés, menés avec rigueur, gardant l’objectif en tête. Il me manque assurément des compétences techniques, mais je possède aussi la capacité de les assimiler au besoin. Un employé qui n’a pas les bonnes compétences mais qui peut les acquérir efficacement est-il moins « opérationnel » qu’un employé qui a une formation adéquate, mais assortie d’une progression limitée ?

– Concernant les caricatures, beaucoup tiennent de la jalousie. La recherche fondamentale, la publication de livres, la participation aux colloques et la fréquentation des milieux intellectuels font encore rêver.

– Tous les chercheurs ne veulent pas devenir maîtres de conférence. Seul le poids des habitudes nous pousse dans cette direction. Cela relève de la prophétie auto-réalisatrice : puisqu’on s’attend à ce qu’un docteur ne sorte pas de la fac, on le refuse partout ailleurs, ce qui le force à rester dans sa fac. Le serpent se mord la queue. En outre, comme je le disais plus haut, le marché de l’emploi des docteurs reste un marché. Entre un poste universitaire et un CDD à 9.53 € de l’heure en entreprise, on choisit le premier, plus avantageux, même si on n’a pas d’attirance particulière pour l’université.

– Beaucoup de gens, pas seulement les docteurs, sont « écœurés par l’entreprise ». Mais les entreprises font-elles ce qu’il faut pour contrecarrer cet écœurement ? Quels salaires, quelles conditions de travail, quels principes de gestion en ressources humaines les entreprises utilisent-elles avec leur personnel ? Une entreprise qui vivote avec des stagiaires, des précaires sous-payés, des employés pressurés jusqu’à la rupture ne peut provoquer autre chose qu’un « écœurement » légitime, et sans rapport aucun avec le doctorat ».

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