L’Art roman en Normandie (1)

Me voici donc auditeur libre à l’université de Strasbourg, en 1ère année de Licence d’Histoire de l’art. Parmi les cours suivis, celui de Denise Borlée sur l’Art du Haut Moyen Âge en Occident, l’art roman, l’architecture et la sculpture gothiques. L’auditeur libre ne passe pas les examens et ne participe pas aux travaux dirigés. Je me suis donc fait mon propre cahier des charges : comprendre l’art roman, en particulier dans des régions que j’ai visitées et pour lesquelles je dispose de photos.

J’ai consacré une première chronique en photos à l’Abbaye aux Hommes (dédiée à Saint-Étienne, Caen).

Cette seconde chronique s’interroge sur les conditions de l’expansion de l’art roman dans le duché de Normandie au XIe et XIIe siècles. Article de Giovani Coppola, en ligne sur Persée, L’essor de la construction monastique en Normandie au XIe siècle : mécénat, matériaux et moines-architectes, Annales de Normandie, année 1992, volume 42, pp. 335-349.

Pour Giovanni Coppola, plusieurs facteurs favorables expliquent la « floraison des constructions monastiques normandes : renouveau de la vie religieuse du duché de Normandie, permise et appuyée par la consolidation du pouvoir ducal après les dévastations opérées par les Vikings ; règnes de longue durée permettant la continuité des travaux (52 ans pour Guillaume le Conquérant, 1035-1087) ; période d’expansion, de richesse relative permettant le mécénat des ducs et de l’aristocratie, les collectes effectuées dans le monde rural ; abondance des matériaux disponibles sur place (grandes forêts fournissant le bois des charpentes et des échafaudages ; sol argileux pour la fabrication des briques ; ardoises dans le Contentin et tufs dans le pays Cauchois ; pierre qui ne manque pas sur le territoire de la ville de Caen et dans ses environs – pierre qui sera exportée en Angleterre après la conquête pour y bâtir des cathédrales -).

Les hommes capables de réaliser à la fois la réforme des abbayes et leur reconstruction ? Les ducs eurent la perspicacité de faire appel à des moines soit venus du nord de la France, soit d’Outre-Alpes dont les qualités d’écolâtres et de bâtisseurs… C’est dans cet élargissement des horizons culturels qu’il faut rechercher la matrice des nouvelles réalisations architecturales et des nouveaux modes de pensées. Il faut citerGuillaume de Volpiano appelé par Richard II qui amena avec lui des artisans lombards très experts dans l’art de bâtir ; Lanfranc de Pavie appelé par Guillaume le Conquérant en 1063 pour être le premier abbé et l’architecte de Saint-Etienne de Caen. D’autres encore.

Ces moines n’étaient pas étrangers à la construction de leurs abbayes et de leurs église. Cette hypothèse est la plus vraisemblable, selon Giovanni Coppola. Seuls – avec de très rares laïcs -, ils possédaient à cette époque à la fois la culture nécessaire, particulièrement en géométrie, et l’exacte connaissance de la disposition des  bâtiments conventuels, de leur utilisation et de leurs dimensions… Les moines réformateurs étaient des architectes, avec un rôle plus étendu que de nos jours… Plus que de simples traceurs de plan, ils apparaissent comme des intellectuels capables d’organiser le chantier, de mener une équipe de moines bâtisseurs et de suivre toutes les étapes de la construction jusqu’à achèvement de l’œuvre architecturale ».

Quiz. A qui est dédiée cette église romane, qui jouxte une célèbre abbaye normande ?

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Lire aussi : L’architecture médiévale en Normandie, L’art médiéval normand.

Certains des  facteurs de développement de l’Art roman en Alsace sont les mêmes qu’en Normandie. Référence à Lucien Sittler, L’Alsace, Terre d’histoire, Alsatia Éditions, 1972 réédité 1994, chapitre 3, l’Alsace de 900 à 1250, Développement des Lettres et des Arts, pages 68 et 69. « Un certain nombre d’églises à voûtes du XIe siècle subsistent encore, comme la crypte de la cathédrale de Strasbourg… En général les formes romanes du XIe siècle sont lourdes, massives, simples, la technique imparfaite, l’ornementation pauvre, gauche et rudimentaire.

A partir du XIIe siècle, de grands progrès se réalisèrent, dus à la prospérité, à l’intensité croissante des échanges économiques, à une meilleure connaissance de l’Orient, à la richesse des couvents et des églises. La technique et la construction de la voûte se perfectionnèrent, le travail devint plus soigné, l’architecture s’enrichit d’éléments nouveaux de même que l’ornementation. Placée au carrefour des routes, l’Alsace bénéficiait d’influences diverses : celles de l’abbaye de Cluny en Bourgogne, de l’Italie du Nord, de la France, de la Rhénanie se faisaient sentir. Mais tout en intégrant ces différents apports, l’Alsace créa un art roman original qu’elle développa en plus, surtout à partir de 1150 environ.

Cet art alsacien se caractérise par les intérieurs sévères et sombres, dotés de voûtes en plein cintre soutenues par des arcs doubleaux ou de voûtes sur croisée d’ogives d’une part, par les riches extérieurs d’autre part, dont on apprécie le groupement équilibré des masses, les façades bien proportionnées d’une ou deux tours, l’ornementation des frises lombardes, des lésènes, des dessins géométriques, des figures symboliques ».

Quiz. Quelle est cette Église romane d’Alsace ?

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2 Commentaires

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2 réponses à “L’Art roman en Normandie (1)

  1. Michel Abhervé

    Ce seraient l’église Saint Pierre de Jumièges et l’église de Marmoutier ?