Identifier les disciplines rares

Disciplines rares, rapport à madame la Secrétaire d’État à l’ESR, par Fabienne Blaise, Pierre Mutzenhardt, Gilles Roussel, décembre 2014, 32 pages.

Les auteurs du rapport, tous trois présidents d’université, ont choisi de définir la discipline rare comme une discipline ayant peu d’enseignants-chercheurs et peu d’étudiants ; ainsi, une discipline rare peut-elle être une discipline en décroissance (en crise, en voie de disparition…) ou une discipline en émergence.

Ce rapport est dédié à une question cruciale et il faut s’en féliciter. Mais, même s’il retient une dizaine de propositions (deux propositions en photo), il est plutôt décevant à trois titres.

P12803261. Il botte en touche en renvoyant les analyses plus approfondies à un Observatoire : « le travail d’identification des disciplines rares, des disciplines en mutation ou en émergence, de leurs effectifs étudiants et enseignants-chercheurs, de leur répartition géographique doit être réalisé au sein d’un Observatoire »… Heureusement, il ne s’agit pas de créer un Observatoire ex-nihilo, mais de confier les tâches d’identification à l’Observatoire des Sciences et des Techniques (OST).

2. Deuxième déception : la référence au nombre d’étudiants dans telle ou telle discipline. Une telle approche est à la fois technocratique (la bureaucratie supprime les formations à petits effectifs) et libérale (ce sont les étudiants qui déterminent l’avenir d’une discipline). Elle doit être proscrite quand on pose la question des disciplines rares. Elle est malheureusement aujourd’hui dominante dans notre pays : Formations, j’en perds mon latin.

3. Troisième déception : le choix d’identifier les disciplines rares par référence aux effectifs d’enseignants-chercheurs de chacune des sections du Conseil National des Universités (CNU). Sont « rares » les sections dont les effectifs globaux en enseignants-chercheurs n‘excèdent pas 400 personnes. Il fallait définir un seuil certes, mais 400 n’est-ce pas trop ?

Sont dans ce cas 17 sections sur 56, à savoir 03 (histoire du droit et des institutions), 04 (science politique), 08 (langues et littératures anciennes), 10 (littératures comparées), 13 (langues et littératures slaves), 15 (langues et littératures arabe, chinoise, japonaise, hébraïque et d’autres domaines linguistiques), 20 (anthropologie biologique, ethnologie, préhistoire), 24 (aménagement de l’espace, urbanisme), 29 (constituants élémentaires), 34 (astronomie, astrophysique), 36 (terre solide), 37 (météorologie, océanographie physique et physique de l’environnement), 69 (neurosciences), 72 (épistémologie, histoire des sciences et des techniques), 73 (cultures et langues régionales), 76 (théologie catholique), 77 (théologie protestante)… Ces sections ne représentent plus que 8,9 % des effectifs des enseignants-chercheurs en 2011 contre 9,4% en 2000.

P1280328Problème de taille : toutes les sections du CNU ne sont pas disciplinaires. Des sections supplémentaires ont été créées au CNU, au fil du temps, à la fois pour des problèmes de gestion (de plus en plus d’enseignants-chercheurs à qualifier et promouvoir dans telle ou telle discipline) et pour satisfaire des courants dissidents ou des personnalités remuantes importants de la discipline (cf. la polémique en cours sur la création d’une nouvelle section en économie).

Ou encore pour tenter de prendre en compte des approches multi-disciplinaires, trans-disciplinaires ou inter-disciplinaires, sans qu’on identifie bien les différences entre ces trois appellations et parce qu’on croit que les nouvelles approches – aux frontières des disciplines – seront plus fécondes. Ainsi les Sciences de l’éducation, Sciences de l’Information et de la Communication, Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives ne constituent pas des disciplines au sens traditionnel du terme.

L’Observatoire à créer devra prendre en compte les avancées d’un ouvrage important : Disciplines académiques en transformation. Entre innovation et résistance (Gorga et Leresche), Édition des Archives Contemporaines, 2014.

L’Observatoire devra également explorer la possibilité d’une approche de la rareté par l’identification de l’évolution du nombre de publications et de revues, sous-discipline par sous-discipline.

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