Un Ministère pour le SUP ? Non

Il y a de multiples raisons de ne pas pourvoir le Secrétariat d’État à l’enseignement supérieur et à la recherche, poste vacant depuis la démission de Geneviève Fioraso. Échec patent de celle-ci au bout de 2 ans et demi. Un successeur serait condamné à ne rien faire. Ne pas gaspiller l’argent public, même pour un fauteuil bancal !

Supprimer le job, en resserrant ainsi le gouvernement ! D’ailleurs, au lendemain de la déroute des élections aux conseils départementaux, qui accepterait de vivre un calvaire jusqu’en 2017, voire d’y laisser sa santé ?

Raisons de confier à Najat Vallaud-Belkacem un Super-Ministère, incluant l’Éducation Nationale et l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Elle fait le boulot depuis le départ de sa collègue, selon une ligne appelée libérale-sociale  : L’enseignement supérieur est un facteur majeur de la compétitivité ; Le Comité national éducation-emploi couvre désormais toutes les formations supérieures.

1. Le MENESR sous la coupe du Ministère des finances. L’enseignement supérieur et la recherche ne sont plus une priorité de ce gouvernement. L’ont-ils été une seule semaine depuis juin 2012, autrement qu’en « belles paroles » ? François Hollande n’est même plus hypocrite : la 3ème phase des Investissements d’avenir (PIA3) apportera aux entreprises françaises qui sont dans l’innovation, l’exportation et la transition énergétique, les moyens de pouvoir assurer leur développement, et donc de créer de l’emploi. Un Ministre ou a fortiori un Secrétaire d’État serait incapable de faire changer cette priorité d’amour pour les entreprises. NVB devrait d’ailleurs en profiter pour insuffler une nouvelle priorité : l’enseignement primaire (fort mal doté eu égard à la moyenne des pays de l’OCDE).

Un ministre de l’ESR ne servirait à rien car le Ministère des Finances et des Comptes publics, par l’intermédiaire du Secrétariat d’État au budget, a pris la main sur le SUP. Voulant récupérer 100 millions d’Euros sur l’enseignement supérieur, il s’est mis en tête, pour y parvenir, de ponctionner les fonds de roulement de certains établissements (universités, écoles) ; lesquels ? Comme les IGAENR n’en sont encore qu’à produire un guide méthodologique pour analyser les composants de ces fameux fonds de roulement, ce n’est pas demain que seront désignés les donateurs forcés. Et donc… les établissements du supérieur ne connaissent pas encore leurs dotations 2015. Ce qui ne s’est encore jamais vu ! Ce qui est un moyen hypocrite de les obliger à serrer leurs dépenses au cours du 1er trimestre, puis du 2ème… Les universités ne sont plus que de vulgaires opérateurs de l’État, ni libres, ni responsables.

Ce n’est pas un Secrétariat d’État de seconde zone qui arrivera, surtout en cette période de défaites électorales qui s’enchaînent, à faire fléchir Bercy. Celui-ci n’entend même pas les rapports, les remarques, les recommandations de la Cour des Comptes. Il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ! Les exemples sont légion : recommandations de la Cour dans son rapport 2015 ; seuls quelques journalistes ont attiré l’attention sur le détournement de 5 milliards d’euros du Programme d’investissement d’Avenir vers deux entreprises publiques, au dépens de l’enseignement supérieur et de la recherche.

2. L’inexistence des parties prenantes dans le SUP milite en faveur d’un grand ministère NVB. Un Ministre pourrait tenir tête face à Bercy s’il pouvait s’appuyer sur une mobilisation unifiée, imposante, croissante, menaçante des établissements publics (universités, grand organismes, grandes écoles), des personnels, des étudiants, de leurs familles. Ce n’est pas le cas depuis l’été 2012. Cette absence de luttes est une autre raison du bien-fondé de la suppression du job. Les parties prenantes (comme on dit aujourd’hui) s’y opposeront certes par des communiqués cinglants, puis retourneront à leur inertie.

La Conférence des Présidents d’Université est totalement impuissante. Elle parle dans le vide : quel écho à ses supplications ? 8 mars 2015 : La CPU réaffirme son attachement à un ministère de plein exercice et souhaite qu’un titulaire soit nommé au plus vite. 27 mars : Budget des universités : le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Le Président de la CPU, Jean-Loup Salzmann, a contribué lui-même à discréditer la Conférence et s’est fait vertement tancer par un de ses collègues.

Absence de mobilisation massive de la Communauté universitaire. Combien d’universitaires et d’étudiants sont descendus dans la rue depuis deux ans ? Division syndicale chez les enseignants, chez les BIATSS, chez les étudiants ; elle paralyse la lutte et est renforcée par de multiples scrutins électoraux (« il faut se compter ! »). Impossibilité d’une intersyndicale durable au cours de la période (largement due au SGEN-CFDT).

Des organisations de type Mouvement social (comme en 2009 avec Sauvons la recherche, Sauvons l’université !) ont tenté de dépasser les clivages syndicaux et d’organiser la lutte, mais elles ne peuvent tenir durablement la route faute de reconnaissance institutionnelle attribuant des moyens (Sciences en marche, Groupe Jean-Pierre Vernant, Nous sommes l’université et la recherche, Confedinfo, Espé Paris en lutte, Paris Sud 11 en lutte).

Ces mouvements ont tous utilisé la pétition comme moyen d’action. La plus réussie a été celle de Sciences en marche. La pétition en cours L’Enseignement Supérieur et La Recherche sont une priorité nationale : pour un grand Ministère de plein exercice n’a recueilli à ce jour que 178 signatures !

Le paysage de la représentation des étudiants s’est modifié depuis 2013, mettant aux prises deux organisations désormais de même poids au niveau national : la FAGE et l’UNEF. Le gouvernement socialiste a trahi son allié naturel, l’UNEF, en écartant, tout en le niant, tout projet d’allocation d’autonomie pour tous ; l’UNEF commencerait ainsi une longue descente aux enfers. La politique libérale-sociale de Manuel Vals est plus en affinité avec la FAGE, mais-celle-ci est également bousculée par l’absence de vergogne de Bercy: Bourses étudiantes : la FAGE dénonce une situation explosive.

3. Les avantages d’un ministère unique… chronique à suivre.

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