Artois, une île au trésor ?

L’université d’Artois, une île au trésor ? Créée dans la 1ère moitié des années 90 et implantée sur les sites d’Arras (80 photos du Campus, juillet 2009), Béthune, Douai, Lens (35 photos de l’IUT, avril 2013) et Liévin, l’université accueille 11.400 étudiants (données statistiques de l’OVE de 2000 à 2014), est membre de la Communauté d’universités et d’établissements Université Lille Nord de France.

Une île au trésor ? On pourrait le croire  à la lecture du document Répartition des moyens 2015 aux opérateurs de l’enseignement supérieur du programme 150. Le fonds de roulement de l’université va être mobilisé à hauteur de 24,238 millions d’euros en 2015 ; à elle seule, l’université va fournir le 1/4 des fonds de roulement ponctionnés sur l’ensemble des établissements. Comment l’université a-t-elle constitué ce magot et pourquoi n’a-t-elle pas été vigilante pour le dépenser ces dernières années avant qu’il ne soit piqué ? Le président Francis Marcoin, élu en 2012, devrait s’exprimer en urgence sur la situation financière de son université. On ne l’a pas entendu jusqu’ici !

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S’agit-il bien d’un magot ? On peut le croire si on compare le montant de cette ponction sur le fonds de roulement avec les subventions que recevra l’université en 2015 pour charges de service public (95,3 millions d’euros de masse salariale et 9,2 millions de fonctionnement). On peut le croire également si on compare les subventions de l’Artois pour charges de service public et celles d’universités d’ancienneté et de taille comparables : les subventions artésiennes sont bien plus élevées que partout ailleurs.

Artois, une île mystérieuse ? L’État va lui piquer l’équivalent d’un quart de ses subventions pour charges de service public en 2015 et, malgré cela, l’université va garder un budget bien plus élevé que ceux des universités comparables.

Où est l’erreur ? Une hypothèse : au temps de l’IUFM Nord Pas-Calais, l’université d’Artois en avait la responsabilité gestionnaire ; lors du passage aux RCE, Artois a-t-elle intégré dans son budget la masse salariale de l’ensemble des salariés de l’IUFM ? Aujourd’hui, l’Espé Nord Pas-de-Calais est rattachée à la COMUE Lille Nord de -France ; l’université d’Artois a-t-elle encore en charge la masse salariale des salariés Espé ?

Un magot important dans l’université d’Artois serait a priori surprenant car les universités nouvelles, créées au début des années 90, se sont toujours plaintes d’être sous-encadrées ; lors de leur passage aux RCE, elles n’ont pas récupéré les postes manquants. Ci-dessous, photo de l’entrée de l’IUT, en avril 2013).

P1100042Deux témoignages de la sous-dotation des universités nouvelles dans la période précédent la LRU et la mise en œuvre des RCE.

Entretien avec Alain Lottin, le 26 mars 2004, président de Lille III Charles De Gaulle de 1986 à 1991 (j’étais alors professeur dans cette université), puis administrateur provisoire de l’université d’Artois de 1991 à 1996, puis président de cette même université de 1996 à 2000. Alain Lottin et l’implication des collectivités territoriales pour créer une université. Extrait de l’entretien. Le financement par les collectivités territoriales ? L’intervention de la région a été moins importante dans le cas de l’université d’Artois que dans le cas de l’université du Littoral; le financement régional s’est discuté en priorité dans le cas du contrat de plan entre l’Etat et la Région. La région a mis sa part, puis cela a été terminé pour les constructions. Les communes et le conseil général sont par contre intervenus pour l’aménagement local ; les salles de sport ne sont jamais financées par l’Etat. Le président Lottin est fier d’avoir pu inaugurer le siège de l’université à Arras avant son départ. La mobilisation de la ville de Lens a été plus longue à obtenir. Béthune a fait sa part. Liévin avait déjà des installations sportives. Au tout début, les collectivités locales avaient prêté des personnels administratifs et techniques, mais l’université d’Artois les a rendus très vite (ce prêt a été déclaré illégal par les tribunaux administratifs). Les collectivités territoriales consacrent peu de ressources de fonctionnement pour les universités. 

Entretien avec Jean-Jacques Pollet, le 16 avril 2004, 2ème président de l’université d’Artois, élu en 2000. Depuis la fin de son mandat en 2005, Jean-Jacques Pollet (né en 1949) est recteur, recteur de l’académie de Rouen de 2005 à 2009, de l’académie de Nancy-Metz de 2009 à 2012, de l’académie de Lille depuis septembre 2012. Extrait de l’entretien. D’accord pour le budget global, mais sous la condition que toutes les universités repartent toutes sur la même ligne (actuellement, les inégalités de dotation sont fortes). En Artois, il y a un gros décalage entre la dotation théorique et la dotation réelle (celle-ci est égale à 0,8). Il faudrait avoir une dotation réelle égale à la dotation théorique pour se lancer dans le processus de globalisation budgétaire. Si, avec la globalisation, il y avait une possibilité de moduler les droits d’inscription, l’université d’Artois serait perdante car elle compte 50% d’étudiants boursiers. Il faut des conditions égalitaires au sein de la république. Jean-Jacques Pollet dit avoir averti de ce problème les universités qui sont dans la même situation que l’université d’Artois ; ce sont les grosses universités qui sont pour la globalisation.

A noter : le modèle Sympa de répartition des moyens entre établissements n’a toujours pas résolu les inégalités historiques de dotation ! Ci-dessous, photo du Campus central, Arras, juillet 2009.

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