Lorraine Université d’Excellence

21 janvier 2015, dans le cadre du PIA2 et de l’appel d’offre IDEX/ISITE, l’Université de Lorraine a déposé une candidature intitulée Lorraine Université d’Excellence (LUE), au nom d’un consortium de partenaires : construire un modèle d’université européenne, pluridisciplinaire, technologique et entrepreneuriale.

P132015525 avril 2015, Pierre Mutzenhardt, président de l’Université de Lorraine, envoie un courriel aux personnels : la première phase de sélection du second Programme d’Investissements d’Avenir (PIA2) vient de s’achever. Le dossier porté par l’Université de Lorraine a été retenu pour la suite du concours, parmi 7 autres dossiers sur les 20 candidatures présentées. Le jury, prenant en compte la réalité de notre potentiel scientifique et de notre ancrage socio-économique, nous conseille d’orienter notre candidature vers un Isite

Le jury recommande une requalification de notre projet d’Idex en Isite. Même si nous ne connaissons pas encore les détails de l’évaluation de notre dossier, cette recommandation indique que nous avons des atouts scientifiques thématiques et distinctifs reconnus sur le plan international, mais avec probablement un spectre d’excellence dont la largeur actuelle ne nous permet pas de nous qualifier pour un Idex… Le chemin à parcourir n’est plus très long : l’Université de Lorraine est proche du périmètre d’excellence requis. Forts d’une organisation stabilisée et d’une gouvernance performante, nous bénéficions d’atouts incontestables pour engager l’établissement dans cette dynamique.

Copie de P1320156Le président de l’université se devait de communiquer le résultat de la candidature LUE. Son courriel est d’une facture classique en communication de crise : je commence par la bonne ou la mauvaise nouvelle ? par dire que le projet LUE est pré-sélectionné ou que la demande d’IDEX est déclassée en I/SITE (Initiative-Science-Innovation-Territoires-Économie), une I/SITE étant moins financée qu’une IDEX.

Le projet LUE avait-il une chance d’être retenu comme IDEX ? Ma réponse est « non » ! Non pour des raisons de contenus, mais pour des raisons tenant au contexte politique et institutionnel. Vu le nombre limité d’IDEX (8 à 10 annoncées lors du lancement du Programme Investissements d’Avenir) et vu le succès de l’université de Strasbourg dans la 1ère campagne IDEX, la création d’une seconde IDEX dans la grande région Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne (ALCA) était un pari impossible à gagner.

La question peut alors être posée : pourquoi avoir candidaté à une IDEX, pourquoi ne pas avoir tenté directement d’obtenir une I/SITE ? La communication du président aurait ainsi pu mettre en avant un vrai succès, et non un verre à moitié vide / verre à moitié plein, une issue mi-figue/mi-raisin.

Sauf en Ile-de-france, il n’y a de place que pour une seule IDEX par grande région. Le politique l’emporte sur le scientifique : le jury international doit se plier à ce diktat de la technocratie.

Dans la grande Région ALCA, la situation des universités de Champagne-Ardenne (Reims) et de Troyes est bien pire que celle de l’université de Lorraine. La COMUE regroupant les deux universités ne sera jamais financée pour une IDEX ou pour une I/SITE. Il faut le déplorer : les universités ne jouent plus à armes égales. Il faut le dénoncer : le jury international ne peut être impartial ; son champ de manœuvre est fort restreint dans le contexte politique présent.

Au final, le programme d’investissements d’avenir et le regroupement à marche forcée des universités et des établissements – PIA et COMUE, deux opérations en interaction – aboutissent à un résultat consternant et dramatique pour l’avenir : la mise KO des universités des régions bordant l’Ile-de-France : Champagne-Ardenne (Reims, Troyes), Picardie (Jules Verne), Normandie (Caen, Rouen, Le Havre), Centre (Orléans, Tours), Pays de Loire (Mans le Maine).

3 Commentaires

Classé dans C. Centre Val de Loire, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), C. Pays de Loire

3 réponses à “Lorraine Université d’Excellence

  1. JLouis Pradier

    Et si l’université de Lorraine était tout simplement plus faible que les autres dossiers IDEX retenus? Le dernier classement QS par spécialités fait apparaître une belle absence de l’UL dans ces classements.
    Maintenant, si l’UL peut réussir à se concentrer sur ces spécialités, tant mieux. Les prochaines années risquent de voir une baisse significative des crédits, et vouloir financer toutes les spécialités peut être un piège. Ne pas avoir l’IDEX mais I-site pourrait donc être une chance. Par ailleurs, il faut arrêter de vouloir absolument exister à l’échelle mondiale. Les petites fachhochschules allemandes démontrent leur utilité dans la création d’emploi local. La FH de Reutlingen est classée première mondiale en proximité avec le monde économique par U-multirank…et le taux de chômage de la zone d’emploi est de 1,7%. Que vaut-il mieux : l’utilité au citoyen en terme d’emploi, ou le prestige?

  2. PR23

    Régions bordières de l’IDF:
    Dans votre dernier paragraphe vous évoquez le KO de ces universités bordières résultant du choix du jury.
    Vous citez les Pays de la Loire mais pas la Bretagne; or, il y avait là un projet d’Idex « Bretagne-Loire » qui a été totalement rejeté (ni Idex, ni Isite) Il y avait là un potentiel d’équilibre par rapport à l’IdF. L’excessive ambition du projet au vu du potentiel scientifique , son centrage exclusif sur l’axe autoproclamé Nantes-Rennes et une gouvernance déséquilibrée expliquent sans doute l’échec. Mais il y a probablement dans cette démarche visant à faire émerger un pôle Ouest plus solide, donc une perspective d’équilibrage territorial plus prometteuse. Les dirigeants de l’UBL sauront-ils recevoir le message?

  3. mat51

    « La situation des universités de Champagne-Ardenne (Reims) et de Troyes est bien pire que celle de l’université de Lorraine », dites vous… et pourtant on nous assure que le projet de l’université de Champagne était aussi excellent (le commun des mortels ne l’a pas vu pour en juger mais le message de la présidence est catégorique !). Toutes les universités de la zone bordant l’IDF ne sont pas exactement dans la même situation en matière de recherche (le critère des IDEX et ISITE). Et si L’UL et Montpellier ont été « descendus » en ISITE, et que la Bretagne PdL n’a rien eu, une comparaison du potentiel recherche de ces universités (nombre et classement des labo, implication des EPST, position des universités dans les classements) montre que l’université de Champagne est très loin du compte… trop loin.