Charles IV fonda 3 universités

Invitation au voyage dans le temps et dans l’espace : Charles IV (1316-1378) ; Prague et les constructions que l’empereur du Saint Empire romain germanique a décidé d’y ériger ; l’université qu’il y a fondée en 1348 (il en a créé deux autres, à Genève et à Orange). Dommage que ni les guides touristiques, ni l’université contemporaine (Univerzita Carlova) ne proposent un parcours « enseignement supérieur et recherche ». Sources dans le texte ou en note finale.

Venceslas de Luxembourg est né en Bohême en 1316. Il est le petit-fils de l’empereur Henri VII de Luxembourg. En 1323, son père, Jean 1er dit l’Aveugle, l’éloigne de sa mère, Élisabeth de Bohême, l’envoyant en France à la cour de Charles IV ; il y demeure 7 ans, prenant le prénom du roi français.

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Rentré au pays natal, le désormais Charles devient, après la mort de son père à la bataille de Crécy en 1346 (début de la guerre de Cent ans), comte de Luxembourg (à l’âge de 30 ans) et est couronné roi de Bohême en 1347. En 1346, il avait été élu roi des Romains par cinq des princes électeurs. Il lui faudra attendre 1355 pour être couronné tel à Rome, trois mois avant d’y être couronné empereur. Entre temps, il a été élu roi de Germanie en 1349 (et deux fois couronné, la seconde fois à Aix-la-Chapelle). Un dernier titre : celui de roi d’Arles en 1365. Il meurt le 29 novembre 1378, à l’âge de 62 ans.

Dès son couronnement, Charles IV s’est attelé à réformer le Saint Empire romain germanique, sa gouvernance, ses relations avec la Papauté. Il y parvient, sur certains points, par la Bulle d’or, promulguée en 1356 à Metz. « Sur les trente et une clauses que contient ce « code impérial », quatre seulement ne concernent pas l’élection du roi des Romains : une définition de la Fehde (guerre privée), l’interdiction de créer des ligues urbaines et d’accorder le droit de bourgeoisie à des personnes n’habitant pas en ville, la condamnation des péages illégaux. Tout le reste règle minutieusement la désignation du souverain et le statut des sept princes constituant le corps électoral« . En savoir plus sur la Bulle d’or.

P1320163Au Moyen-Age, la fondation d’une université est également une affaire de bulle, de bulle papale dans une première phase historique, puis de bulle royale ou impériale dans les derniers siècles médiévaux. Charles IV, empereur, fonde trois universités, Prague en 1348, Genève et Orange en 1365. Il ne le fait pas pour s’opposer frontalement au pape, mais pour assurer et conforter l’indépendance de l’Empire, tout en cherchant à rester en bonne intelligence avec la papauté dont les alliances varient au cours de la période (Clément VI, pape en Avignon de 1342 à 1352, a été précepteur de Wenceslas-Charles quand celui-ci était en « pension » à la Cour de France) ). Par ailleurs, la mise en œuvre de la réforme de la gouvernance de l’Empire exige des légistes en plus grand nombre (en droit canon et en droit romain en particulier).

Prague, fondation de l’université en 1348 ; celle-ci est divisée en sections bavaroise, tchèque, saxonne et polonaise aussi appelées nations. Fondation logique de la part d’un roi de Bohême et d’un empereur du Saint-Empire, d’un amoureux des belles-lettres (il écrit vers 1350 sa biographie qui porte sur les 30 premières année de sa vie, source en note finale), des langues (polyglotte, il en maîtrise cinq). En savoir plus sur l’histoire de l’université de Prague (Wikipédia).

P1310452Genève et Orange, fondation en 1365. A cette date, le Comté de Savoie et la Principauté d’Orange se situent aux frontières de l’Empire. Charles IV, en y autorisant une université par bulle impériale, veut que ses vassaux ne cèdent pas à des pressions centrifuges ; la présence d’un enseignement supérieur est gage de privilèges pour les enseignants et les étudiants, est favorable à la prospérité de la cité.

Université de Genève, première fondation en 1365. Source 1. En 1365, à la demande du comte de Savoie Amédée VI, l’empereur Charles IV érige Genève en ville universitaire, où seront enseignés les sept arts libéraux, le droit canon, le droit civil, la théologie et la médecine. Il place maîtres et étudiants sous sa protection, les exemptant de tous impôts, taxes et autres contributions et nomme les comtes de Savoie conservateurs de la nouvelle institution et de ses privilèges. Craignant l’ingérence de ces derniers dans les affaires de la ville, l’évêque fait échouer le projet. L’université impériale est donc mort née. Source 2. Une université est refondée à Genève en 1559 à l’initiative de Jean Calvin.

Université d’Orange, refondation en 1365. Source. Bulle de l’empereur Charles IV, datée d’Avignon, du 6 juin 1365, et donnée en faveur de cette académie. L’empereur, qui était à Avignon et qui regardait Orange comme une dépendance de l’empire, voulut, sur la demande de Raymond des Baux, prince de cette ville, et sur celle des syndics et de la communauté des habitants, réorganiser son université. Il est dit, dans la bulle d’or précitée, qu’ayant résolu de rétablir à Orange, dans son premier éclat, l’étude des belles lettres, qui y florissait peu auparavant, mais qui dans les dernières années avait dépéri par une suite d’événements malheureux, il ordonne, de toute la plénitude de la puissance impériale, qu’il y ait et soit établi à Orange, à perpétuité, une étude pour le droit canonique et civil, pour la médecine, pour la philosophie, pour la logique, pour la grammaire et pour toute autre faculté. Il accorde en même temps aux professeurs qui seront nommés, aux docteurs et aux étudiants, les droits, privilèges et prérogatives des universités fameuses de l’empire, et constitue le prince d’Orange et ses successeurs, conservateurs, protecteurs et défenseurs de ces privilèges.

Note. Cinq autres sources mobilisées dans cette chronique pour aller plus loin dans la connaissance de Charles IV et de son règne. Les incontournables encyclopédies : Wikipédia, Larousse, Atrium les grands noms de l’Histoire.

Le chapitre III, Réforme ou mutation de l’Empire (1254-1519) du livre de Francis Rapp, Le Saint Empire romain germanique, d’Otton le Grand à Charles Quint, Tallandier, 2000, et plus particulièrement les pages 240 à 280.

Vie de Charles IV de Luxembourg, éd. et trad. Pierre MONNET et Jean-Claude SCHMITT, Paris, Les Belles Lettres, 2010, 277 pages, Classiques de l’histoire au Moyen Âge, n°49.  Ci-dessous, le lieux de la Vita de Charles IV.

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