Najat, ne nous quitte pas !

Plus de 3 mois après la démission de Geneviève Fioraso pour cause de maladie, la rumeur enfle : l’ex-secrétaire d’État  serait remplacée dans la semaine qui vient. Pourvu que Non !

Najat, ne nous quitte pas ! (13 novembre 2010, Valérie, ne me quitte pas !). J’ai expliqué, à plusieurs reprises depuis fin février, pourquoi il fallait supprimer le secrétariat d’État à l’enseignement supérieur et à la recherche. Si le Premier Ministre tient absolument à créer un strapontin, qu’il crée donc un Secrétariat d’État à l’enseignement primaire, Najat Vallaud-Belkacem étant confirmée comme Ministre de la recherche, des enseignements supérieur et secondaire.

Copie de P1330764NVB fait le boulot et le fait bien ; de plus, elle subjugue les présidentes et les présidents d’université ! La preuve, son intervention à l’occasion du colloque de la CPU Université 3.0 (Palais universitaire, Strasbourg, 28 mai 2015). Un discours de 19 minutes 39, de sourire en sourire, sans aucune aspérité, un mot gentil pour l’une et un merci pour l’autre.

Personne ne peut être opposé à l’Université 3.0. Le numérique (des contenus, des ordinateurs en réseau, des logiciels de traitement de données, des coûts, des impacts) : il va de soi qu’il va structurer de plus en plus la société.

Université 3.0. 3.0, la Ministre aime beaucoup : « ça sonne bien » ; c’est le rappel du score d’une France victorieuse du Brésil : et 1, et 2, et 3-0 ! Cette référence footballistique n’est pas du meilleur goût, vu les scandales qui affectent ce sport et ses dirigeants. Transformer 3.0 en 3 à 0 est contreproductif quand on veut parvenir, par le numérique, à davantage d’égalité dans l’excellence ; c’est notre politique, de la maternelle à l’université. Que veut donc dire ce nouveau slogan ? L’objectif de l’obtention d’un bac+3 par 50% des jeunes et d’un bac+5 par 25% d’entre eux n’est ni un objectif d’égalité, ni un objectif d’excellence. Va comprendre !

Le numérique, c’est bon pour tout. Y compris « pour briser les déterminismes sociaux » (faire, à ce propos, référence à Pierre Bourdieu et « aux injustices qu’il a dû subir » fait doucement rire). Bon pour faire des innovations pédagogiques. Bon pour l’accès de tous à tous les savoirs. Bon pour permettre le retour à la formation après décrochage ou avant une mobilité. Bon pour permettre le développement de l’alternance. Bon pour les bacheliers professionnels qui se perdent corps et biens en licence universitaire. Le numérique, c’est même excellent pour les regroupements d’établissements : il permet de nombreuses mutualisations des moyens…

NVB croit-elle au numérique ? Pas sûr, mais l’important est que chacun croit qu’elle y croit. J’estime, pour ma part, qu’elle se force à surjouer l’enthousiasme numérique. Au fond, elle est plutôt inquiète : « impact des ressources numériques mobilisées ? Je ne sais pas. Combien d’étudiants concernés ? Quelles innovations pédagogiques réelles ? Il faut avoir en tête l’étudiant réel, et non l’étudiant rêvé ».

Inquiète car elle sait que la multiplication récente des demandes de rapports à des dits-experts révèle une faiblesse politique. Rapports sur la STRANES, sur le devenir des bacheliers professionnels, sur la formation tout au long de la vie dans les universités, sur la Grande École du Numérique.

Inquiète car elle connaît les faibles montants financiers accordés aux universités françaises pour le développement de la formation tout au long de la vie, des projets CréaMOOCs, des innovations pédagogiques fondées sur le numérique (Idéfi-N).

La Ministre adore UHA 4.0 ; elle l’aime à ce point ce projet « décapant » qu’elle a annoncé son soutien dans le cadre de la Grande École du Numérique. J’ai analysé cette innovation pédagogique dès décembre 2014. Elle est révolutionnaire non seulement par sa pédagogie, mais aussi par ses conditions d’études (dont numerus clausus et sélection à l’entrée de la licence professionnelle en 3 ans, frais d’inscription élevés).

Les conseillers de NVB lui ont-ils parlé de ces deux conditions ? Sélection et droits d’inscription : ça devrait buzzer sur les réseau sociaux !

Juillet 2013, photo de Pierre-Alain Muller, vice-président de l’université en charge de l’innovation et responsable d’UHA 4.0. A ses côtés, le blogueur Pierre Dubois.

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2 Commentaires

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2 réponses à “Najat, ne nous quitte pas !

  1. Martinville

    Chronique de la mode : en 2015, la mode est au numérique… on s’habillera numérique, on pensera numérique… les tenues d’été seront numériques. Le tweed devient numérique. Les chapeaux seront aussi numériques…

  2. Samuel BLIMAN

    Le tout numérique: et puis quoi? la pratique oblige à équiper en ordinateurs, à tout va! Bien! mais connait on la durée de vie de ces matériels? Leur obsolescence étant quasiment programmée, on aura le devoir de changer assez fréquemment. Et que fera -t-on de ces matériels « usés »: à la poubelle mais pas ici,en Chine ou en Afrique ou en Inde; ces pays pratiquent le « recyclage » au prix d’une pollution énorme! on jette , on gaspille. l’année au cours de laquelle on débat de l’évolution du climat!