Année réduite à… 20 semaines

Les enseignants-chercheurs n’en finissent pas de subir les évolutions du calendrier universitaire. Pour autant, ce calendrier n’est pas centré sur les intérêts des étudiants (volume et qualité des savoirs transmis, facilitation des apprentissages, progression des taux de réussite en licence).

Comment en est-on venu à une année universitaire réduite à 20 semaines de cours, partagée en deux semestres de 12 semaines (dont deux semaines de contrôle continu au sein de chaque semestre), et prolongée par une session de rattrapage avant les vacances d’été ?

Session de rattrapage. L’arrêté du 1 août 2011, dit arrêté Wauquier, ne l’a pas supprimée. En janvier 2014, l’UNEF, partisane du maintien de cette session, a gagné son recours devant le tribunal de Strasbourg (elle dénonce le chantage des présidents d’université et les appelle à plus de responsabilité pour faire réussir les étudiants). En mai 2015, l’université de Strasbourg n’a pas réussi à faire annuler ce jugement par la Cour administrative d’appel de Nancy : la requête de l’université de Strasbourg est rejetée. Elle versera une somme de 1 000 (mille) euros à l’UNEF et une somme d’un même montant à l’AGE-UNEF au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Rattrapage en droit du 29 juin au 11 juillet 2015 : communiqué de l’Amicale de Droit.

Université de Strasbourg, second semestre 2014-2015 (début des cours le 15 janvier) : mes frustrations dauditeur libre, inscrit en 1ère année de licence. Bilan de 3 cours magistraux, suivis en continu de 9 à 12 heures (3 enseignants différents, chacun faisant une heure de cours). Volume horaire théorique : 12 semaines x 3 cours x 1 heure = 36 heures.

Volume horaire réel ? Il faut d’abord retrancher 6 heures (2 séances pour le contrôle continu intégral) : il reste 30 heures. Il faut ensuite soustraire deux pauses officieuses de près de 10 minutes après le 1er et 2ème cours : au final, restent moins de 27 heures réelles, soit 9 heures de cours par matière d’enseignement. Autant dire que le contenu de chaque cours a été loin de celui annoncé dans le guide des études.

Mais le plus agaçant pour moi furent 1. un calendrier des cours interrompu par deux contrôles continus, par une semaine de vacances en février, par des absences planifiées ou non de tel ou tel enseignant en début ou en cours de semestre. 2. Un savoir limité, débité en petites tranches, mémorisé le temps d’un contrôle continu. C’est ça, les conditions d’études universitaires aujourd’hui ? Et, de plus, la tristesse d’une université désertée dès fin avril par les étudiants qui ont réussi les soit-disant examens. Ils semblent s’en satisfaire : acquérir le plus de crédits ECTS possibles dans le moins de temps possible !

Mais pourquoi les enseignants ont-ils accepté, pourquoi acceptent-ils une telle dégradation des conditions temporelles de l’exercice de leur métier ? Pourquoi, par exemple, les enseignants de l’université d’Angers n’ont-ils pas protesté contre une offre d’emploi publiée récemment, une offre avec un service d’enseignement insupportable et qui signe l’arrêt de mort du métier d’enseignant-chercheur ?

Repères historiques. Le statut des enseignants-chercheurs prévoit, depuis 1983, un service d’enseignement – en présence des étudiants – de 128 heures de cours magistral (ou 192 heures équivalent TD), soit un service de 4 heures de cours magistral par semaine durant 32 semaines (ou 6 heures de TD). Les universités n’ont jamais été capables d’organiser ces 32 semaines de cours (chronique du 20 août 2010, 10 mois de cours : impossible !). La semestrialisation a réduit le nombre de semaines de cours, une période d’examens séparant les deux semestres.

Aujourd’hui, la plupart des universités affichent des calendriers sur 12 ou 13 semaines de cours par semestre : dans les faits, c’est faux, et sans doute pas seulement à Strasbourg ! Par ailleurs, le contrôle continu intégral rompt le rythme des cours. Le maintien de la session de rattrapage, défendue vents et marées par l’UNEF, empêche d’avoir une année universitaire digne de ce nom. Et la valeur de la licence aujourd’hui ?

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7 Commentaires

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7 réponses à “Année réduite à… 20 semaines

  1. zadig

    Et le pire avec les deux sessions d’examen avant la coupure de l’été, c’est qu’on termine comme auparavant les derniers jurys juste avant le 14 juillet mais on commence la pré-rentrée tout début septembre avec des cours commençant la semaine suivante.
    Le tour de force est qu’on a deux semestres plus courts mais une année plus longue ! les mois de juin et septembre autrefois entrecoupés de colloques entre les examens, sont maintenant bouchés.
    Et je ne parle pas de l’utilité des épreuves de rattrapage dont on n’a pas calculé le coût (administratif d’organisation, le coût humain de surveillance et correction) et l’utilité compte tenu du nombre d’ étudiants qui réellement « rattrapent »
    Enfin, le nouveau calendrier (deux sessions avant l’été) qui n’autorise pas de réel réinvestissement des étudiants pour un vrai rattrapage pendant une période de travail suffisamment longue n’améliorera pas leur performance.
    Je n’ai pas bien compris pourquoi il fallait à toutes fins passer à ce nouveau calendrier !

  2. Martinville

    A la douce et lointaine époque de ma jeunesse, on retrait le 15 octobre. Cela n’a pas donné de si mauvais résultats… Cette année, ce sera le 2 septembre. La profession a laissé rogner ses droits acquis sans protester. On était tous de gauche, adeptes de la pédagogie, du bien des étudiants, et autres balivernes… et on s’est soumis au patron (de gauche comme de droite). La soumission des universitaires est extraordinaire… on regrette de ne pas être agents de la SNCF !!!

  3. FUBAR

    Il faut venir à Paris 8: douze semaines de cours en contrôle continu, mais chaque séance de cours dure 3 heures et on a le temps d’approfondir. Comme toutes les choses intéressantes ça ne durera pas, au motif qu’on ne fait pas comme ça ailleurs… Mais pour l’instant c’est comme ça que ça marche.

  4. LM

    A Paris 8 ?
    Ca n’a pas duré. 12 semaines de contrôle continu, c’est déjà le résultat d’une lente érosion de la durée de l’année universitaire. Quand j’y ai commencé ma première licence en 2002, nous étions à 14 semaines, et un peu avant à 15.
    Et quand on soustrait la semaine de « préparation des examens » et la dernière séance de partiel (le contrôle continu n’est pas réellement généralisé, loin s’en faut), on aboutit en effet pour plusieurs formations à 10 semaines de cours – plus de 300h de cours en moins pour un étudiant sur la durée d’une licence !
    Et ça dans l’hypothèse où l’enseignant n’a pas une réunion ou un colloque qui tombe en même temps (c’est toujours le cours qui saute…) ou une absence imprévue…

    Voir mon billet sur la réforme du calendrier universitaire à Paris 8 entre 2012 et 2014 ici :
    https://paris8enquestion.wordpress.com/2014/03/11/entre-2012-et-2015-300h-de-cours-en-moins/

  5. Ah ah ! vous aussi vous avez été étudiant à la fin de votre carrière. Et vous avez découvert ! Ne saviez-vous pas ?

    Et quel gâchis ! quel est le % d’utilisation des infrastructures universitaires ? Chut ! Nos universitaires trois points zéro rêvent des Youesses. Avez-vous vu les campus vides aux Youesses ? et les chambres de Cités U sont pour deux. D’où la recherche de roomates. C’est qu’ils manquent de place sans doute, pas comme chez nous.
    Au Royaume Uni, les Cités U sont louées aux touristes pendant les périodes sans enseignement (j’ai vu ça à York).

    Mais la France est un pays riche. Ben couillon !

    Et les cours à trois étudiants inscrits ! j’ai connu comme étudiant retraité de l’U. Le prof était désolé parce que je ne passais pas les examens, je préférais profiter du soleil et du vélo. Il m’est arrivé d’être le seul étudiant présent lors des cours (excellents). A noter que le prof venait chaque semaine d’un pays éloigné, et alignait les heures de cours dans la journée. A noter aussi que les étudiants aimaient bien : beaucoup n’avaient pas de chambre dans la ville. Economie. Et ce jour là, ils n’avaient même pas le temps de déjeuner. Economie.

    Vous voulez que les enseignants réagissent ? *J’ai constaté que, quand on est prof, on fait tout pour ne plus enseigner. De toutes façons, la clientèle est assurée. La planche à diplôme marche du tonnerre de dieu.

    Et puis, au diable le latin ! c’est contraignant le latin.
    semestris, de : sex, six, et de : menstrues plur. de mensis, mois), est un ensemble de six mois consécutifs.

    et vive la laïcité ! au diable le pape et son calendrier divisé en deux semestres :de janvier à juin, de juillet à décembre

    P.S.

    J’ai travaillé pendant plusieurs années avec un collègue québécois. Il venait en France pendant un semestre (un vrai !) une année sur trois. En effet, les enseignants de son département s’entendaient (ben oui ! ) pour savoir qui prendrait le semestre d’été. Le campus vivait été comme hiver.
    J’ai connu un autre département où il y avait discussion collective pour prendre en compte le fait qu’untel allait préparer un nouvel enseignement et qu’en contre-partie il aurait l’année suivante du temps pour la recherche. Jamais vu cela chez nous.

    * lisez le dernier M.H.bien renseigné

  6. Samuel BLIMAN

    Quelqu’un oserait il interroger les « technocrates » qui « pissent » des réglements en tout genre savoir si les écoles de la république (hors universités) sont soumises à ces diktats?
    J’ai selement souvenir que dans la nuit des temps, en 1948-49 le premier papier arrivé sur mon bureau , en ENSI, me signifiait que l’année comportait 32 semaines d’enseignement (de 5 jours) , que les D.S. se déroulaient le samedi matin, les contrôles terminaux aprés ces 32 semaines de cours et enfin aprés les jurys, les étudiants en situation avaient connaissance des épreuves de rattrapage à « subir » en septembre( avant la rentrée)
    Apparemment , personne ne devenait idot et/ou épuisé à tomber!!
    Les considérations budgétaires ne constituaient pas argument maitre !

  7. Olivier

    Les universitaires ne se sont pas soumis. La seule chose à laquelle ils aient jamais accordé de l’importance est leur situation personnelle. Tant qu’aucune contrainte ne leur était imposée sur le temps de présence dans la fac, sur le rattachement au labo de leur choix ou sur la possibilité de cachetonner substantiellement ailleurs, le reste était sans importance.
    10 semaines, 12 semaines, le rattrapage en juin ou en septembre, la place du contrôle continu, c’est simplement de quoi occuper quelques discussions de couloir pour les plus impliqués, les autres voyant juste cela comme une modification des contraintes d’emploi du temps. En pratique, le QCM se généralise, on se retrouve avec des épreuves de rattrapage d’une heure, des contrôles continus de 5 minutes (je ne plaisante pas) et ce genre de choses. De toute façon, il n’y a absolument aucun suivi et aucune statistiques sur les formes d’examens, le contenu, la durée etc…
    Cela permet à côté de cela au ministère et à l’UNEF de continuer à brasser leur raison d’être en permanence, enchainant réforme inutile sur combat d’arrière garde.