Il faut fermer la filière AES !

Suite de la chronique Propositions de l’ARES (FAGE) et de l’enquête sur la licence AES réalisée par l’ARES en 2014. Fort belle initiative de cette Fédération, mais dommage que le nombre d’étudiants répondants ne soit pas indiqué et que l’enquête ait été effectuée au mois de mars, ne pouvant donc prendre ne compte les étudiants de L1 qui ont abandonné au cours du ou après les résultats du 1er semestre. Les résultats : ils ne sont globalement pas flatteurs pour la filière.

Après la discussion de la semaine dernière avec Erwann Tison, président de l’ARES, j’ai eu envie d’aller plus loin.

Ma conclusion. Il faut avoir le courage politique de fermer la filière AES (administration économique et sociale) ! Il aurait fallu le faire dès la création des licences professionnelles en 1999 et a fortiori en 2002, quand a été créée l’architecture en 3 cycles (licence-master-doctorat). Hélas, le courage politique n’est pas ce qui étouffe nos gouvernants et une partie des militants étudiants. Geneviève Fioraso nous fait encore rigoler quand elle affirme avoir simplifié l’offre de formation en licence, en en réformant la nomenclature (73 licences AES répertoriées par Admission Post Bac, licences organisées dans 49 établissements). Thierry Mandon, je parie que vous n’aurez pas non plus ce courage !

Pour se persuader de la nécessité de la fermeture de l’AES, filière devenue obsolète dans l’offre de formation d’aujourd’hui, il faut d’abord analyser attentivement neuf tableaux statistiques (source Repères et Références statistiques, RERS 2014). Courage ! Effectifs (39.000 en 2013-2014), néo-entrants en 1ère année de licence (9.900 à la rentrée 2014), obtention de la L1 et devenir après la L1 (l’AES a, parmi toutes les filières, le plus mauvais taux de poursuite d’études après l’année de L1), diplômes délivrés (8.840 licences et seulement 1.626 masters en 2012). Cette filière demeure attractive pour les néo-bacheliers mais elle conduit au massacre les bacheliers technologiques et professionnels qui sont nombreux, de plus en plus nombreux à la choisir. Un exemple : réussite des néo-bacheliers en 1ère année de licence AES, à Strasbourg, en 2012-2013. Une statistique nationale sur la réussite en L1 (tableau ci-dessous).

Devenir un an aprèsEt pourtant tout avait bien commencé. Après la loi Faure de 1968, l’occasion fut donnée aux universités, en 1974, d’obtenir l’habilitation pour deux nouveaux diplômes (AES et LEA, Langues étrangères appliquées), diplômes pluridisciplinaires (en AES : droit, économie, gestion…), diplômes visant la professionnalisation (après le DEUG AES, spécialisation en licence grâce à trois parcours identifiés nationalement ; stage obligatoire en maîtrise).

Mais le ver était déjà dans le fruit : pas de sélection à l’entrée du DEUG AES, alors que les IUT et les STS avaient le droit de pratiquer cette sélection pour des diplômes en deux ans, aux contenus proches et donc concurrents du DEUG (ils le sont encore aujourd’hui : les DUT dans Admission Post-Bac).

J’ai enseigné en AES à Lille III entre 1980 et 1988, en 1ère année et en maîtrise : une centaine d’étudiants en 1ère année de DEUG, une trentaine d’étudiants en maîtrise ; de bons étudiants (j’en connais deux qui sont aujourd’hui professeurs des universités, l’un ayant réussi l’agrégation de gestion). Aucun problème pour trouver une trentaine de stages chaque année. Dans cette université, un service des stages fut créé en 1981 et j’en fus le premier directeur.

Un nouveau défi s’est présenté à moitié de cette période : faire progresser l’accès à l’enseignement supérieur, y faire accéder les enfants des classes populaires par le développement d’un enseignement supérieur de proximité. Les effectifs augmentant en AES, l’enseignement pouvait être délocalisé dans une antenne sise dans une ville moyenne. Ce fut fait et cette filière fut une des bases des deux universités nouvelles de la région (Artois et Littoral) au début des années 90.

J’ai encore enseigné en maîtrise AES à Nanterre Paris X entre 1988 et 1993 : une centaine d’étudiants. Je n’ai pas souvenir d’avoir encadré des stages (certains des diplômés de maîtrise entrant par la suite en DESS). A Nanterre, les enseignants, nommés en AES, n’avaient de cesse que de rejoindre leur filière disciplinaire, tant la réputation de l’AES était devenue mauvaise.

Stratégies des universités : à la recherche des cas de contingentement à l’entrée de la licence. Pourquoi de plus en plus d’universités affichent un nombre de place limitées en 1ère année d’AES ? Comment est alors opérée la sélection ? Deux chroniques à suivre sur les 73 licences AES répertoriées par Admission Post Bac : la licence AES dans 9 universités de province, la licence AES dans 8 universités franciliennes.

9 Commentaires

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9 réponses à “Il faut fermer la filière AES !

  1. Sirius

    Oui, la filière AES doit être supprimée. Elle est le résultat d’une création technocratique de gens ignorant tout de « l’administration », autrement dit de la gestion des entreprises ou des organismes publics. L’interdisciplinarité en soi conduit à l’échec, car elle ne prend son sens que par rapport à une formation professionnelle structurée qui en l’occurrence manque totalement.
    Pour former un médecin il faut de la chimie, de la biologie, de la psychologie, etc. Mais ce mélange ne forme un médecin que s’il y a une discipline de l’action, la médecine, qui donne du sens à ces apports.
    De même pour former un gestionnaire, il faut de l’économie, de la sociologie, des statistiques, du droit. Mais tout cela n’a de sens qu’au service d’une discipline de paction, la gestion, qui donne du sens à ces contributions.
    A ce vice de conception s’ajoute une dérive qualitative due au fait que les enseignants de droit, éco, gestion fuient les enseignement en AES, ou les traitent comme des punitions.
    Résultat l’AES est une tromperie pour les étudiants et une honte de l’université française.
    AES delenda est.

  2. Université publique

    Enfin une belle analyse circonstanciée ! où l’on apprend que les résultats des étudiant-e-s d’AES ne seraient pas à la hauteur … mais de quoi en fait ? que sait-on en réalité de leur avenir pro ? que sait-on surtout de ce qu’ils apprennent sur le monde social en suivant ces études ?? Combien de fois fera-t-on le constat que les étudiant-e-s les moins doté-e-s – ce qui est souvent le cas en AES – s’en sortent le moins bien ? et qu’il faut donc en finir avec leurs études supérieures…renvoyons les à du plus raisonnable ! une bonne usine un bon taf de bureau bien répétitif ça ira bien comme ça! Jusqu’où ira cette logique réac ? C’est vrai les moins dotés s’en sortent (professionnellement peut-être et encore faut-il le prouver!) moins bien…allez soyons courageux politiquement ! Interdisons le collège unique ! quelle hypocrisie et surtout rétablissions le travail à 11 ans pour les moins dotés ça ira bien comme ça ! quant à s’appuyer sur une Fédération autoproclamée « représentative » pour avancer de telles propositions extrêmes c’est juste lamentable !
    C’est marrant, jamais il n’est question de donner de meilleures conditions de travail ou d’encadrement …jamais ! mais vous n’y pensez pas ! ce serait donner de la confiture aux cochons… O temporis… (oui il faut toujours finir par une citation latine quand on veut faire de la violence symbolique … évidemment nous eussions préféré du grec mais de fâcheux incultes se sentent autorisés à prononcer la mort – universitaire et intellectuelle des autres…

  3. @Université Publique. Vous êtes un chercheur CNRS de 41 ans, passé par le lycée Henri IV et, après votre doctorat, vous avez galéré. Vous osez prendre comme pseudo « université Publique » : de quel droit ? Vous n’avez jamais rencontré dans votre vie un seul étudiant en AES, Alors, svp, ne parlez pas à la place de la fédération qui représente ces étudiants ! Injuriez-vous vous-même pour votre petitesse !

    • Université publique

      Merci de ne pas dire n’importe quoi ! j’ai enseigné en AES pendant un an comme ATER à temps plein à Clermont Ferrand et cette année à Paris 1 en L1…quant à l’université publique j’y ai fait l’essentiel de mes études et n’ai jamais enseigné ailleurs en un mot j’y tiens! si toutes vos informations sont aussi précises et complètes pour produire vos « analyses » c’est certain qu’on va aller bien vite en besogne…par contre sur le fond du problème, rien à dire !? juste une petite attaque ad hominem et ça tiendra lieu de réflexion….

  4. Serge

    Et bien, et bien… à lire tout cela que vais-je dire maintenant à mon gamin de 17 ans, auquel j’ai conseillé de « jeter une oeil » à l’AES après son bac ?
    « Mon fils, AES c’est génial à faire car tu auras une probabilité phénoménale d’échouer et même si tu réussissais le cursus AES jusqu’au Master, dans 10 ans plus personne en entreprise ne voudra le reconnaître car sûrement disparu entre temps… »
    Déjà que la vindicte (le terme est choisi) de ses « amis » bacheliers ES/S est omniprésente pour lui et ses co-bachelier technologique STMG, dixit  » Le Bac au rabais disent-ils tous, y compris les prof ../.. Oui papa, je sais, j’aurais pu choisir S ou ES pour la suite de mes études. Mais purée moi je m’y sens super bien en STMG, la gestion c’est comme en entreprise et c’est ça que je veux. Et puis chez les S, « les Scientifiques », y en a pas un qui veut faire des études en sciences, les vrais sciences, physique, chimie, math, hein, pas la gestion ou l’éco ». Bref, direction BTS ou DUT…avec la concurrence des ES et des S !
    Au sujet d’AES, j’ai personnellement enseigné en L3 AES et j’appréciais beaucoup ces étudiants car ils m’écoutaient stylo en main (contrairement, sorry, aux étudiants des Grandes Ecoles, facebook en visu). J’ai ensuite eu le plaisir (vrai) d’en revoir beaucoup en Master CCA ; ces étudiants étaient souvent dans le trio de tête et sont depuis dans le cursus de l’expertise comptable.
    Quel dommage que les enseignants du supérieur (les universitaires) « fuient » l’AES et voient ces enseignements comme une punition, vraiment quel dommage…

  5. Martinville

    Comme dans la déclinaison latine, les sciences sociales à l’Université ont besoin d’un « cas poubelle »… C’est le résultat de l’Université pour tous. Alors, faut-il supprimer AES ? Que faire des étudiants ? Si la filière AES n’est pas pertinente, quid des filières de gestion et d’économie ? Ne faudrait-il pas revoir toutes ces formations économiques et sociales ?

  6. François Sarran

    Soyons courageux jusqu’au bout, Pierre: pour à peu près les mêmes raisons et sur les mêmes arguments statistiques, pourquoi ne pas envisager la suppression de psycho et socio en premier cycle?

  7. Oui, c’est l’ensemble du cycle Licence qui doit être repensé, en particulier pour la filière Droit, Économie et Gestion (filière à laquelle a été rattachée l’AES). Il faut mettre sur la table les BTS, les DUT et les licences de cet ensemble ; il y a actuellement des doublons ; il faut simplifier l’offre.

    @François Sarran. Je suis également partisan de supprimer la licence de sociologie, dans la plupart des universités. Enseignement en 2ème année licence de sociologie mes neuf dernières années actives (1999-2008). 90 étudiants : 1/3 voulait être professeur des écoles ; 1/3 voulait travailler dans le social ; 1/3 n’avait pas de projet professionnel. Évitons le gaspillage d’argent et d’énergie.

  8. Martinville

    Certes, avec le chômage et la grave crise de la formation (notamment professionnelle) en France, la question de la place filières généralistes ou littéraires est posée. Et comme toute question, elle sera – hélas – réglée dans l’urgence ou dans l’opacité des cercles initiés technocratiques (ou repoussée aux calendes grecques…). Mais attention à ne pas sombrer dans l’utilitarisme : nous avons besoin d’excellence, même en sociologie ou en psychologie (autres filières « poubelle », mais en fac de lettres, du fait de la sélection insidieuse). L’interdiction de la sélection (et le bac pour tous) empêche de faire deux filières à l’Université : une pour les cadres (la fac et le master) et une pour les techniciens supérieurs (en 3 ans).