Quel enseignant pour la licence ?

Le débat sur l’enseignant de 1er cycle du supérieur est relancé : doit-il être un enseignant-chercheur ? Deux libres opinions sur la question.

Recherche et enseignement, frères ennemis, in Libération du 29 juin 2015. Deux étudiants de sciences Po Toulouse n’y vont pas avec le dos de la cuiller : « il est urgent de revoir le statut des enseignants-chercheurs. La licence doit assumer d’être le prolongement du lycée en donnant les bases de la discipline choisie, avec des enseignants et des méthodes proches du secondaire » [et donc avec des enseignants à temps plein, libérés de l’obligation de faire de la recherche].

P1350880Une question clé auxquels les deux apprentis politologues ne répondent pas : cet enseignement de licence refondé doit-il prendre place dans les lycées, dans les universités ou dans des établissements nouveaux, distincts des lycées et des universités et dédiés au seul 1er cycle ?

Séparer enseignement et la recherche, une vois sans issue, in Libération du 20 juillet 2015, libre opinion signée par sept maitres de conférences, chargés de recherche au CNRS, post-doctorant ou ingénieur. Ils sont hostiles à la proposition des deux toulousains : ne pas séparer la recherche et l’enseignement. Mesures concrètes envisagées : des bonnes paroles répétées depuis des décennies.

P1350881Il faut renforcer, et non détruire, les liens entre recherche et enseignement, ce qui suppose de mettre fin aux multiples dispositifs bureaucratiques d’évaluation et de mise en concurrence qui sabotent le travail des enseignants-chercheurs. Pour revaloriser l’enseignement, certaines mesures concrètes peuvent être mises en débat. Les modalités de recrutement et d’avancement pourraient être revues pour valoriser cet aspect de notre travail, en demandant aux candidats et candidates de donner un cours devant les étudiants, comme ça se fait dans d’autres pays. L’ensemble des acteurs de la recherche, y compris ceux du CNRS, qui n’ont pas pour vocation première d’enseigner, pourrait être engagé de façon plus systématique au sein de l’université, selon des modalités à définir collectivement, ce qui pourrait permettre d’alléger les charges de tous les enseignants-chercheurs. Enfin, il faudrait mettre en question la centralité des cours magistraux en amphithéâtre, et multiplier les cours et les séminaires en plus petits groupes.

Les lectrices et lecteurs du blog l’ont déjà deviné : je ne partage pas les propositions de ces deux libres opinions. Je souhaite 1. un corps professoral unique en 1er cycle d’enseignement supérieur : des agrégés recrutés par concours national et exerçant à temps plein. 2. Un concours national qui vérifie que les candidats connaissent les avancées les plus récentes de la recherche dans leur discipline et qu’ils sont capables de mener des enseignements selon une pédagogie de projet (comme dans la recherche). 3. Ces agrégés enseigneraient dans des nouveaux établissements dédiés au seul premier cycle.

Pour progresser dans le débat, il me paraît indispensable d’exiger des universités de produire en urgence des indicateurs plus affinés sur les enseignants de 1er cycle (licence, DUT, licence professionnelle) : nombre de personnes et nombre d’heures réalisées par des professeurs, des maitres de conférences, des PRAG et PRCE, des professeurs associés, des ATER, des post-doctorants, des doctorants avec un contrat d’enseignement, des vacataires (à temps réduit ou à temps plein, en CDD ou en CDI). Indicateurs à comparer avec les indicateurs identiques en master. Un travail pour les services d’aides au pilotage, dans le cadre du bilan social annuel.

44 Commentaires

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44 réponses à “Quel enseignant pour la licence ?

  1. FUBAR

    J’ai du mal à comprendre le point 2. Si les agrégés du supérieur n’ont pas vocation à faire de la recherche, pourquoi leur demander d’être au courant des dernières avancées dans leur discipline? Sans compter que ça me paraît bien ambitieux… dans TOUS les champs de leur discipline?? Bref cette proposition me semble un peu contradictoire avec le statut et les mission de ces agrégés.

  2. Feschet Fabien

    J’aime bien lire votre blog mais secondariser la licence n’est pas une forme de progrès mais une forme de déni pure et simple des raisons qui conduisent à l’échec en licence (le vrai c’est-à-dire des étudiants qu’on a vu un jour sur un banc d’un cours !)… La pédagogie a évidemment un rôle à jouer mais si cela se résumait à de la pédagogie, ça se saurait. Avez-vous jamais posé un sujet de bac en L1 en contrôle continu pour voir ce qu’il reste de leur formation antérieure ? Faites-le et après on en discute… Au passage, je suis PU et faire cours en master est effectivement beaucoup plus gratifiant qu’en licence sur un plan intellectuel de la connaissance mais beaucoup moins sur le plan humain car voir s’ouvrir un étudiant pendant ses années de licence, c’est au fond le vrai sens de notre double casquette enseignant-chercheur… Et puis, tous les ans, j’ai des étudiants qui critiquent les cours dans les enquêtes, seul soucis, ils n’ont jamais été présent… Alors, la création de ces lycées + ne peut pas représenter pour moi une évolution positive, seulement un déni des nuits blanches que nous passons pour faire correctement notre boulot, notre double casquette, souvent au détriment de notre vie personnelle et familiale…

  3. J.

    C’est un peu en marge du sujet mais tout de même..
    Pourquoi ne parlez vous jamais des élections universitaires, vous savez de ces élections (aux postes de MCF notamment) où on demande des dossiers de publication qui font des kilomètres mais, où au final, on prend le petit copain…, la petite copine parce que il ou elle a un bon réseau (sans avoir forcément le meilleur dossier). Le lien avec votre sujet ? Dans ces élections truquées – et de plus en plus souvent scandaleusement truquées – où se place la compétence réelle des recruté(e)s ?
    Ma remarque rejoint le texte des deux étudiants de Toulouse qui ne demandent pas directement la séparation des fonctions mais montrent bien comment le système dysfonctionne, comment la note de bas de page sert à passer la « brosse à reluire », à forger le réseau en lieu et place d’une analyse vraiment scientifique. J’ai lu beaucoup de commentaires de collègues universitaires scandalisés par la remarque des étudiants. Mais il faudrait quand même savoir balayer devant sa porte. Les pratiques universitaires françaises (je ne porte pas de jugement sur les étrangers faute de connaître aussi bien) sont parfois bien douteuses. Elles ne sont souvent scientifiques qu’en surface ce qui n’échappe pas aux étudiants les plus doués qui ne se font pas avoir par la rhétorique universitaire.

  4. theobroma

    @J. Vous ne devez pas connaître beaucoup le sujet pour parler d’élections universitaires alors que vous voulez parler de concours de recrutement. Les élections universitaires existent, mais c’est autre chose. Sur le fond, il y a sûrement des recrutements douteux dans l’université française (comme partout, y compris dans les boîtes privées), mais quand je regarde autour de moi, j’ai tendance à penser que le système s’est beaucoup assaini. Avec la pression sur les postes, les comités de sélection font un travail difficile et le plus souvent juste, et pour tous les cas que je connais, c’est le meilleur dossier qui a été sélectionné, souvent des gens sans aucun lien avec aucun des membres du comité de sélection. Tout ça pour dire qu’il y a beaucoup de fantasmes sur les recrutements universitaires, mais la réalité n’est pas aussi noire qu’on voudrait le croire, en tout cas dans les disciplines que je connais. Aucun système de recrutement n’est parfait (et personnellement je préférerais un concours national de recrutement), mais la réalité est plus complexe que ce que vous décrivez.

  5. theobroma

    Une remarque complémentaire : quand je dis « souvent des gens sans aucun lien avec aucun des membres du comité de sélection », il faut bien voir que le monde académique est un petit monde : dans un domaine très spécialisé, on finit toujours par faire partie d’un réseau de spécialistes. La spécialisation de la recherche au XXe siècle à conduit à un système où, nécessairement, un chercheur évalue régulièrement des gens qu’il connaît (soit personnellement, soit de nom, soit par collègue interposé), que ce soit pour la publication d’articles, les recrutements, les financements. C’est vrai en France et à l’international. Pour éviter les conflits d’intérêts, il y a des règles (personnelles et collectives). Leur efficacité ne peut être parfaite, comme dans toute organisation collective humaine, mais elles existent, et leur application permet à de rares exceptions près d’éviter les dérives.

  6. Martinville

    Au mois l’analyse a le mérite, sans le dire, de constater le nullité du bac et la secondarisation de l’Université de masse, devenue un lycée supérieur… résultat de 25 années de démagogie. Je remercie particulièrement notre classe politique pour avoir mis en œuvre le déclassement de l’université française… avec le complicité de bien des nôtres, adeptes de la fac pour tous…

    • Ghi

      Rien à ajouter : tout est dit. Il est ridicule de vouloir fonder de nouveaux instituts visant à enseigner à des licence pour prolonger le lycée, en les découplant d’instituts supérieurs réservé ensuite aux master.
      Le lycée est en crise profonde, on n’y enseigne rien de consistant et on veut transférer l’enseignement de lycée à l’université en dévalorisant l’activité universitaire (il faut quand même bien dire que dans certaines fac on parle de (voire on a déjà) mettre en place des cours de dictée et QCM d’orthographe au début de la première année.
      Au lieu de faire n’importe quoi au lycée, réformons-le solidement, revalorisons les carrières des enseignant.e.s en ne leur donnant pas d’injonction à sur-noter pour éviter les coûts induits du redoublement.

  7. Cédric

    L’analyse de ces deux étudiants est bien évidemment caricaturale et extrêmement biaisée, mais j’ai du mal à être d’accord avec les collègues sur le lien recherche/enseignement des la première année. Cela dépend peut-être des disciplines (je suis en physique, section 37). Par exemple, j’enseigne l’optique géométrique en L1 depuis que je suis MCF (2006). Je dois avouer que j’ai un peu de mal à comprendre l’intérêt de demander à un MCF d’enseigner de telle matière. Un agrégé le ferait aussi bien que moi (mais il n’a pas vocation à connaître les derniers résultats de recherche, cette proposition me paraît irréalisable). Il faut regarder aussi ce qu’il se fait à l’extérieur, notamment dans les pays anglo-saxons. En Amérique du Nord, les MCF/PR enseignent uniquement dans les disciplines reliées à leur thématique de recherche. Ils sont effarés et surpris lorsque je leur dit que j’enseigne de l’optique géométrique.

    De mon côté, je milite pour cela mais (et je pense que c’est le nerf de la guerre) aussi pour une réduction des heures statutaires. 150heqTD max devrait être la règle. Cela permettra de dégager du temps pour, notamment, mieux préparer ses cours.

    Recrutement: rien n’interdit aujourd’hui de demander à un candidat de faire un cours devant des étudiants. Il est tout à fait envisageable de le faire. Le souci est le manque de temps et d’organisation. C’est aussi à nous de faire changer les choses sur le recrutement mais cela signifie de faire une pré-sélection bien plus forte qu’aujourd’hui (4-5 candidats max) et de les prévenir qu’il faudra venir sur 2 jours au moins. C’est cela qui complique la mise en place d’une telle mesure.

  8. Vatin, François

    Il est plus que temps de bien comprendre la nature du problème. L’université publique à régime LMD (donc hors médecine, IUT, IEP et autres « grands établissements ») ne constitue qu’une fraction de plus en plus restreinte de l’enseignement supérieur français. Sa population y est sélectionnée négativement (tout simplement parce que les autres formations sélectionnent positivement). La plus grande partie de la population qui entre en licence universitaire n’a ni les capacités, ni même le désir d’effectuer des études « universitaires », c’est à dire adossées à la recherche. Le quiproquo est donc total entre enseignants et enseignés, ce qui provoque souffrance de part et d’autre. Il est insupportable en revanche de s’entendre dire que c’est par incapacité pédagogique que les universitaires ne parviendraient pas à diplômer des étudiants incapables de rédiger une page en français et qui pour beaucoup ne se présentent même pas aux examens.

    Pour des raisons diverses, les pouvoirs publics (pour faire baisser le chômage apparent des jeunes), la direction des universités (pour revendiquer des moyens financiers) et les universitaires eux-mêmes (car cela conduisait à la création de postes pour leurs poulains) ont laissé se mettre en place ce système absurde. Mais il atteint ses limites et c’est ce que le ministre nous fait comprendre. On attend des « universités » qu’elles forment en masse dans une orientation professionnalisante la population de bacheliers la moins bien préparée aux études supérieures. Une telle mission ne relève assurément pas du travail d’enseignants-chercheurs. Un changement radical du statut des enseignants des universités publiques françaises ne manquera donc pas d’advenir. On ne peut continuer à défendre à la fois l’absence de sélection à l’entrée des universités (y compris du cycle de master), comme le font la plupart des collègues, et refuser un tel changement des statuts du corps enseignant. Le corps universitaire ne peut reprocher aux pouvoirs publics de ne pas prendre en considération la nature réelle du problème, alors qu’il n’a lui-même cessé de le nier. Les universités et les universitaires sont pris à leur propre piège et la vérité de la situation va donc se faire jour avec violence.

    Reste à savoir comment se reconstituera en France un authentique enseignement universitaire, lequel est indispensable à la formation culturelle et scientifique d’un pays moderne. Autant que l’on peut en juger à ce qui se joue aujourd’hui, celui-ci sera vraisemblablement hautement sélectif et plus ou moins privé. Le refus, au nom du principe d’ouverture démocratique de l’université, de toute forme de sélection à l’entrée aura produit l’effet exactement inverse de celui désiré. C’est ce que l’on appelle une « ruse de l’histoire ».

    Pour vous convaincre du bien fondé de ce que j’avance ici, je vous invite à lire mes deux articles à base statistique publié dans Commentaire en 2012 et 2014, dont Pierre Dubois s’est fait l’écho.

  9. FUBAR

    @François Vatin: Je ne suis pas certaine du tout que la majorité des EC soit aujourd’hui opposée à la sélection à l’université, je crois même que nous sommes majoritaires. Par ailleurs, si votre analyse me semble tout à fait juste (on va arriver à une privatisation de l’enseignement universitaire, les nouveaux établissements devenant hautement sélectifs), je ne pense pas que ce soit un effet fortuit, qui n’avait été anticipé par personne. Je pense que cette privatisation est dans les tuyaux depuis très longtemps, à droite comme à gauche. Le moment venu, tout le monde montrera du doigt les sociaux traitres qui s’inscriront dans le privé (forcément parce qu’ils refusent en bloc la mixité sociale, la démocratie, l’égalité) en poussant des cris d’orfraie. La seule question n’est pas va-t-on y arriver? mais quand? 5 ans? 10 ans?

    • Vatin, François

      Chère collègue,

      En 1986 déjà, j’étais favorable à la loi Devaquet. Mes collègues s’y opposaient alors en soutenant que cela allait « secondariser le Deug » (sic !). Personne n’a voulu voir la montée des périls.

      Quand, avec quelques uns, j’ai lancé en 2009 le mouvement pour la « refondation de l’université française », la plupart de mes amis voulaient, par tactique, que nous proscrivions de notre discours le mot « sélection ». Je suis d’accord avec vous, les choses ont bougé depuis. Mais, je pense, pour de mauvaises raisons : les équipes dirigeantes des universités ont compris que leur budget ne continuerait pas à croître au prorata du nombre d’inscrits. Je crains par ailleurs qu’il soit trop tard pour inverser la tendance. Nous avons essayé de convaincre la gauche dans la perspective des élections présidentielles de 2012. Nombre de dirigeants socialistes s’étaient montré en apparence réceptifs à l’argumentaire. Mais le gouvernement élu a suivi exactement la ligne contraire.

      Je pense que les choses vont maintenant se clarifier assez vite. Mais, outre que la démocratie universitaire y aura beaucoup perdu, ce que l’on ne dit pas non plus, c’est que cette transition vers la privatisation de l’université française se sera effectuée avec un coût scientifique et culturel considérable. La France finance aujourd’hui une armée d’enseignants-chercheurs public et ceux-ci ne sont pas chargés de former la fraction de la jeunesse qui serait en état de recevoir ses enseignements. Le gâchis est général.

  10. Quel enseignant pour la licence ? Dommage que les commentateurs de la chronique n’imaginent pas possible une situation vraiment autre que celle actuelle : des enseignants-chercheurs (évidement mieux payés) pour enseigner en 1er cycle et tous les problèmes seront résolus (dont celui du décrochage et de l’échec ?).

    Le débat pourrait se poursuivre sous condition d’avoir des données statistiques : qui enseigne en 1er cycle ? Je fais l’hypothèse que les enseignants-chercheurs (MCF ou PR) sont d’ores et déjà minoritaires en licence. Cela donne une opportunité pour repenser un corps professionnel pour ce 1er cycle.

    Précision. L’Institut d’enseignement supérieur (IES) n’est pas un lycée ; mais il s’appuie sur les points forts des classes supérieures de ce lycée (CPGE et BTS). Bien sûr, ces classes supérieures disparaîtraient du lycée et serait intégrées dans les IES.

    Quant à l’agrégé,je fais seulement référence à l’agrégé qui enseigne dans ces classes supérieures.

    • Vatin, François

      Cher Pierre,

      Je crains malheureusement que ton éloignement de l’université te conduise à ne pas percevoir le degré de dégradation de la situation depuis l’époque où nous étions ensemble à Nanterre. On ne luttera pas contre l’échec avec des enseignants-chercheurs mieux payés quand il s’agit d’accueillir une population qui n’a ni les capacités, ni le désir de faire des études universitaires.

      Je suis favorable à tes « collèges à la française » (ce qui nous ramène à la loi Devaquet citée dans ma réponse précédente) avec du personnel mieux payé (des agrégés avec une prime). Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Sous le même intitulé peut-être, il faudrait deux institutions séparées : la première (extension des actuelles classes prépa) serait une nouvelle propédeutique pour l’université ou ce qui la remplacera; la seconde (extension des BTS) serait consacrée à la formation professionnelle de niveau L3 souhaitée par le gouvernement (les 50 % à la licence). En prenant pour référence les classes prépa et les BTS, tu vois que j’imagine que de telles formations peuvent très bien fonctionner, comme elles fonctionnent aujourd’hui, sans « enseignants-chercheurs ».

      Reste à savoir s’il est effectivement possible et utile de prolonger la formation de 50 % de la jeunesse française jusqu’au niveau L3 (soit jusqu’à l’âge de 21-22 ans en moyenne). Pour les pouvoirs publics, c’est un moyen d’endiguer les statistiques de chômage. Mais se demande-t-on à cette jeunesse ce qu’elle veut ? si elle souhaite vraiment demeurer si longtemps sur les bancs de l’école? Et jusqu’à quel âge les familles seront-elles mises en demeure de financer les études de leurs enfants ? Je crois notre actuel ministre et ses conseillers dans une fuite en avant irréfléchie : une prétendue perspective de long terme (développement du « capital humain ») masque mal une tactique de court terme (endiguer à peu de frais le chômage). Je m’étais demandé pourquoi on avait fini par nommer un ministre: ses déclarations permettent de comprendre la fonction toute politique qu’il occupe. Tant que les universitaires continueront à massivement se taire, ce discours ne sera pas contredit.

      • Cher François. Mauvaise formulation de ma pensée dans le 1er § : je ne crois pas, comme le disent plusieurs commentateurs, que les problèmes soient résolus par une progression des salaires des enseignants-chercheurs. Nous sommes donc d’accord.

        Je ne suis certes plus enseignant à l’université ; je suis maintenant étudiant (âgé certes !) en L1 (en L2 à a rentrée). Mes frustrations en tant qu’étudiant : https://histoiresduniversites.wordpress.com/2015/06/09/annee-reduite-a-20-semaines/

      • FUBAR

        @pgdubois Le problème avec votre solution d’institut de licence opéré par des Prag c’est que vous acceptez le principe de la non-sélection à l’entrée de l’université, et partant votre solution (qui consiste à adapter le corps enseignant à la réalité actuelle des missions de l’université, en tout cas en premier cycle) est évidemment logique. Je ne sais pas trop dans quel monde vous évoluez, mais dans celui que je connais les MCF et les PR sont largement majoritaires dans les cours de licence (mais peut-être que nous sommes une exception, je n’ai pourtant pas l’impression en SH).
        Quant à l’augmentation de nos salaires elle ne règlera pas le problème de l’échec en licence, c’est certain, mais elle améliorera sûrement le quotidien des EC, je ne pense pas que cela soit honteux ou négligeable.
        @FrançoisVatin, le gâchis est général, nous sommes d’accord. Mais à mon sens ce ne sont pas les équipes dirigeantes des universités qui sont aujourd’hui pour la sélection (certains peut-être, mais seront-ils prêts à se battre pour? j’en doute), mais surtout ceux qui ont les mains dans le cambouis et qui perçoivent avec acuité le coût humain délirant induit par l’absence de sélection.

  11. @François @Fubar. La sélection. 1. Tout bachelier a un droit aux études supérieures, mais pas forcément en formation initiale immédiatement après le bac ; la formation tout au long de la vie existe !

    2. Vu ce droit, je suis pour la sélection à l’entrée de la licence et à l’entrée du master : 88 chroniques du blog sur la sélection https://histoiresduniversites.wordpress.com/tag/selection/

    3. L’année de césure qui vient d’être reconnue est un moyen de construire un projet professionnel et/ou d’études. https://histoiresduniversites.wordpress.com/2015/07/23/periode-de-cesure-les-regles/
    Avoir un projet professionnel et pouvoir l’argumenter est un moyen de réussir les épreuves de sélection

    • Vatin, François

      Cher Pierre,

      Désolé de t’avoir mal compris. Nous sommes donc d’accord. Cela étant, je ne suis pas opposé à un corps d’enseignants du supérieur, non-chercheurs, à service « lourd » (Prag) et à revenu plus élevé que les actuels maîtres de conférence. Les choses étant ce qu’elles sont je pense que cela serait bénéfique pour tous.

      Quant au reste, je suis d’accord avec toi. La démocratisation de l’université devrait reposer sur le droit à l’accès au savoir à tout moment de l’existence, quand on en ressent le besoin. Ce qui a tué l’université, c’est la logique de gestion des flux des bacheliers.

      Pour Fubar.

      Bien sûr, les directions des universités ne crient pas sur les toits qu’elles sont pour la sélection, mais bien des indices laissent transparaître que le climat a changé sur ce point. Cela se joue sur les « capacités d’accueil », avec la rhétorique suivante : tirage au sort ou sélection.

      Quant aux collègues, vous avez peut-être raison. Beaucoup sont peut-être pour, mais combien le disent publiquement ? Je ne sais dans quelle discipline vous enseignez. Je peux vous dire que dans la mienne, le thème est tabou et que l’on m’a fait très cher payer de l’avoir abordé.

  12. Olivier Musy

    Le ministère refuse de voir quelque chose que tout enseignant de L1 perçoit rapidement : la grande majorité des étudiants en échec ne vient pas en cours, ne prépare pas les TD, ne fait pas le travail demandé et prépare ses examens de façon très peu sérieuse.
    Vous pourrez mettre les meilleurs enseignants du monde dans ces formations, cela ne changera rien au taux d’échec. Le seul moyen de les faire réussir est d’abandonner tout critère exigeant dans l’obtention du diplôme. Se présenter à l’examen suffit à peu près pour réussir. C’est ce qui se passe pour le bac.
    Secondariser le premier cycle, cela veut surtout dire pouvoir implémenter ce qui a été fait au lycée : taux de réussite décidés par le ministère, éviction des sections difficiles des programmes et notamment des éléments analytiques, évaluations très favorables. Ce processus est déjà à l’œuvre avec les règles de compensation et de conservation des notes toujours plus favorables, l’intégration de modules pro peu exigeants etc.
    L’échec en L1 relève en très grande partie de la responsabilité de l’étudiant. Quand ce diagnostic aura été fait et les conséquences tirées, le système fonctionnera bien mieux.
    Le problème est que le ministère n’acceptera jamais de le faire. Il cherchera donc à reprendre en main directement les formations. C’est cela l’esprit bac -3 à bac +3.

  13. FUBAR

    @François Vatin. Si je vous comprends bien, « un corps d’enseignants du supérieur, non-chercheurs, à service « lourd » (Prag) et à revenu plus élevé que les actuels maîtres de conférence », vous préconisez de mettre des profs de CPGE dans les premiers cycles universitaires. Pourquoi pas, sauf que j’aimerais comprendre en quoi c’est mieux qu’un MCF? Et d’ailleurs, pourquoi considérer que ce nouveau prof mériterait un salaire plus élevé que le MCF? Je comprends bien qu’actuellement c’est LE corps à abattre, mais je vous avoue que je peine à comprendre pourquoi. Je suis MCF et je travaille plus de 50 heures par semaines, je publie à tour de bras dans des revues comme il faut, mais je n’ai pas à vos yeux un « service lourd »??? C’est une plaisanterie. Que faites-vous donc des MCF dans votre système (j’avais lu dans un autre post sur le même sujet sous la plume de Pierre que ce nouveau corps merveilleux allait permettre de se débarrasser des ATER, ces gens qui n’enseignent que leur recherche… franchement messieurs, dans quel monde vivez-vous?pas le mien en tout cas), parce que prenons mon cas, finalement assez banal: ENS, agrégation, doctorat, enseignement, tâches administratives à la pelle, recherche (avec publications à tour de bras et à l’étranger)… Et dans ma discipline (et surtout dans le champ que j’ai choisi dans ma discipline) aucune perspective d’avoir un jour un poste de PR au moins pendant les 10 ans à venir, surtout si entre temps on diminue le nombre de doctorants (puisque plus de MCF). Ce n’est pas de la mauvaise volonté de ma part, c’est du réalisme. Vous me passez donc par pertes et profits et considérez cavalièrement que je me pose du vernis sur les doigts de pieds à longueur de journée en me balançant mollement dans un hamac. Et que donc je mérite le salaire merdique qui est actuellement le mien, tandis que le PRAG, ce héros des temps moderne parés de toutes les vertus de l’hoplite mérite respect et considération. « Bénéfique pour tous » dites-vous?

    @Olivier Musy: C’est ce que je dis depuis des années, mais le jour où j’entendrai un ministre faire ce constat… C’est la raison pour laquelle plus personne ne peut adhérer à quelque réformette que ce soit, car aucune ne part d’un constat réaliste. A ce compte là, évidemment, on se demande bien pourquoi on laisse encore les gens faire des thèses. Mais la France restera dans la course mondiale de l’ESR grâce à ses grandes écoles, alors nous sommes sauvés.

  14. marianne

    @vatin
    La non selection pose un autre pb aux facs c’est que le flux d’entree en L1 peut etre tres variable d’une annee sur l’autre et qu’ainsi on peut avoir a trouver en un temps excessivement court des vacataires, d’ou la limitation des capacites d’accueil car le nombre de salles, d’heures et de vacataires n’est pas extensible
    A moins de sabrer dans les maquettes ce que certains finiront par faire ou de remplacer du presentiel par des moocs…
    C’est ce qui se passera sans doute si on empeche la selection sous toutes ses formes

  15. marianne

    @pgdubois
    Je ne sais pas si MCF ou PR sont minoritaires en premier cycle mais la plupart de mes collegues ECs (grosse fac de province) ont au moins 80% de leur service en premier cycle
    Si on supprimr le premier cycle la plupart de mes collegues ne feraient que max 20% de leur service
    Ca implique donc aussi en pratique une refonte du statut des ECs qui aura un cout enorme….du coup ca me parait pas tres realiste

  16. Vatin, François

    @fubar

    Je pense avoir du mal à me faire comprendre. Je regrette comme vous la situation absurde à laquelle nous sommes arrivés et je vis mal, comme vous, ma situation professionnelle, quand, au bout de trente-trois ans de carrière d’enseignant-chercheur, je dois m’occuper d’affaires de plagiat imbécile ou de marchandage aux notes en master.

    J’essaye simplement d’avoir une vue pragmatique de la situation en ne prenant pas le problème sous le seul angle de l’intérêt professionnel des enseignants-chercheurs, mais en considérant aussi les intérêts du public étudiant et celui des comptes publics.

    La question tient en trois propositions :
    1. Les pouvoirs publics ont décidé de prolonger la durée moyenne des études de la jeunesse française : 50 % au niveau licence. On peut discuter de la pertinence de cette politique, mais je pense que, pour des raisons diverses qu’il serait trop long d’exposer ici, elle sera menée. De toute façon, même au taux actuel, on est déjà dans la formation de masse au niveau licence.
    2. Cette politique conduit dans l’enseignement supérieur une population qui n’a ni les moyens, ni la plupart du temps le désir même de mener des études « universitaires ». J’entends par là un enseignement assuré par des enseignants-chercheurs, c’est à dire, selon la formule consacrée, « adossé à la recherche ».
    3. Le résultat est que la population étudiante fuit l’enseignement universitaire autant qu’il en a les moyens, ce qui renforce la contradiction, puisque la population qui demeure à l’université est, pour une très large part, la moins à-même et la moins désireuse de poursuivre des études « universitaires ».

    La situation actuelle conduit donc à une souffrance symétrique des enseignants et des enseignés et à un gaspillage absurde des fonds publics. Comment en sortir ? Je n’ai pas de réponse simple, car, du fait de l’occultation généralisée du problème par les pouvoirs publics, par les autorités universitaires et par les universitaires eux-mêmes, sans compter bien sûr les syndicats étudiants, la situation a atteint un degré de contradiction difficilement surmontable. Pour faire face à l’afflux d' »étudiants », souvent fantômes, on a recruté en masse des enseignants-chercheurs qui aimeraient légitimement, comme vous, faire ce pourquoi ils ont été formés: développer leurs recherches et transmettre leur savoir. En lieu et place, on leur demande de gérer les emplois du temps, de faire la discipline dans les TD, de corriger les fautes d’orthographe et de pourchasser le copié-collé sur internet !

    On ne sortira donc pas facilement de cette situation absurde. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas poursuivre dans cette voie. Il faut être clair avec les futurs enseignants du cycle de licence universitaire que l’on va recruter : on ne peut pas leur fournir un service d’enseignant-chercheur, car cette compétence ne correspond pas aux besoins de la population qu’ils auront en charge. Ce que je dis-là ne correspond pas à mon désir, mais à la réalité des faits.

    Dans l’intérêt des enseignants, comme des enseignés, il est donc nettement préférable de clarifier la situation et de dire que l’enseignement de niveau licence ne doit plus être confié à des enseignants-chercheurs, mais à des enseignants à plein temps. C’est aussi l’intérêt des comptes-publics. Le calcul est simple : un professeur agrégé affecté à l’université (PRAG) doit, comme en classe préparatoire, 388 heures ETD par an, contre 192 pour un enseignant-chercheur. Il est donc possible de mieux le payer et que, pourtant, il coûte moins cher à la nation. Cela peut passer par une prime spécifique qui rémunèrera une obligation de permanence un jour par semaine par exemple, en plus du service d’enseignement proprement dit.

    Comprenez que je ne suis pas là à définir l’université idéale de mes voeux, mais seulement à chercher des solutions pragmatiques pour réduire les tensions dans la décennie qui vient. Si les universitaires refusent une telle évolution, comme ils l’ont refusé par le passé (la loi Devaquet de 1986), ils perdront sur toute la ligne. En 1986, la situation était encore simple. Devaquet proposait la mise en place d’un premier cycle de deux ans (ce qui était à l’époque clair : Deug, DUT, BTS, classes prépas correspondaient tous au niveau « bac + 2), assortie d’une sélection à l’entrée en second cycle (licence-maîtrise) qui devenait l’université proprement dite. Les universitaires ont alors refusé au motif que cela aurait « secondarisé le Deug » ! Vu d’aujourd’hui, cela prête à rire. De même, si, aujourd’hui, les enseignants-chercheurs refusent de « lâcher » la licence au profit d’enseignants à plein temps, ce sont eux qui vont être transformés en enseignants à plein temps par petites modifications progressives de leur statut et des modalités locales de gestion de leur travail et ce, sans gain de rémunération, contrairement à la configuration que je suggère.

    Si vous voulez connaître mon opinion réelle : je pense que c’est en fait ce qui va se passer du fait de la pusillanimité du corps, de son incapacité à se saisir de la réalité du problème dans une attitude de Gribouille. Pour ce qui me concerne, j’espère être assez vieux pour échapper au pire. C’est aux plus jeunes que je m’adresse en leur disant : si vous voulez sauver votre métier, la seule solution viable me paraît résider en deux propositions :

    1. Laisser la gestion du cycle de la licence à un corps d’enseignants à plein temps mieux rémunérés, dans lequel pourraient s’intégrer une partie des maîtres de conférence actuels, qui, ne faisant plus de recherche, pourraient être tentés par des conditions salariales plus favorables que celles dont ils bénéficient aujourd’hui.
    2. Mettre en place une sélection systématique à l’entrée en cycle de master pour y reconstituer un véritable enseignement universitaire.

    Ce n’est pas là mon rêve universitaire, mais, ce que les économistes appellent une solution « de second choix ». Elle constitue à mon sens la dernière chance pour sauver un enseignement universitaire public en France. Autrement, ce que nous appelons aujourd’hui les universités vont se transformer en écoles professionnelles de troisième niveau avec un corps enseignant paupérisé (ie des universités du tiers-monde). A côté, comme dans le tiers-monde, on verra se développer de nouvelles universités privées, très chères, qui laisseront entrer en leur sein au compte-goutte quelques « pauvres méritants » auxquels on donnera des bourses. Nous ne sommes malheureusement plus très loin de cette configuration.

  17. marianne

    Ok mais que faites vous de la masse des ECs qui ne voudra pas devenir enseignant de L?
    De ce que je vois en pratique il n’y a pas chez nous de quoi leur fournir un service en M, a moins de diminuer les services a 40-60h par an
    Et ca plus rajouter des prags ca va couter encore plus cher….

  18. marianne

    Et par ailleurs de ce que je vois meme des non publiants souhaitent enseigner en M
    Du coup je ne suis meme pas sure que beaucoup d’ECs seront seduits par votre proposition

  19. François Vatin

    @Marianne

    Je pense que vous êtes en sciences. Dans d’autres disciplines, il y a plus d’étudiants inscrits en apparence, mais le problème est fondamentalement le même. J’ignore bien sûr la médecine, dont la première année est en fait une « classe prépa » et, les autres, une école professionnelle. Le Droit bénéficie encore aussi de masses importantes d’étudiants, ce qui sera le cas tant que le monopole professionnel, aujourd’hui simplement écorné (Sciences-Po), demeurera.

    Vous voyez que je suis parfaitement conscient du problème que vous posez. C’est pourquoi je suggère une amélioration substantielle de la situation salariale pour le nouveau corps d’enseignants de licence. Vu le niveau de nos traitements, cela pourrait susciter des vocations. Il ne s’agirait d’ailleurs que de gérer la transition, puisque les nouveaux enseignants de licence seraient d’emblée recrutés dans le nouveau corps. Cela veut dire aussi une réduction très sensible des recrutements d’enseignants-chercheurs proprement dits dans les années à-venir. On pourrait aussi dans un tel contexte arrêter de recruter des chercheurs dans les grands organismes de recherche, dès lors que l’on aurait consolidé un authentique statut de « chercheur-enseignant ».

    Mais je suis bien d’accord avec vous : cela ne se fera pas, car nous ne disposons pas des relais professionnels (syndicats, associations diverses), capables de réfléchir vraiment au problème et de négocier avec les pouvoirs publics dans une optique pragmatique. Notre corps est dans une logique strictement défensive. Celle-ci est à terme suicidaire. L’idée que je défends est que ce qui est refusé « par la porte » va arriver « par la fenêtre », dans des conditions pires qui ne pourront être négociées. Au lieu qu’une fraction des actuels universitaires soient invités à devenir enseignants de licence à plein temps en bénéficiant d’une amélioration substantielle de leur situation salariale, ce seront tous les universitaires qui seront progressivement soumis à ce nouveau régime sans gratification. Le corps aura perdu sur les deux tableaux, mais, surtout, la nation aura perdu son université.

  20. FUBAR

    En fait je veux bien admettre que cette différenciation entre L d’un côté et M/D de l’autre puisse avoir un sens dans certaines circonstances. Mais cela veut dire que vous acceptez comme donnée de base que jamais on ne fera de sélection à l’université en France. Les « vrais faux » étudiants voués à l’échec mais inscrits faute de mieux seront-ils plus à l’aise dans vos nouveaux IES? Dans la mesure où les divers aménagements du lycée n’ont fait qu’augmenter leur nombre, il est permis d’en douter. En revanche, les quelques étudiants à leur place et qui rêvent enfin d’une vraie coupure avec le lycée (il y en a plus qu’on ne l’imagine) finiront par abandonner totalement l’idée de faire leurs études dans nos universités et iront grossir les rangs des prépas (tant qu’à être au lycée) ou partiront étudier à l’étranger. Plutôt que ce que vous proposez, j’ai tendance à penser qu’il vaudrait mieux multiplier les IUT et les BTS, imposer des pré-requis à l’entrée des licences universitaires.

  21. Vatin, François

    Bien sûr, il aurait fallu tout à la fois :
    – développer les IUT et BTS;
    – donner aux universités les mêmes droits qu’aux autres formations pour sélectionner leur public à l’entrée.
    Les licences universitaires auraient alors pu accueillir pour les « études longues » les meilleurs des bacheliers.
    Nous payons ici l’aveuglement des années 1970 (partagé par les deux grands sociologues de l’époque Pierre Bourdieu et Raymond Boudon, qui n’ont pas vu se mettre en place le mécanisme de contre-sélection à l’entrée à l’université) et l’échec de la dernière tentative raisonnable pour y remédier (Devaquet en 1986).

    Nous sommes donc d’accord sur le fond. Je pense seulement que la situation est aujourd’hui trop dégradée pour qu’il soit envisageable de revenir en arrière.

    1. A quel pourcentage des inscrits en première année évaluez-vous ces « vrais étudiants qui rêvent d’une coupure avec le lycée » ? Je ne vois pas comment il serait possible de convaincre l’élite des bacheliers de reprendre le chemin des licences universitaires (seuls 10 % des bacheliers scientifiques entrent en licence de science aujourd’hui !). Imaginez-vous le corps universitaire actuel occupé à former ces seuls étudiants ?

    2. Par ailleurs, après avoir développé les effectifs d’enseignants universitaires, les pouvoirs publics ne se lanceront pas dans une politique parallèle de développement de cursus de type post-scolaire publics (IUT, BTS). Les capacités d’accueil dans ces dispositifs n’ont pas crû depuis vingt ans. D’où la croissance des cursus privés vers lesquels s’orientent les familles par défaut, pour « fuir » l’université. Les licences universitaires perdent aujourd’hui des « parts de marché » dans l’accueil des bacheliers, non au profit des autres cursus publics gratuits, mais au profit de cursus privés payants !

    Voilà pourquoi, en solution de « second rang », je propose que les universitaires « lâchent » le cycle de licence. Il me semble qu’il y aurait sur cette base une négociation possible avec les pouvoirs publics, même si les problèmes à résoudre seraient immenses. Cela correspond en effet peu ou prou à ce que Pierre Dubois appelle les « instituts d’enseignement supérieur » (des « colleges à la française). Celui-ci considère qu’ils devraient se substituer aussi aux « classes prépas ». Mais sous le même intitulé, il ne pourra manquer d’y avoir, de fait, d’un côté des propédeutiques aux universités et aux autres « grandes » écoles, de l’autre des cursus professionnalisant de type BTS. Les actuels IUT devraient basculer entre ces deux formules.

    Ce dont je suis certain en effet, c’est que le statu quo actuel mène l’université à sa perte. « Lâcher la licence » est la seule solution pour pouvoir, peut-être, sauvegarder des masters universitaires, redevenus réellement attractifs pour la poursuite d’études supérieures longues adossées à la recherche.

  22. Olivier Musy

    Secondariser la licence et y mettre uniquement des enseignants diminuerait considérablement le potentiel de recherche du pays. Pour beaucoup de filières, les heures en licence représentent entre 50% et 75% du potentiel enseignant. Même en doublant le service des enseignants de L contre quelques euros, cela créerait une chute des effectifs d’enseignants chercheurs, surtout si l’on combine cela avec une stabilité budgétaire globale (où le bonus salarial des uns sera le gel de poste des autres). Les conditions de recherche à l’université sont assez médiocres, mais il y a au moins un effet taille qui permet aux universités françaises de rester productives, surtout dans une période où la plupart des écoles se mettent à la recherche, avec des moyens financiers et une flexibilité bien plus grands.

    Comme le dit Marianne, il y a bien souvent trop peu d’heures en masters pour y mettre à temps complet les enseignants restants. Il faudrait donc soit diminuer la charge statutaire de ceux-ci, soit trouver un tas de combines pour compléter les services, soit diminuer drastiquement leur nombre.

    En parallèle, compte tenu du fait que les nouveaux doctorants remplissent de mieux en mieux les exigences liées à la recherche, sont mieux formatés pour produire des articles en série et ne sont évalués pour l’instant que sur cela, créant un biais de sélection en faveur de doctorants orientés recherche, j’ai du mal à voir comment vous pourrez rendre attractif le statut d’enseignant en Licence, même avec une poignée d’euros supplémentaires, à moins de faire encore un choix supplémentaire en ne recrutant plus à niveau doctorat pour le corps enseignant de Licence, avec une sorte de retour aux maitres assistants (ce qui pose alors un autre problème sur le contenu des enseignements en licence).

    Même dans une logique pédagogique rénovée, enseigner en L1 reste un repoussoir pour tout le monde, y compris pour les PRAG. En termes de qualité d’enseignement et de qualité de vie, les classes prépa ou un lycée correct seront toujours plus agréables. Financièrement, même avec un coup de pouce en L, il restera probablement plus avantageux de rester dans une classe prépa ou un BTS, avec les systèmes de bonification des heures, colles etc…

    Quant à recaser les MCF actuels dans les cycles de licences, il n’est pas certain que cela change grand chose à la qualité pédagogique de ce qui y est enseigné. La liberté pédagogique qui caractérise l’université fait qu’il n’y a jamais eu la moindre réflexion ou exigence pédagogiques à l’égard de quiconque et il est probable que les EC actuels soient tout simplement désarmés pour encadrer pédagogiquement des masses d’étudiants dont le problème principal est de venir en cours ou de faire le travail demandé.
    Le doublement des heures statutaires de ceux qui y enseignent risquerait même de diminuer le taux d’encadrement en licence.

    • Vatin, François

      @ Olivier Mussy

      J’entends bien ce que vous dites qui est conforme au corporatisme du monde académique français qui participe au désastreux statu quo actuel :
      il faudrait maintenir la fiction d’un enseignement universitaire de licence pour entretenir la masse critique d’enseignants-chercheurs, ceci au profit de la productivité de la science française.

      Je vous ferai remarquer que les effectifs d’enseignants-chercheurs français ont crû de façon considérable depuis plusieurs décennies et qu’il n’est pas évident que la France ne pourrait pas « tenir son rang » scientifiquement avec des effectifs moindres. Mais je veux bien admettre, à titre d’hypothèse, votre argument. Cela ne modifie en rien les miens qui procèdent d’une réflexion qui cherche précisément à regarder au-delà de nos intérêts catégoriels pour mieux les défendre. Car une société est ainsi faite qu’aucune profession ne saurait imposer ses normes à la collectivité si celle-ci n’est pas convaincue de leurs valeurs.

      Or, il faut admettre la réalité pour ce qu’elle est : le divorce est total entre la société française et ses universités. L’échec du mouvement de 2009 en est une illustration criante. Les universitaires ne pourront éternellement prendre en otage une partie de la jeunesse française, celle qui n’a pas les ressources pour aller ailleurs, en lui imposant un enseignement dont elle ne veut pas. C’est ce que nous dit notre ministre après bien d’autres : adaptez-vous à votre public, prenez-le en charge, faites de la remédiation scolaire, occupez-vous de ses problèmes sociaux. La fonction d’enseignant-chercheur que vous défendez ne pourra résister à une telle pression. Quand j’entends de jeunes collègues me dire que nous avons en fait « deux métiers », totalement disjoints l’un de l’autre, je sens bien jusqu’où le mal a déjà pénétré.

      Mon argument est donc simple : – ou tout sombre (l’enseignement universitaire, en Licence comme en Master … pour ne pas parler du doctorat, qu’on a voulu récemment réformer sur la base des mêmes principes, et la science française que vous défendez avec), – ou nous arrivons collectivement à négocier avec la société et ses représentants politiques un plan de sauvegarde de l’enseignement et de la recherche universitaire. Mais il s’agit bien de « négocier », ce qui suppose tenir compte des intérêts des autres parties prenantes. Je pense que la base de la négociation peut être le renoncement au caractère « universitaire » (i.e. lié à la recherche) de l’enseignement en licence en échange de la protection de ce caractère en master (ce qui va bien sûr avec l’introduction de la sélection à l’entrée du cycle de master). Autrement, à mon jugement, c’est tout l’enseignement universitaire qui sombrera et la science française que vous défendez avec.

  23. Olivier Musy

    Je ne vois pas en quoi ce système est une solution. Même avec des PRAG et des MCF enseignants dédiés au premier cycle (mais dont le nombre global et le ratio par rapport au nombre d’étudiants seront proches de ce qui existe actuellement), des objectifs de niveau dégradés et des évaluations simplifiées, le problème ne sera que décalé. Vous aurez une licence qui ne préparera absolument à rien et surtout pas aux masters. On ne règle pas des problèmes sociaux avec une gigantesque garderie qui a renoncé à toute exigence académique.

    Le problème sera ensuite de penser pouvoir continuer à avoir des masters à l’université avec des étudiants formés en licence dans la continuité de ce qui est enseigné et évalué au lycée, c’est à dire pas grand chose.

    Dans votre système, après avoir « donné aux étudiants les enseignements qu’ils veulent » (si tant est que l’on sache ou qu’eux-mêmes sachent ce qu’ils veulent en termes de cours), le master suivra immédiatement le même chemin. Vous aurez beau sélectionner, les étudiants qui n’auront pas fait grand chose pendant 3 ans n’auront pas le niveau pour suivre des cours de master standards et on demandera alors dans un deuxième temps à l’université de faire des masters plus simples dans le prolongement de ces sous-licences, entièrement tournés vers les métiers, le projet personnel et professionnel et quelques cours académiques très généraux. Ce n’est pas en 2 ans que vous pourrez former des personnes à un niveau correct, surtout quand la moitié de l’année de M2 doit être libérée pour permettre un long stage.

    La partie recherche ira alors dans les grandes écoles, qui non soumises aux mêmes impératifs financiers, règlementaires et donc plus flexibles, récupèreront les bons étudiants et les bons chercheurs. Le processus est déjà largement à l’œuvre, par exemple avec ce qui s’est passé à l’IEP de Paris. Il serait paradoxal de voir l’université rentrer dans un processus de sortie de la recherche qui est exactement l’inverse de celui suivi parallèlement par les écoles et grandes écoles.

    L’avantage du système actuel est que même s’il n’est pas gratifiant, la licence sert à remplacer le filtre que n’est plus le bac (avec malheureusement certaines universités qui y ont déjà renoncé, ce qui couplé au mythe du diplôme national pose certains problèmes). L’une des forces de l’université est également de pouvoir construire un programme de formation pensé, progressif et cohérent sur 5 ans, ce qu’aucune offre de formation alternative ne permet vraiment pour l’instant. Cela demande une certaine coopération des EC entre eux et une logique de formation master qui ne soit pas une logique de chasse gardée, ce qui n’est pas totalement la norme actuelle.

    Bien entendu, le ministère veut poursuivre sa politique d’indicateurs favorables et mettra la pression mais je ne vois pas en quoi l’imposition de cette politique suicidaire est inévitable. Comme tout ce sur quoi le ministère a une emprise directe ne peut être considéré comme un problème par ce dernier, qui est juge et partie (donc l’enseignement et l’évaluation au lycée ne sont absolument pas des causes d’échec à l’université), le fautif déclaré est forcément celui sur lequel son contrôle est moindre. Mais lorsque vous aurez en licence des taux de réussite de 90% et que seul un quart de ces étudiants aura une place en master, soyez certain que le statu quo savamment négocié ne tiendra pas longtemps. Il suffira d’un ministre laissant une large co-gestion à l’UNEF pour que la citadelle réduite au master s’effondre dans la foulée (« tout le monde le droit de faire un master », reportages télé sur tous ces étudiants de licence qui n’ont pas de place en master etc…).

    Par ailleurs, l’idée d’un enseignement universitaire en licence n’est pas une fiction corporatiste des EC français. C’est peu ou prou ce qui est fait dans les meilleures universités (et les autres) du reste du monde.

    Le vrai combat serait de pouvoir sélectionner à l’entrée de la licence, d’orienter les étudiants vers les formations qui leurs conviennent le mieux et d’offrir en parallèle des solutions de formations professionnalisantes alternatives aux bacheliers qui ne sont pas intéressés ou pas préparés pour l’enseignement universitaire. C’est une solution où tout le monde est gagnant et les étudiants les premiers. Les mettre dans un système universitaire au rabais revient à les mettre encore plus dans une voie de garage et à accentuer les problèmes actuels.

    • Vatin, François

      Nous sommes d’accord sur le diagnostic et sur la définition de ce qui serait une organisation idéale de l’université conformément à la tradition française. Je vous rappelle que depuis cinq ans, je prône publiquement, dans un certain isolement, en faveur de la sélection à l’entrée des universités.

      Je cherche seulement une voie de résolution de la crise, praticable dans le contexte actuel, sachant que je considère votre position, en faveur de laquelle j’ai longtemps milité, désormais impraticable, économiquement, politiquement et socialement. Pour qu’une orientation de ce type ait pu se dessiner, il aurait fallu que le corps universitaire se manifeste en ce sens en 2009. Il y avait une « carte à jouer » dans le contexte de l’alternance politique de 2012. Je l’ai tenté avec quelques uns, sans succès, car sans écho dans l’opinion publique universitaire.

      Je vous rappelle que nous en sommes aujourd’hui à devoir nous battre, dos au mur, avec peu de chance de succès, pour le maintien d’une procédure de sélection à l’entrée dans les M2. Pour l’expérience que j’en ai, compte-tenu de la dégradation de la qualité du public à l’entrée en licence et des procédures de plus en plus laxistes d’évaluation au cours du cursus, le « filtre » de la licence ne fonctionne plus. Dans le master que je dirige, nous avons plus de 50 % d’échec en première année et, en dépit de cela, tous les diplômés n’ont clairement pas un niveau « universitaire ».

      Trois remarques quand même sur vos arguments contre ma proposition:
      – des enseignants à service doublé, moitié mieux payés, coûteraient quand même moins cher;
      – je n’ai jamais dit que ce nouveau cycle de licence devait être homogène; une partie devrait correspondre dans sa nature et dans son public, à ce que sont les actuelles classes prépa, qui sont tout à fait capables de produire de bons étudiants pour les masters;
      – si les institutions de licence et de master sont clairement distinctes, sur le mode des colleges et des universités américaines, je ne vois pas pourquoi cette digue ne pourrait pas être solide; c’est dans la configuration actuelle que les masters sont irrémédiablement corrompus par la dégradation de l’enseignement en licence.

      Je ne fais pas pour autant cette proposition dans l’enthousiasme. Vous la jugez impraticable. Vous avez peut-être raison. Je pense, malheureusement, que la votre l’est encore plus. Nous convergeons donc vers un diagnostic désespérant.

  24. Olivier Musy

    Oui, le constat est très négatif, il est difficile de ne pas le partager. Je suis d’accord avec les différentes remarques qui sont faites. Après, les occasions manquées pourront ne pas l’être à l’avenir. 2009 a été une situation compliquée car le contexte plus global et la communication ont été difficiles. Il y avait une sorte de contradiction dans le discours des universitaires en revendiquant une liberté totale au niveau individuel tout en refusant une autonomie limitée au niveau des universités. Il y a également une pratique universitaire assez individualiste, peu structurée collectivement et peu portée sur les modes d’action médiatiques façon taxis ou agriculteurs. Il n’y a tout simplement pas de vision commune qui se dégage chez les universitaires. Là où les notaires vont défendre une vision cohérente à 99%, les universitaires vont avoir au contraire des visions très différentes, souvent contradictoires ou antagonistes (par exemple, les EC pensant bénéficier d’une modulation des services vont souvent être en faveur de son application tandis que ceux pensant y perdre vont plutôt s’y opposer).

    Pour 2012, l’alternance pouvait effectivement apporter quelque chose, mais il y a eu une sorte de malchance en ayant une président dont l’intérêt porté à l’université était et est toujours exceptionnellement bas. Que ce soit lors de la campagne ou lors de la mandature, l’université a été un non sujet et lorsque la question était abordée, c’était la plupart du temps dans le cadre plus général du discours sur la jeunesse, faisant que les questions sur l’université tournaient la plupart du temps moins sur le fond de l’organisation de l’université et des études que sur les questions de vie étudiante au sens large. Le point fort de la réforme Fioraso a simplement été de changer les intitulés de diplôme !!! (en prétendant par ailleurs les simplifier alors que leur lecture n’a jamais été aussi compliquée, avec par exemple la multiplication des parcours et des statuts particuliers au sein d’une même mention, certains parcours étant par exemple non sélectifs, d’autres sélectifs dès la L1, d’autres seulement en L3, d’autres seulement en cas d’inscription en double licence, la structure d’ensemble étant globalement illisible). Il est peu probable que ce désintérêt soit aussi complet lors des prochaines mandatures et des projets un peu plus ambitieux et construits pourront sans doute être portés.

    Sur le fond, je pense qu’un système un peu similaire à ce qui se fait dans l’université publique en Californie, avec des universités (licence-master-doctorat), des colleges (licence-master pro) et des community colleges (IUT-licence pro) serait une voie accessible tout en étant assez juste, offrant une place à tout le monde tout en maintenant un système assez efficient.

    • FUBAR

      @Olivier Musy: je partage votre analyse de la situation et je pense aussi que le modèle californien serait sans doute une bonne base (bien plus satisfaisant que l’IES proposé par Pierre. Mais je me souviens qu’un rapport avait été pondu à ce sujet sous Pécresse et qu’un grand nombre d’universitaires avaient poussé des cris d’orfraie. Pour moi la situation actuelle est tellement insupportable que j’en suis à me demander si je n’accepterais pas n’importe quel changement un peu radical, quelle que soit sa nature.

      • Olivier Musy

        Oui, tout à fait et Bernard Belloc, conseiller de Sarkozy sur ces questions, avait également à cette époque co-écrit un livre assez intéressant sur les systèmes d’enseignement universitaire publics en Californie et dans le Wisconsin (http://www.puf.com/Autres_Collections:L%27Acad%C3%A9mie_au_pays_du_capital). La façon dont Sarkozy a présenté sa réforme n’a pas beaucoup aidé cela dit.
        C’est un système qui semble intéressant, mais tout changement est couteux et compliqué à mettre en oeuvre, les gains sont toujours incertains et politiquement probablement assez faibles alors que les coûts directs sont plus facilement identifiables. Les EC les premiers réussissent à trouver un intérêt au système actuel, peu gratifiant mais également peu exigeant et peu contraignant.
        L’autre problème est que tant que l’UNEF sera considéré par le ministère comme un interlocuteur représentatif des étudiants, toute modification allant dans le sens d’une orientation plus contrainte sera rejetée.

  25. Vatin, François

    On peut discuter sur la structuration de l’enseignement supérieur public et je n’ai pas de réponse définitive à ce problème.

    Mais je vous rappelle la base de la discussion : dans un contexte politique visant à mener 50 % d’une classe d’âge au niveau baccalauréat (et même dans la situation qui est déjà la nôtre), peut-on imaginer que l’accueil en premier cycle post-bac (encore une fois quelle que soit la structuration proposée) relève massivement d’enseignants-chercheurs ? Je réponds clairement non.

    Je voudrais faire remarquer qu’aujourd’hui l’élite des bacheliers est prise en charge, dans les CPGE par des enseignants non-chercheurs et personne ne semble s’en plaindre.

    Autrement dit, les réticences sur ce point relèvent de questions corporatistes internes au monde des enseignants-chercheurs et non des considérations pédagogiques souvent avancées. Je ne néglige pas ces questions corporatistes (toute corporation a le droit de se défendre et c’est en l’occurrence la mienne). J’invite à réfléchir sur les effets pervers de modes d’intervention strictement défensifs dans le débat. A ce jeu, on perd souvent encore plus que ce que l’on craignait perdre.

    Je suis comme Fubar. Au point où en sont les choses, tout changement radical des règles du jeu sera salutaire, car la poursuite de la tendance générée par le statu quo actuel est mortifère. Avez-vous vu que l’université d’Angers vient de perdre un nouveau procès pour le refus d’une inscription en M2 d’un lauréat de M1 ?

    Ce point me semble dessiner ce que devrait être un mouvement raisonnable des universitaires dans le présent contexte : exiger la sélection à l’entrée en master; voire ce qu’il faut céder en contrepartie pour satisfaire cette revendication.

  26. Olivier Musy

    Cela peut répondre à un rapport de force donné, mais cela suppose au préalable quelque chose qui ne va pas de soi : l’idée que tous ces étudiants en situation d’échec doivent obtenir un diplôme post-bac ou suivre une formation supérieure, quelle qu’elle soit et plus particulièrement un cursus universitaire (le contenu d’un enseignement universitaire est assez standardisé dans le monde entier, n’importe qui peut regarder en ligne le plan et le contenu des cours introductifs des universités du monde entier dans les différentes disciplines).

    Il y a un élément à rappeler : les enseignants de lycée n’obtiennent pas de meilleurs résultats avec les élèves en difficulté. Ils leurs donnent simplement le diplôme en les sur-évaluant sensiblement lors des examens. Quand je montre des copies de licences à des yeux externes, c’est souvent l’effarement complet. Il est clair qu’il n’y a pas eu un miracle de l’enseignement lycéen mais une absence de barrière. Vous pourrez changer autant que vous le voudrez les enseignants de licence, cela ne changera rien. ll suffit de regarder la feuille d’appel d’un TD de première année. Dès la première séance, 10 à 15% des étudiants sont absents et ne viendront jamais. La même proportion abandonnera dans les semaines suivantes, sans avoir réellement commencé à faire quelque chose.

    Dans la très grande majorité des cas, l’étudiant en échec en L1 ne remplit pas les simples conditions suivantes : venir en cours (CM et TD), préparer les TD, réviser un peu à l’avance et de façon conséquente. Il ne pourrait réussir dans aucun système d’enseignement supérieur au monde. Il est commode pour les syndicats étudiants et le ministère de trouver des responsables un peu diffus (l’organisation du système etc…) mais aucune réforme du supérieure ne s’est construite sur la base d’une étude sérieuse des sources de l’échec en L1. La plupart du temps, cela se limite à interviews de personnes tout aussi déconnectées des réalités du terrain que les fonctionnaires du ministère, ou beaucoup trop parti-prenantes dans le processus politique plus global du MESR (présidents d’université, syndicalistes étudiants ou enseignants, rentiers de la dénonciation de l’échec etc…). Aucune n’a mis les pieds en L1 depuis longtemps.

    Une importante partie de ces étudiants en échec ne devrait pas avoir le bac et cela n’a pas de sens de les faire continuer plus loin des études qu’ils ne souhaitent pas effectuer, quelle que soit la forme de ces études, mêmes sous une forme allégée et simplifiée (c’était d’ailleurs un peu l’idée de la filière AES à l’origine, avec le succès que l’on connait, jusqu’à ce qu’elle se réforme pour justement ne plus être ce genre de voie).

  27. avis

    1) La sélection rassure ceux qui souhaitent que le diplôme ne se dévalue pas sur le marché du travail , il s’agit de quotas déguisés . Nous savons tous qu’un diplôme non spécialisé (sans expertise réelle) se dévalue plus rapidement qu’un ingénieur , pharmacien , statisticien , chimiste etc.. coté marketing et publicité un sociologue pourrait faire l affaire — il y a de vrais dualités
    2) L’Université ne fera jamais le travail des grandes écoles et des instituts prestigieux, ce n est pas son but , son esprit c’est la démocratisation de l enseignement supérieur et de la Recherche . Les professeurs d’université frustrés veulent imiter le modèle des grandes écoles pour sublimer leur travail et leur sentiment de caste , je trouve cela déplacer compte tenu du modèle social français , une homogénéité élitiste dans l enseignement public n est pas une bonne chance , elle renforcera les inégalités ,évidemment les classes populaires en échec n’y figureront plus ….ce qui semble rassurer les partisans de la sélection à tout va en licence ou en m1
    Pouvoir expérimenter l université est aussi une chance pour les classes populaires ou les classes à faible capital culturel initial . De plus valider son M1 et pouvoir consulter les notes en M2 à l entrée est amplement suffisant pour se faire une idée : le vrai problème que certains semblent vouloir écarter c est la démocratisation – le diplôme n est plus un privilège ou avantage ou une arme – la concurrence libérale est passé par la – tout le monde doit être en capacité d accéder aux études supérieures c’est à dire à sa porte
    3) Effectivement le bac devrait filtrer un peu plus mais en laissant la possibilité aux élèves moyens de lycées de tester l’université ou les grandes écoles (le réveil professionnels est parfois tardif) . Nous ne faisons pas tous des choix raisonnés au premier coup

    • Vatin, François

      Je suis bien d’accord avec une large partie de ces arguments et je crois vraiment que ce n’est pas à moi qu’il faut les adresser, compte-tenu de ce que j’ai publiquement avancé depuis six ans (et que l’on m’a fait payer assez cher dans le milieu).

      J’essaye simplement de réfléchir à une voie de sortie au point où en sont les choses pour tenter de sauver quelque chose de l’enseignement universitaire français. Je rappelle le contexte présent : les universités sont en train de perdre le dernier filtre dont elles disposaient : la sélection à l’entrée en master 2. La seule attitude politiquement raisonnable me semble être d’exiger la sélection à l’entrée en master en contrepartie d’un changement radical du cycle de licence. Si tous les représentants autorisés des universités (les syndicats, les présidents) et les universitaires eux-mêmes l’affirmaient clairement, nous aurions peut-être la possibilité de nous faire un peu entendre.

    • Vatin, François

      Que de contre-vérités ! Vous devriez lire mes travaux statistiques pour voir que ce n’est absolument pas en ces termes que la question se pose. Les universités ne subissent pas simplement la concurrence de Polytechnique, de Normale et d’HEC, mais de toutes les formations, publiques et privées qui ont la capacité de sélectionner à l’entrée. Comme les places dans l’enseignement public sélectif sont limitées (elles ne croissent plus), l’enseignement privé prolifère. Il ne s’adresse pas seulement aux classes riches, mais aussi aux classes modestes qui payent deux fois l’enseignement supérieur de leurs enfants, par leurs impôts et en payant des frais de scolarité. Je ne vois vraiment pas là-dedans un processus démocratique à l’oeuvre.

      Puisque je ne peux pas reprendre ici de longues démonstrations statistiques, je ne citerai qu’un exemple dont j’ai eu connaissance aujourd’hui. Il s’agit du cas d’une jeune fille, reçue avec mention TB au baccalauréat S en 2010. Elle tente une première année de médecine, sans succès, en s’inscrivant vraisemblablement, comme une large partie des étudiants en médecine, dans une prépa privée parallèle .Elle se dirige alors vers une formation de pédicure-podologue. Pour cela, elle entre dans une nouvelle prépa privée. Reçue, elle suit alors pendant trois ans sa formation de pédicure-podologue, payante elle aussi. Elle demande aujourd’hui une équivalence pour entrer dans un master universitaire.

      Cette jeune fille, dont la scolarité secondaire aurait dû lui permettre de faire de bonnes études universitaires quasi-gratuites, a donc payé cinq ans de frais de scolarité pour ne même pas obtenir in fine une licence en bonne et due forme. Apparemment, ce n’est pas parce que le métier de pédicure-podologue la passionnait, puisqu’elle ne semble pas vouloir l’exercer.

      Pourquoi n’est-elle pas allée d’emblée à l’université ? Pourquoi a-t-elle (ou ses parents) préféré payer une formation privée d’un niveau qui, jusqu’il n’y a pas si longtemps, n’exigeait même pas le baccalauréat ? Il serait peut-être temps de commencer à réfléchir à la situation présente au lieu de répéter les « Héritiers » de Bourdieu et Passeron. L’absence de sélection à l’entrée à l’université est aujourd’hui anti-démocratique. On peut le prouver.

      • TELL

        Bonjour,

        Je suis d’accord avec F.Vatin sur la sélection mais je suis surpris que tout le monde ait renoncé à voir que le problème de la massification de l’université prenait ses racines dans le dégradation de l’enseignement au collège et au lycée.
        Le bac était le moyen de sélection pour entrer à l’université. Pourquoi oubliez de dire que le taux de réussite au bac, qui fleurte avec les 90%, a été décidé administrativement pour des raisons idéologiques et politiques ?
        Ce n’est pas la peine d’imaginer un système à deux vitesses ou une sélection post-bac qui serait de fait un Bac +, le moyen de sélection ou du moins de certification d’un niveau suffisant existe, il s’agit de la revaloriser. Aujourd’hui au lycée, les élèves savent tous qu’ils auront le bac sans forcer.
        Autre impensé : la baisse « tendancielle » du niveau à l’université depuis plus de 15 ans (suite aux réformes Jospin-Allegre et les suivantes) fait que les nouveaux recrutés MCU, quel que soit « l’excellence » de leur dossier scientifique sont en moyenne moins cultivés que les anciens.
        On confond souvent la grosseur d’un dossier « construit » du candidat et sa capacité de rhéteur avec le réel niveau scientifique. C’est bien sur la même chose dans le secondaire.

        La boucle est donc bouclée

        Fabien

  28. Millesabords

    avant de parler des enseignants-chercheurs il faudrait aussi parler de ce qui fâche : les semestres sont des trimestres d’à peine 11 semaines de cours, quand en Suisse ou en Autriche un semestre fait 14 semaines de cours, avec examens placés en dehors. Sans parler des pays comme en Allemagne où en plus des examens il y a rédaction d’un mini-mémoire (pas certain que cela fasse beaucoup avancer le schmilblick, mais si ça fait du temps de travail/réflexion en plus pourquoi pas…). En France, que ce soit dans le secondaire ou dans le supérieur, le calcul semble bien être depuis des années que nous n’aurions pas les moyens de financer un système de qualité, donc nous sabrons les heures (et du coup les postes, parce que derrière ce sont des postes qui sont supprimés à chaque semaine de mois dans un semestre). Si les connaissances ne doivent être ingurgitées que le temps d’un examen au bout de dix semaines de cours, il ne faut pas non plus demander aux étudiants d’être des saints ou plus intelligents que la moyenne en ayant la bonne idée de considérer que ces connaissances devraient rester dans leur tête un peu plus que le temps d’un partiel. Et que l’enseignant passe son temps dans ses recherches en négligeant ses cours (ça ne doit quand même pas arriver souvent, parce que ce qu’on voit le plus c’est quand même bien des enseignants qui ne cherchent plus grand’chose, étant donné que la plupart des frais de missions pour colloque sont à payer de leur poche et que d’autre part la disparition massive des postes bloque tout le monde) ou qu’il ne se consacre qu’à ses cours, la perte de semaines compte. Commençons par redonner à la Licence un cadre sérieux… Après on pourra voir le reste. Que certains étudiants ne soient pas satisfaits de n’être plus au centre du système, supplantés par des recherches dont ils ne voient pas l’intérêt pour leur chère petite tête (ce qui est une erreur, ça irrigue les cours), qu’ils veuillent à nouveau des enseignants qui n’auront qu’eux comme horizon, c’est normal : il leur reste à apprendre que dans la vie il faut bien accepter de ne pas être toujours au centre et de voir les autres se partager.

  29. François Sarran

    Dans ce long (et intéressant) débat qui a beaucoup élargi la discussion à partir du propos initial, on a fait référence au système américain (étrangement, pas un mot des CEGEP québecois) mais sans mentionner une des clés du système : les droits d’inscription (et les nombreuses modalités de financement de bourses). On sait que les droits dans les « research Universities » varient de 30 000 à 60 000 $ (publiques ou privées) que les droits dans les « State Universities » (ou Colleges) varient de 10 000 à 17 000$ et dans les « Community Colleges » de 3 000 à 7 000$. C’est une clé du système non seulement pour le financement des établissements (avec , dit-on, un « sur-prime crisis » possible des remboursements prochainement) mais c’est aussi une clé dans la responsabilisation des étudiants, qui sont présents au cours, lisent les chapitres à préparer pour le cours, font les (nombreux) devoirs donnés et passent une bonne partie de leur temps dans les bibliothèques sur les références bibliographiques du cours.
    Nos étudiants sont toujours surpris quand on leur donne l’ordre de grandeur de chaque heure de cours (ou de TD) coûte au contribuable français. Pour eux, c’est évidemment quasi-gratuit.

    • François Vatin

      @Tell. Je m’inscris en faux contre cette analyse. Non qu’il soit faux que le niveau du baccalauréat se soit dégradé et que tout irait mieux pour tous si le niveau moyen des bacheliers était plus élevé. Mais, le baccalauréat étant ce qu’il est, il faut prendre en considération une autre dimension du problème : les bacheliers qui entrent à l’université ont été sélectionnés négativement : ce sont ceux qui n’ont pas trouvé de place ailleurs. Les bacheliers que nous voyons arriver, nous universitaires,ne sont donc pas représentatifs de leur cohorte.

      Deux chiffres simplement pour illustrer cette question :
      – 10 % à peine des bacheliers scientifiques s’inscrivent en licence de science, 10 % dans les autres licences. 20 % seulement des bacheliers S (qui représentent 50 % des bacheliers généraux) s’inscrivent donc à l’université (hors médecine et IUT). Ce ne sont pas, en moyenne, les meilleurs.
      – 6 % des bacheliers professionnels non-mentionnés, mais seulement 3 % des bacheliers professionnels mentionnés s’inscrivent à l’université. Même chez les bacheliers professionnels, la propension à s’inscrire à l’université est inversement proportionnelle au résultat au baccalauréat.

      @Millesabords

      Entièrement d’accord sur la question de la durée de l’année universitaire, dont on pourrait calculer le coût en termes d’immobilisation foncière. On construit des équipements qui ne sont vraiment utilisés que 24 semaines sur 52 que compte l’année. C’est consternant.

      Mais je ne crois pas que la volonté d’économiser des heures soit la cause principale de ce calendrier délirant. En cause : la double session d’examen obligatoire, les « semaines de révision » qui sont un acquis syndical étudiant, le refus d’une véritable semestrialisation (on recommencerait au second semestre les enseignements du premier), …

      Dans ma jeunesse, un universitaire était dégagé de toute contrainte du 30 juin au 1er novembre et pourtant l’année universitaire durait 32 semaines. Aujourd’hui, nous sommes mobilisés du 1er septembre au 15 juillet pour une année universitaire de 24 semaines. Cherchez l’erreur.

      Il faudrait faire tourner les campus toute l’année, avec des enseignements d’été, comme dans les universités américaines et dissocier l’emploi du temps des étudiants de celui des enseignants, qui devraient pouvoir concentrer leurs obligations d’enseignement sur une partie de l’année. Car nous avons besoin de large plage de temps « libre » pour vraiment travailler. Dans aucun autre pays les universitaires ne sont aussi mal traités qu’en France : service lourd, pas d’année sabbatique régulière, pas de financement récurrent de recherche (une absurde course au contrat), pas même souvent de bureau ou d’ordinateur financés par l’université, etc. La collectivité publique paye une lourde charge salariale sans donner aux gens les moyens minimum pour travailler. Autre gâchis.

      Pour le reste, je suis d’accord : prétendre faire des économies en réduisant les heures d’enseignement des maquettes est absurde et conduit d’ailleurs à une course poursuite aux services de plus en plus émiettés et durs à constituer. Tout le monde y perd : enseignants et enseignés. Si on veut vraiment réduire les coûts, il faut avoir le courage de ne pas renouveler les postes là où il n’y a plus d’étudiants. Si les universitaires sont si rétifs à la sélection, c’est aussi qu’ils savent que les effectifs, même fictifs, protègent leur poste. Il faut mettre un terme à ce cercle vicieux désespérant pour tous.

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