60%, diplômés du SUP : Non !

Chroniques précédentes sur le rapport STRANES (Stratégie nationale pour l’enseignement supérieur). Un objectif est fixé par le rapport, un objectif de diplomation (terme québecois) : atteindre, en 2025, 60% de diplômés de l’enseignement supérieur dans une classe d’âge. 60% : c’est n’importe quoi ! Les auteurs se mélangent d’ailleurs les pinceaux : pas moins de 4 erreurs ou approximations dans la proposition 1 ci-dessous.

François Hollande, lors de son déplacement à Paris-Orsay le 17 septembre, a fait de ce 60% un objectif pour la nation : l’écouter. Le Monde commet la même erreur que celle souvent commise pour le taux de bacheliers à atteindre, fixé au début des années 80 : la loi disait 80% au niveau du baccalauréat et non 80% de bacheliers.

P1380165Où en est-on en 2013 (dernier chiffre connu) ? 44% des sortants de formation initiale ont obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur (+3 points en 3 ans). Source, indicateur 8.24, RERS 2015. Notons l’emploi d’une nomenclature obsolète, remontant à avant 2002 (licence et maîtrise sont mises dans la même case : ligne 3 du tableau).

Ce taux de 44% situe la France au-dessus de la moyenne en Europe (36,9% des 30-34 ans sont diplômés du supérieur : graphique ci-dessous). Le Royaume-Uni fait mieux que la France (47,6%), l’Allemagne moins bien (33,1%), et l’Italie est en-dessous de tout (22,4%). Ces chiffres sont sans appel : aucun statisticien, aucun économiste ne peut établir de lien de causalité (voire seulement de corrélation) entre taux de diplômés du supérieur et taux de croissance et/ou taux de chômage. La phrase en bas du graphique n’est donc que de la méthode Coué : « une nette accélération de l’élévation des taux de diplomation est nécessaire pour répondre aux besoins de l’économie ».

P1380160Pour mesurer mieux les évolutions historiques, il faut diversifier les indicateurs. Le tableau de la RERS 2015 (ci-dessous) distingue ainsi quatre classes d’âge ; il serait nécessaire de distinguer les 25-29 ans et les 30-34 ans.

Le tableau distingue également les hommes et les femmes. Chez les 25-34 ans et les 35-44 ans, les femmes sont davantage diplômées du supérieur que les hommes. Chez les femmes de 25-34 ans, 48,6% sont diplômées du supérieur (19,8% à bac+2 et 28,8 à davantage que bac+2). Chez les hommes, les taux sont respectivement de 39,3%, 24,1% et 15,2%. Résorber cette forte inégalité ? Ou faire le clown avec un objectif de 60% (75% pour les femmes et 45% pour les hommes ?). Allez les garçons !

P1380164Venons-en maintenant à la proposition n°1 du rapport STRANES. Elle contient quatre erreurs ou approximations qui ne seraient pas pardonnées à un étudiant en master d’économie ou de statistique.

P13801591. Première critique. Le rapport glisse, sans rien en dire, de la diplomation à la qualification. Les auteurs semblent ignorer la controverse qui existe depuis les années 70 sur la relation formation-emploi. Quels liens possibles entre le diplôme obtenu et le poste de travail occupé ? Nous reviendrons sur cette question essentielle dans une prochaine chronique  : qualification et compétence sont des termes ambigus (on peut dire d’une homme qu’il est qualifié et compétent ; on peut dire d’un poste de travail qu’il est qualifié mais non qu’il est compétent).

2. Deuxième critique. Atteindre 60% … Les auteurs se mélangent les pinceaux. Atteindre cet objectif en sortie de formation initiale (ils le laissent croire vu les sources présentées) ou en y incluant les diplômes obtenus en formation tout au long de la vie ? Fixer alors un objectif de 70% de diplômés du supérieur pour les 35-44 ans en 2025 ? Un objectif digne d’une armée espagnole !

3. Troisième critique. Atteindre 60% : 50% au niveau licence, 25% au niveau master. C’est mal formulé. Il faudrait dire : en 2025, 60% devront avoir au moins un bac+2, 50% un bac+3, 25% un bac+5. Les auteurs laissent donc entendre qu »il y aurait plus de sorties au niveau bac+2 ou 3 (35%) et moins de sorties (25%) au niveau bac+5. Le tableau ci-dessus indique l’inverse : davantage de sorties à bac+2 et plus que de sorties à bac+2. Il manque donc un indicateur : celui du taux de sorties à bac+3. Les auteurs oublient-ils que nous sommes passés au système LMD et que les sorties à bac+2 avaient vocation à disparaître (création des licences professionnelles en 1999 !).

4. Quatrième critique. Données 2014 : 42% de diplômés de l’enseignement supérieur, 27% au niveau Licence ou plus et 17% au niveau Master ou plus. Cette phrase commet une erreur d’addition et est absurde : elle mérite un zéro pointé. Un défi pour une lectrice ou un lecteur du blog : formuler correctement la proposition !

Oui, décidément, il faut enterrer immédiatement le rapport STRANES.

Commentaires fermés sur 60%, diplômés du SUP : Non !

Classé dans Non classé

Les commentaires sont fermés.