Dubar, faire de la sociologie

Claude Dubar, professeur de sociologie, est décédé le 29 septembre 2015. En 2004, mon ami Claude avait vaincu le cancer ; cette fois, le même mal l’a terrassé. Claude allait avoir 70 ans, le 11 décembre prochain.

Octobre 1963. Claude va avoir 18 ans, j’en ai 19. Titulaires de la propédeutique, lui en sciences après une année de CPGE scientifique, moi en lettres, nous suivons, au séminaire de Merville dans le Nord, des études de philosophie, préparatoires aux études de théologie.

En octobre 1964, ayant décidé, chacun de son côté, que devenir prêtre n’était pas un avenir pour nous (le Concile Vatican II -1962-1965- n’a pas autorisé le mariage des prêtres), nous voici inscrits à la Faculté des Lettres de l’université de Lille, rue Auguste Angellier, Claude persévère en philosophie ; je choisis la sociologie (licence créée en 1958).

Nous obtenons la licence en juin 1966. Puis un mois de voyage en Yougoslavie, neuf étudiant(e)s de gauche et une Estafette, à la recherche de l’autogestion. Claude est chef de la chorale ; il écrit de nouveaux textes sur des airs de cette période. Période d’insouciance mais dans une Europe divisée et en guerre froide.

Février 2004. Claude combat son cancer, mais se prépare à la mort. « Pierre, on se connait depuis 40 ans ; tu es mon ami le plus ancien ; lors de la cérémonie au Père Lachaise, tu parleras de mes premières années : 1963-1972«  (l’engagement dans l’UNEF, la création de la Jeunesse universitaire chrétienne, les premières recherches, la nomination comme assistant, le choix du conjoint et le mariage à Corbie, la thèse, l’engagement au PSU dans l’immédiat après-68, la naissance du 1er enfant, Emmanuel, la coopération au Liban). Par bonheur, je n’ai pas eu à le faire en 2004 ! 2005 : Claude retrace sa trajectoire professionnelle dans un long entretien avec Christian Bolduc.

Les sociologues (mais pas seulement eux !) savent que l’autobiographie n’approche que partiellement la vie vraie. Claude tente pourtant l’expérience d’écrire l’histoire de sa vie professionnelle : en 2006, chez Belin, il publie Faire de la sociologie, un parcours d’enquêtes.

2010, Claude est ulcéré, comme de très nombreux sociologues, par un cas de plagiat sans vergogne d’un membre éminent de la section sociologie du CNU. Il s’interroge et concentre ses attaques sur Michel Maffesoli : Sociologie : comment en sommes-nous arrivés là ? Il me fait l’amitié de publier cette longue libre opinion sur le blog Histoires d’universités ; il la date du 11 décembre, jour anniversaire de ses 65 ans.

P13809561995, nous fêtons –  Annette, Claude et moi – nos 50 ans ; une méga-fête à Port-Royal des Champs. 2015, nous souhaitons, tous les trois, fêter ensemble nos 70 ans. Nous ne sommes pas parvenus à organiser cette fête ; j’ai une grande part de responsabilité dans cet échec, ayant refusé les propositions de Claude. Une sorte de trahison d’une amitié longue de 52 ans. Pardon, Claude !

Merci à toi d’avoir combattu toute ta vie pour donner sa dignité scientifique à la sociologie. Ton nom et tes œuvres marqueront à jamais 50 années de sociologie (1965-2015).

Merci et au revoir, mon ami Claude ! Annette nous a appris ta mort alors que nous nous dirigions vers Rochefort-sur-Mer. Peu après cette annonce, nous avons visité Notre-Dame de Surgères, une magnifique église romane, dont la construction a commencé au 11ème siècle. Tu aurais aimé !

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7 Commentaires

Classé dans E. Sciences humaines et sociales

7 réponses à “Dubar, faire de la sociologie

  1. BAUIDELOT Christian

    Bravo Pierre et merci, à tout à l’heure,

  2. Lise Demailly

    MercI. Lise

  3. Claude, je me souviens d’une bonne discussion avec toi à Toulouse vers 2005 sur les sociologies « professionnelles ». J’aurais aimé te revoir, mais la Nave Va. Repose…

  4. FAVE Marie-Françoise

    Merci à Pierre pour cet hommage. Continuons à lire et relire Claude Dubar.

  5. mirella

    La douleur m’empêche de dire l’admiration et l’amitié qui m’a liée à Claude ces derniers trente-quatre ans. Merci Pierre pour avoir raconté les moments les plus importants de sa vie. Claude va nous manquer.
    mirella

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