Chômage des jeunes en baisse ?

En septembre 2015, le nombre de demandeurs d’emploi (de catégorie A) de moins de 25 ans était de 526.800 (tableau ci-dessous dans DARES Indicateurs, octobre 2015, n°079). Il a baissé de 2,7% en un an (541.400 en septembre 2014). Faut-il s’en réjouir ?

La prudence doit rester de rigueur car tous les jeunes qui recherchent du travail ne s’inscrivent pas à Pôle emploi (c’est d’autant plus vrai quand ils n’ont pas droit à une indemnisation). De plus, le calcul du taux de chômage s’appuie non sur la statistique des demandeurs d’emploi mais sur celle des Enquêtes Emploi (chômage au sens du BIT, dans Activité des jeunes et Politiques d’emploi, juillet 2015).

5P1400248Pour répondre à la question Le chômage des jeunes baisse-t-il ?, il est d’abord nécessaire de rappeler que les jeunes de 15 à 24 ans peuvent se trouver dans 4 situations : au chômage, en emploi, en formation, en inactivité. A partir de là quatre taux peuvent être calculés :

1P1390978Deux indicateurs concernent le chômage. Au 1er trimestre 2015, le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans était de 24,1% ; il avait progressé de 1,2 point depuis le 1er trimestre 2014 (ligne 1 du tableau ci-dessous, courbe rouge du graphique). Dire que 24,1% des jeunes étaient au chômage est une grossière erreur.

En fait, au 1er trimestre 2015, la part de chômage dans l’ensemble des jeunes était de 9% (ligne 2 du tableau ci-dessous, taux en en progression également ; courbe bleue du graphique ci-dessous). Au printemps 2015, on ne pouvait parler de recul du chômage des jeunes.

2P14002474P1390977Le tableau et le graphique ci-dessus fournissent deux autres informations clés. Le taux d’activité des jeunes de 15-24 ans était de 37,3% au 1er trimestre 2015 (28,3% en emploi + 9% au chômage). Ainsi, à cette date, 62,7% des jeunes étaient en formation ou en inactivité (= n’ont pas d’emploi et n’en cherchent pas).

En Europe, la répartition des jeunes de 15 à 24 ans entre chômage, emploi et formation est très différente d’un pays à l’autre. En moyenne, le taux d’emploi des jeunes (27%) est inférieur en France à celui observé en moyenne dans l’Union européenne (32,2% – 59,5% aux Pays-Bas, 48,7% au Royaume-Uni, 46,3% en Allemagne -). Alors que le taux d’emploi a progressé d’un point en Europe en un an, il a reculé de 0,2 point en France.

3P1390979Du printemps 2014 au printemps 2015, la situation des jeunes de 15 à 24 ans s’est dégradée en France : progression du taux de chômage et de la part du chômage, diminution du taux d’emploi. La relance de la politique des emplois aidés par la Gauche en 2012 n’a que peu impacté la structure des emplois (graphique ci-dessous). Depuis 2012, la part des emplois aidés parmi les emplois occupés par les jeunes a progressé de 25 à 28,7%, mais cette progression n’a pas suffi pour entrainer une diminution du chômage des jeunes.

7P1400250L’évolution du nombre de demandeurs d’emplois de moins de 25 ans devra être regardée avec beaucoup d’attention dans les deux ans qui viennent.

Une diminution de ce nombre, sans qu’il y ait une progression du nombre de jeunes en emploi (taux d’emploi), et si elle était due essentiellement à une progression du taux de poursuite d’études des jeunes dans l’enseignement supérieur, pourrait être porteuse d’un phénomène de bulle. Il ne faut donc pas se féliciter de la forte augmentation des inscriptions à l’université, encore constatée à cette rentrée : dans l’immédiat, elle peut entraîner une baisse du chômage des jeunes, mais en transformant l’université en parking d’attente pour chômeurs à terme.

2 Commentaires

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2 réponses à “Chômage des jeunes en baisse ?

  1. Samuel BLIMAN

    Et si l’on sortait de ces données statistiques ce qui concerne les diplômés d’écoles il resterait ce qui touche les étudiants passés par les universités: cela donnerait quelles informations? A l’appui de ce questionnement, voir les supplément écoles et universités du Monde paru durant la semaine 45

  2. François

    Pierre,bravo pour ce rappel sur les définitions du taux de chômage, de la part de chômage, etc.
    Il faudrait organiser des séminaires pour faire rentrer ces notions dans le crâne des journalistes, pour qui 24% de taux de chômage signifie habituellement que 24% des jeunes sont chômeurs.
    Un record de désinformation a été atteint dans des article du Monde (dont pourtant les journalistes sont censés être les plus éduqués de la profession !) qui comparaient le taux de chômage des jeunes en France et dans des pays présentés comme vertueux (Allemagne, Suisse).
    Je l’avais d’ailleurs signalé à ce journal suite à un article paru le 3/7/2014 :
     » Votre enthousiasme pour le système suisse ne devrait pas vous conduire à exagérer les différences de résultats avec la France au prix d’erreurs statistiques. Or phrase de l’article : « Le taux de chômage des 15-24 ans n’est que de 3% contre 23% en France  » est inexacte.
    Comme vous le montrent les statistiques officielles suisses http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/03/03/blank/key/erwerbslose0/struktur.html, le taux de chômage moyen suisse des 15-24 ans est actuellement 8,5%.
    La différence vient du fait que vous comparez :
    – la proportion de jeunes Suisses au chômage parmi la population totale des 15-24 ans (3%)
    – au taux de chômage des jeunes Français du même âge (23%).
    Or ces deux notions sont complètement différentes … (suit un rappel de définitions) … Dans les pays développés où une proportion importante des 15-24 ans est lycéenne ou étudiante, ceci revient à dire que le taux de chômage des jeunes est mathématiquement deux ou trois fois le pourcentage de jeunes au chômage …..
    Cette erreur est constante dans les médias (dont Le Monde !).
    Voir par exemple le titre du numéro daté du 9 avril 2014 :
     » Emploi : un jeune Français sur cinq condamné au chômage; 22% des moins de 25 ans n’ont pas trouvé d’emploi trois ans après leur sortie du système scolaire … Cet échec français est d’autant plus criant qu’il n’est pas inéluctable : seuls 5% des jeunes Allemands sont au chômage « .
    – si on lit complètement l’article, on s’aperçoit que c’est un jeune Français sur cinq sorti du système éducatif qui est au chômage,
    – page 6, on apprend qu’en Allemagne  » en 2013 sur 100 jeunes de 15 ans à 25 ans, 44% poursuivaient leurs études, 31% avaient un emploi, 16% poursuivaient une formation professionnelle, 5% étaient au chômage et 4% échappaient à toute définition précise ».
    Sur 100 jeunes Allemands, 60% poursuivent leurs études ou sont en formation, donc seuls de 36 à 40% constituent la population active. Compte tenu de l’incertitude de ce que font 4% des jeunes Allemands, leur taux de chômage est donc situé quelque part entre 5/40 et 5/36 (soit 12,5% et 13,9%). C’est mieux que le taux français de 22%, mais pas du tout 4 fois, comme le fait croire l’article.

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