QSF écrit à Thierry Mandon

Qualité de la Science Française (QSF). Lettre ouverte au Secrétaire d’État à l’enseignement supérieur et à la recherche, 05 novembre 2015.

A la suite de la rencontre qu’une délégation de notre association a eue avec M. Thierry Mandon, Secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, et plusieurs membres de son cabinet, le 14 octobre dernier, nous avons estimé utile d’adresser à M. Mandon, le 21 octobre, une lettre revenant sur les divers points abordés au cours de cette entrevue.

… Nous ne cessons de le rappeler, l’université française considérée dans son ensemble est prise dans un étau entre (a) un système sélectif qui attire les jeunes étudiants les plus motivés et les mieux formés, (b) des organismes de la recherche qui revendiquent leur centralité et leur prédominance dans l’espace de la recherche française et (c) la volonté politique de confier au système universitaire la mission de la diplomation de masse (composant en cela avec des syndicats étudiants très peu représentatifs mais au pouvoir de blocage démesuré). Dans ces conditions, si rien n’est fait pour donner à nos universités les moyens budgétaires et surtout réglementaires de rivaliser avec les autres acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, la transformation de l’université française en troisième stade de l’enseignement secondaire, excepté précisément pour un certain nombre de diplômes fondés sur une sélection effective, sera bientôt achevée. L’université pourra alors continuer de rendre certains services sociaux, mais elle aura perdu dynamisme et rayonnement intellectuel et n’aura alors plus de tel que le nom.

Cette mue que nous dénonçons depuis plusieurs années est déjà particulièrement visible pour les disciplines des humanités, pour lesquelles on demande désormais aux enseignants-chercheurs de réapprendre à écrire à des étudiants qui ont eu le bac par une espèce de faveur administrative et qui ont choisi par défaut ou sans vraie connaissance de cause les filières dans lesquelles ils sont inscrits. Que diraient à juste titre nos collègues mathématiciens si on leur demandait d’introduire dans leurs formations de L1 une révision des équations de premier degré ?…

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2 Commentaires

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2 réponses à “QSF écrit à Thierry Mandon

  1. Pierre

    « Que diraient à juste titre nos collègues mathématiciens si on leur demandait d’introduire dans leurs formations de L1 une révision des équations de premier degré ? »
    Et que croyez-vous qu’ils fassent dans les formations de L1? On y enseigne aussi l’addition des fractions…

  2. Guillaume

    Bonjour,

    Les universitaires sont bien conscients de cela depuis plus de 10-15 ans.
    Le problème est que entre le désir réel (ou la posture) d’aider les étudiants le plus éloignés et la nécessité de remplir les filières pour décrocher des postes et de promotions pour leur équipe de recherche, un mensonge « déconcertant » s’est instauré depuis plusieurs années. Les directions universitaires favorisent et promeuvent d’ailleurs ces enseignant qui ont fait le choix d’accompagner les réformes détestables au détriment du niveau scientifique. La nouvelle bureaucratie managériale n’est pas prête à lâcher ses prérogatives pendant qu’elle envoie ses enfants dans les grandes écoles. Les enseignants chercheurs qui dénoncent cet état de fait sont écartés et désignés comme des nouveaux réactionnaires élitistes.
    Cependant la solution de QSF (instaurer un année zéro) me semble peu adapté. A-t-on abandonné l’idée de ré-instaurer un vrai parcours au collège et au lycée sanctionné par un bac exigeant. Bien sur si on vaut garder le taux de 90 % de réussite au bac mais un taux réel et non pas administratif , il faudra mettre bcp de moyens humains pour aider les élèves en retard. Je crains qu’un année supplémentaire soit vue comme une aubaine par nos collègues pour réclamer plus de postes mais elle ne pourra que marginalement combler les lacunes de nos lycéens mêmes chez les mentionnés (la aussi le nombre de mention ne reflète pas la réalité). Par ailleurs, l’arrivée massive des « nouvelles » pédagogie dites actives à l’université (les compétences) donnera le mêmes résultats que ce qu’elles ont donnés dans le secondaire : un taux de réussite pharaonique ou soviétique au niveau de la licence. Non pas qu’il ne faille pas s’intéresser à la pédagogie à l’université, bien au contraire. Cependant, il est assez facile d’accuser les universitaires de ne pas savoir enseigner plutôt que de leur en donne les moyens. La encore commence à émerger une bureaucratie « pédagogue » qui imposera à tous une norme enseignante à coup de TIC, MOOC, classe inversée etc… au détriment de la liberté académique et surtout des contenus disciplinaires. Que ses nouveaux outils puissent aider n’est pas en débat mais ils ne pourront pas être plus performant qu’un enseignant motivé et maîtrisant sa discipline. Déjà Dewey que tout le monde cite mais personne ne lit avait bien compris cela.
    Les syndicats universitaires devraient donc cesser leur ostracisme politicien vis-à vis des analyse de QSF ,et QSF devrait sortir de sa posture surplombante et de sa proximité avec le pouvoir libéral.
    Sinon la posture finira en imposture. Je ne parlerai pas de l’UNEF pépinière pour bureaucrates stipendiés par l’état.

    Bien Amicalement