Le doctorat sur les rapaces

Entretien de Christophe Hugot avec Hélène Normand, Insula (le blog de la Bibliothèque des Sciences de l’Antiquité de Lille 3), 24 novembre 2015.

Premiers paragraphes de l’entretien en ligne. Hélène Normand vient de publier chez Ausonius sa thèse de doctorat : Les rapaces dans les mondes grec et romain : catégorisation, représentations culturelles et pratiques.

Christophe Hugot : Nous catégorisons aujourd’hui les rapaces d’une manière assez peu scientifique. Pour nous, un rapace, c’est un oiseau carnivore, ayant des yeux perçants, un bec crochu et tranchant, possédant des serres pour se saisir de ses proies. Qu’en est-il en Grèce et à Rome ? Les Grecs et les Romains ont-ils caractérisé une famille de rapaces ?

Hélène Normand : Effectivement, le terme rapace n’a pas aujourd’hui de pertinence scientifique dans la mesure où il ne correspond pas à un taxon précis dans la systématique actuelle1, laquelle devient par ailleurs, avec les avancées de la phylogénétique, de moins en moins intuitive. Le terme de rapace n’en reste pas moins utilisé, par les ornithologues tout comme par les non-ornithologues, comme un vocable pratique pour désigner un ensemble d’oiseaux présentant des ressemblances phénotypiques facilement visualisables. Il s’agit en effet d’oiseaux, diurnes ou nocturnes, pourvus d’un bec crochu et de serres recourbées − cette morphologie particulière étant associée à un régime alimentaire carnivore.

L’un des objectifs de cet ouvrage est précisément de s’interroger sur l’existence d’une catégorie de rapaces dans l’Antiquité. Dans le monde grec, les gampsônykhes (littéralement : les < oiseaux > aux griffes recourbées) correspondent très précisément ce que nous appelons aujourd’hui des rapaces, et on notera que le terme est employé non seulement par des auteurs de traités zoologiques comme Aristote mais aussi par des non-spécialistes. Dans le monde romain, où il n’existe pas de lexème courant qui désignerait une catégorie d’oiseaux de proie, les choses sont en revanche assez floues. La distinction entre oiseaux diurnes et oiseaux nocturnes est très nette, et par ailleurs, parmi les rapaces diurnes, on ne peut observer que des regroupements partiels d’oiseaux de proie. Les oiseaux semblent classés par les Romains de façon assez fluctuante en fonction des circonstances et de la perspective adoptée.

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