Insertion des masters : questions !

Résultats de la 6ème enquête DGESIP sur l’insertion professionnelle des diplômés de l’université. L’enquête annuelle confirme la bonne insertion des diplômés 2012. Pour cette 6ème enquête, un plus grand nombre d’indicateurs a été pris en compte : c’est un progrès par rapport aux années précédentes (chronique : ne lisez pas l’enquête Masters).

Bonne insertion des diplômés 2012, 30 mois après l’obtention de leur diplôme ? Non ! Ministre et Secrétaire d’État, loin des réalités, sont obligés de pratiquer la méthode Coué pour pouvoir afficher une satisfaction.

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, tiennent à souligner la qualité des formations universitaires qui accueillent 62 % des étudiants et constituent un véritable tremplin vers l’emploi. L’amélioration continue du processus pédagogique et du levier numérique sera au cœur des prochaines actions du ministère afin de permettre d’atteindre l’objectif fixé par le Président de la République d’avoir 60 % d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur en accord avec les propositions de la stratégie nationale de l’enseignement supérieur.

Les ministres font de la communication institutionnelle : celle-ci est de plus en plus souvent trompeuse. Bonne insertion ? Exemple de 4 mauvais résultats. 30 mois après l’obtention de leur diplôme, 11% des diplômés de master sont au chômage : c’est un mauvais taux ; il ne faut surtout pas s’habituer au fait que le diplôme du supérieur long ne protège plus du chômage.

60% de cadres seulement chez ces diplômés, c’est un mauvais taux. Cela signifie que la relation formation-emploi, souhaitée et planifiée à partir de la fin des années 50, bat définitivement de l’aile. Niveaux I et II de formation – master et doctorat – correspondaient à la catégorie socioprofessionnelle Cadres et Professions intellectuelles supérieures. Fin 2014, 40% des diplômés de master 2012 ne sont pas cadres.

58% de femmes parmi les diplômés de master (79% en Lettres, 39% en Sciences), mais, pour elles, quelle que soit la filière de formation, un salaire toujours moindre (salaire net médian mensuel pour un temps plein : 2030 euros pour les homme et seulement 1790 euros pour les femmes). C’est un mauvais résultat.

25% des diplômés de Lettres, Arts et Langues (à temps plein) ont un salaire net mensuel inférieur à 1270 euros (inférieur à 1200 euros en Sciences du Langage et Linguistique, en Arts). C’est un mauvais résultat.

Suite de la communication institutionnelle du ministère. Toutes les universités ont participé à l’enquête, attestant de la priorité accordée à l’insertion professionnelle, inscrite au cœur de la loi du 22 juillet 2013. Cette enquête représente un instrument de pilotage pour les universités et pour le ministère. Elle est aussi une source d’information importante pour les familles et les étudiants ainsi que pour les futurs étudiants qui préparent leur insertion dans l’enseignement supérieur.

Un instrument de pilotage pour les universités, une source d’information pour les familles et les étudiants ? Non, non et non ! L’enquête de la DGESIP ne prend en compte qu’une minorité de diplômés, comme l’indique la Notice méthodologique : le champ d’interrogation porte sur les diplômés de nationalité française, issus de la formation initiale, n’ayant pas poursuivi ou repris d’études dans les deux années suivant l’obtention de leur diplôme. Les diplômés vérifiant ces conditions représentent respectivement 38 % des diplômés de master (hors master enseignement) et 50 % des diplômés de master enseignement.

39.798 diplômés ont été pris en compte dans le champ d’interrogation par rapport à une population recensée de 105.830. Cet effectif total pose d’ailleurs question : pour les RERS 2015 (indicateur 8.20), le nombre de masters délivrés en 2012 a été de 122.044 (60.665 masters professionnels, 18.002 masters Recherche, 43.377 masters indifférenciés (cliquer sur la photo pour l’agrandir).

P1410521Copie de P1410521

L’exclusion des diplômés qui ont poursuivi ou repris des études dans les 2 ans suivant le diplôme pose plusieurs questions. Pourquoi une poursuite d’études (hors doctorat) après un bac+5 ? Est-ce pour fuir un marché du travail difficile ? Parce que le Master n’a pas apporté suffisamment de compétences (critique de l’offre de formation) ? Parce que le nombre de diplômés devient pléthorique et le deviendra de plus en plus si la sélection à l’entrée de la 2ème année de master est supprimée ? Est-ce normal de faire supporter à la collectivité le financement d’un deuxième ou d’un troisième diplôme à bac+5 ou en-dessous de bac+5 ?

Dans la chronique qui suit, je tenterai de mesurer l’importance de la poursuite d’études après le master, en me référant à des enquêtes locales menées par des Observatoires universitaires. Ces enquêtes élargies sont plus utiles pour le pilotage des universités et pour l’information des étudiants que l’enquête DGESIP.

Pour aller plus loin : Malgré la crise, les diplômés d’université s’insèrent rapidement sur le marché du travail, Note Flash, n°6, décembre 2015. Lire également (chroniques du blog) : Enterrer le rapport STRANES, Baisse des salaires en Master.

1 commentaire

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Une réponse à “Insertion des masters : questions !

  1. Roux

    Mais on va finir par douter que l’on peut faire toute autre chose que du droit quand on a un M2 de droit ….de l’histoire quand on a un M2 d’histoire …etc…c’est très mécaniste comme sysyème et absurde ! C’est l’Union soviétique …

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