Lautenbach. Frise, l’adultère

Lautenbach (68), église Saint-Michel et Saint-Gangolphe : album de 46 photos. Pour l’histoire de l’abbaye, citations empruntées à deux sources : Route romane d’Alsace, Encyclopédie Beseditions.

Histoire. 810. Des moines irlandais venus de Honau, près de Strasbourg, fondent ici un couvent. A l’époque, Lautenbach relève de la juridiction de l’évêque de Strasbourg.

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Cliquer sur les images pour les agrandir

1080. Lautenbach attire l’attention surtout au 11ème avec la prise de position de Manegold de Lautenbach dans la querelle des Investitures en faveur du pape Grégoire VII. Lautenbach fut dévasté en 1080 par les troupes de l’empereur Henri IV. Manegold organisera plus tard l’abbaye de Marbach.

1134. C’est une ère prospère pour l’abbaye ; vers 1134, l’avoué Werner de Habsbourg active la reconstruction de l’église, ainsi que celle de Gundolsheim et Soultzmatt. A la fin du siècle, le pape Luce III confirme tous les privilèges et maintient à l’évêque de Strasbourg le droit de nommer titulaires et prébendes de la collégiale.

Architecture. L’église actuelle est de plan basilical à trois nefs charpentées.

P1340460Le massif occidental abrite le porche, pur joyau de l’art roman du 12ème siècle. Cet espace de trois vaisseaux et deux travées couvertes de voûtes d’ogives protège le portail dont les ébrasements sont ornés de colonnettes dont les chapiteaux forment une frise représentant à droite des scènes d’adultère (et les châtiments encourus) en lien avec la vie de saint Gangolphe, saint patron des mal mariés.

Deux lectures des frises du porche. La première dans Catéchèse.

Sur la frise de gauche, cinq groupes de personnages se succèdent comme sur une bande dessinée.

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(1) Une femme tient un bébé dans ses bras, la position de ses pieds montre qu’elle se dirige vers le nord, mais sa tête et ses yeux se détournent dans la direction opposée.
(2) Un homme, qui paraît se cacher derrière sa main droite, regarde la femme. Il a ses deux jambes allongées en avant comme pour garder de la distance. Derrière lui, un animal, sans doute un âne, se penche sur son dos comme pour lui murmurer quelques mots à l’oreille ; la bête a elle-aussi ses deux pattes arrière allongées en avant. Ainsi dirait-on que la bête et l’homme ne font qu’un.
(3) L’homme et la femme s’enserrent et s’embrassent, le bébé (abîmé) parait être porté sur le dos de la femme.
(4) L’homme bouscule la femme et la bat avec un bâton. Celle-ci tombe à la renverse avec son bébé. Un gros reptile, une sorte de dragon, mord le vêtement de l’homme, il semble descendre du ciel à l’extrémité gauche de la scène. Un petit personnage, figé comme une poupée, est allongé, bras écartés, dans la queue du gros serpent.
(5) La dernière scène, courante dans l’iconographie romane, représente Samson. Le juge juché sur un lion, lui écarte ses mâchoires avec ses mains. La scène est dirigée vers le sud à l’envers de la frise.
La frise représenterait-elle simplement une scène de la vie conjugale ? Ou bien serait-ce une affaire d’adultère qui tourne mal ? L’animal représenterait la bestialité humaine ou même Satan, le serpent du jardin d’Eden. Mais que vient faire Samson ?

Frise de droite. La séquence sculptée dans la pierre se dirige dans la direction opposée de la précédente, vers le sud et non plus vers le nord. Trois groupes de personnages constituent cette frise.

Les deux premiers groupes sont quasiment identiques : deux hommes paraissent s’embrasser, bouche à bouche, nez à nez, leurs bras sont croisés et leurs jambes allongées sous leurs corps comme pour rester à distance l’un de l’autre. Ils sont nus. Au dessus d’eux, quelques feuilles de verdure descendent, rappelant peut-être le jardin d’Eden.

La dernière scène est un homme nu qui est présenté à mi-corps. Il semble sortir de terre. Ses bras levés vers le ciel, formant le V de la victoire. Sur le visage de l’homme, se dessine un sourire : il est heureux. De ses grands yeux, il fixe l’ouest, le soleil qui se couche. Ses mains levées tiennent chacune un personnage. A gauche, c’est un petit bonhomme qui ressemble à la poupée de la frise précédente, il est pris lui aussi dans la queue enroulée du grand serpent. A droite, l’homme victorieux tient la jambe droite d’un enfant dont la main gauche est mordue par un animal un peu lourd qui ressemble
à un cochon.

Certains commentaires modernes évoquent l’homosexualité en s’arrêtant aux deux premiers groupes. Mais l’ensemble de la frise évoque sans doute une autre réalité qui pourrait avoir des rapports avec saint Gangolphe et avec le jardin d’Eden

Deuxième lecture dans les fiches du CRDP sur l’Art roman. La frise de l’imposte se lit de l’intérieur vers l’extérieur :

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• Sur le jambage gauche, une femme portant un enfant est en butte aux avances d’un homme nu ; une bête aux longues oreilles symbolise le tentateur. Suivent l’homme et le femme enlacés, puis le mari battant sa femme qui tombe avec l’enfant ; enfin l’enfant couché sous un serpent, l’homme nu ouvrant la gueule du monstre.
• Sur le jambage droit, deux groupes d’hommes enlacés, un homme faisant voltiger un enfant dans chaque main, l’un enlacé par un serpent, l’autre mordu par un porc. Cette brute ricanant est l’image du maître des Enfers, tout comme le tricéphale de Marmoutier.

Le sens de ces scènes n’est pas très clair. La représentation de l’adultère est sans doute en relation avec les fonctions de saint Gangolphe, les scènes démoniaques pouvant se rattacher au cycle de Saint Michel.

L’angle sud-ouest : à l’angle sud-ouest du porche une sculpture mérite attention : deux personnages en un jardin, habillés et chaussés, représentent les élus en possession du fruit du Paradis. On retrouve cette scène au portail de l’église franciscaine de Salzbourg et dans passablement de miniatures (Manuscrits de l’école de Thuringe).

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1 commentaire

Classé dans A. Art médiéval, A. Histoire médiévale, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

Une réponse à “Lautenbach. Frise, l’adultère

  1. Chevalier

    Beau travail d’explication. Il y a, dans certaines petites églises de campagne du Pays de Caux (76), près du Havre, des frises avec des symboles venus des Viking que les prélats chrétiens ont « tolérés ».

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