Critique des Pôles de SPC

Suite de la chronique Sorbonne Paris Cité : les pôles éliminent Paris 13. Analyse critique par le Collectif Force Faiblesse Opportunité Menace. Un papillon sur les pôles

Petit à petit, l’Université Sorbonne Paris Cité, immense usine à gaz, mécano mégalomaniaque, université unifiée qui s’avance masquée, se construit en toute discrétion, dans l’indifférence générale de personnels et d’étudiants qui ne savent pas encore ce qui les attend [1]. Les institutions centrales, soigneusement verrouillées, sont en place depuis l’année dernière, avec des Conseils sous contrôle, un Bureau et un Président tout puissants, quelques satrapes nommés et rémunérés pour gérer des services qui n’existent que sur le papier.

C’est maintenant le tour des pôles disciplinaires, qui doivent encadrer, comme il a été promis dans le projet IDEX, toutes les activités des huit établissements. Les quatre secteurs disciplinaires ont été taillés à la hache dans le corps vivant, fragile et complexe de la recherche et de l’enseignement : Sciences de la Vie et de la Santé ; Sciences sociales ; Humanités, Arts, Lettres et Langues ; Sciences exactes et Technologie. On a nommé des préfigurateurs, qui ont nommé des comités de pôles. Les amis de leurs amis sont toujours des amis… Les préfigurateurs ont rédigé des rapports, censés cartographier leurs secteurs, identifier des partenariats, des axes majeurs. Dès qu’ils les ont fait connaître, la médiocrité de ces travaux a été rendue publique et a suscité de nombreuses réactions : personne ne se reconnaît dans ces descriptions bâclées en quelques mois, sans véritable concertation, sans véritable connaissance de terrains aussi divers, aussi hétéroclites et aussi étendus.

Mais cela n’empêche pas la machine Shadock d’avancer inexorablement vers son absurde terminus. Les pôles, aussi mal définis et aussi mal engagés qu’ils soient, vont se voir doter de moyens très importants. On a déjà testé le dispositif avec des rognures de crédits IDEX : quelques dizaines de milliers d’euros ont été distribués par les préfigurateurs : pas d’appel public, pas de procédure, pas de jury. Toujours les amis de leurs amis… Mais il faut rendre les pôles alléchants, non ?

Ce n’est d’ailleurs qu’un début. Le document, intitulé Missions et organisation interne des pôles, vient s’ajouter au rapport d’étape IDEX et précise la stratégie en œuvre. Habilement, on ne forcera pas les UFR et départements à se rattacher aux pôles : on préfère la méthode de l’incentive management, employée avec succès par nos ministres depuis des années. Chacun est libre mais ceux qui se rallieront aux pôles en retireront des bénéfices substantiels.

Jugez-en : les pôles se verront attribuer au moins un tiers des crédits IDEX, ils donneront un avis sur tous les profils de postes (p. 8 du rapport IDEX), décideront du profilage de 10 % des postes (p. 49), harmoniseront l’offre de formation (p. 30), etc… Le rapport définit ainsi leur périmètre d’intervention : recherche, formation, international, plateformes, valorisation, ressources humaines (p. 35). En fait, les pôles auront toutes les missions d’une faculté, à l’ancienne, ou d’une énorme UFR.

Mais cela va se faire en douceur. Dans les termes mielleux d’USPC, cela se dit ainsi : [les pôles] ne sont pas […] des structures d’appartenance administrative ou de rattachement des composantes internes des établissements : l’appartenance à un pôle se fait sur la base des affinités disciplinaires, et une composante peut parfaitement relever de plusieurs pôles et participer à la vie collective de chacun d’entre eux. (Note sur les pôles, p. 1) Comme c’est rationnel ! On peut appartenir à un pôle ou à plusieurs, mais seulement selon ses affinités, et sans y être rattaché. L’organigramme d’USPC ressemble de plus en plus furieusement à un plat de spaghetti… Mais que l’on ne se trompe pas sur la finalité et les conséquences du système : la recherche, de plus en plus dépourvue de crédits récurrents, dépendra des financements alloués par les pôles, les postes et les diplômes seront gérés depuis les pôles, etc. Ceux qui n’iront pas quémander à ce guichet-là seront rapidement marginalisés.

Alors, quel pilotage pour ces pôles ? Selon la logique habituelle de la COMUE, le caporalisme sera appliqué sur toute la ligne. La note sur les pôles annonce le cahier des charges suivant : La gouvernance d’un pôle doit être collective, dotée de pouvoirs décisionnels importants, notamment en lien avec l’Idex, et encadrés (p. 2). Si le terme « collective » vous fait rêver de démocratie, d’élections, de représentants des personnels et des étudiants, vous vous faites de regrettables illusions. En fait, « collective», dans le langage USPC, cela signifie que « [les] établissements et [les] organismes […] doivent être représentés au sein des comités de pôles (ibid.). En clair, des représentants nommés par les établissements (« il peut s’agir de VP, de responsables de composantes internes, de membres des conseils/commissions, de chargés de mission, etc », p. 3), qui proposeront un directeur, nommé au final par le président d’USPC. Et il y aura même quelques élus (mais oui…), mais élus par une « assemblée du pôle » composée de « Directeurs d’Unités de recherche, responsables d’UFR, responsables d’ED, directeurs de Labex… Rien que du beau monde.

Voilà donc à quoi ressemblera un « pôle disciplinaire » aux pouvoirs considérables : un organisme entièrement sous le contrôle des chefs d’établissements et du président d’USPC. Aucun droit de regard des personnels et des étudiants, c’est-à-dire de l’université réelle. Une construction hors-sol, comme l’ensemble d’USPC, un club très fermé de décisionnaires dont les rapports de préfiguration donnent une idée du degré d’irréalisme, d’encroutement dans la bureaucratie et d’aveuglement.

Une touche d’espoir dans le dossier IDEX, qui note piteusement, à l’attention des jurés internationaux, que « L’adhésion des communautés universitaires, en contraste avec la détermination des équipes dirigeantes, demeure pour le moins faible » (p. 51). L’avenir d’USPC est pourtant : le rejet grandissant des « communautés universitaires », qui passent très vite de l’immense indifférence à une réaction très vive chaque fois qu’est révélé un pan du projet USPC. Passe encore qu’un ministre qui avait été traité de mammouth ait voulu créer des dinosaures, mais cela ne va pas vraiment dans le sens de l’histoire du monde, et sombrera bien vite dans le ridicule… et un immense gâchis financier.

Signé. Le collectif « Force Faiblesse Opportunité Menace »

[1] A titre d’exemple, M. Merindol a annoncé au Conseil Académique de Sorbonne Paris Cité, que les fusions d’UFR pour former des facultés étaient en cours à l’Université Paris Diderot. Mme Clerici aurait faiblement souri à cette annonce saluant le caractère pionnier de Paris 7. A notre connaissance, ni la communauté universitaire ni les conseils élus n’ont été mis au courant de cette décision et n’ont, a fortiori, été consultés.

Pour aller plus loin : toutes les chroniques du blog sur Sorbonne Paris Cité.

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Classé dans C. Ile-de-France

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