Mutualiser = davantage de chefs

Réforme de l’administration territoriale de l’État. Modalités de mise en place et d’organisation des régions académiques.

La très, très longue circulaire n°2016-025 du 4-3-2016 est un modèle du genre dans la mise en œuvre du management public accompagnant la déconcentration de l’État dans les nouvelles régions académiques : recherche d’une plus grande efficience et efficacité par la mutualisation des moyens des services au niveau interacadémique. Ce ne sont là que des éléments de langage, bien rodés mais vides de sens.

En fait, la mutualisation introduit de fait une couche supplémentaire dans l’organisation (dès qu’on conserve plusieurs sites pour une mission donnée), et donc un allongement de la ligne hiérarchique. Les coûts de coordination augmentent et diminuent l’efficience et l’efficacité. Ce qui est rigolo dans ces circulaires managériales, c’est qu’il faut les lire en creux : les effets réels sont à l’inverse des objectifs affichés.

Il faut aussi craindre le pire de la création du service interacadémique prévu à l’article R. 222-3-6 portant sur le contrôle budgétaire et le contrôle de légalité des établissements publics d’enseignement supérieur. Encore un coup contre l’autonomie financière et statutaire des universités.

Quelques extraits de la circulaire pour rire un peu.

À compter du 1er janvier 2016, les académies sont regroupées en régions académiques, l’un des recteurs d’académie exerçant la fonction nouvelle de recteur de région académique. Ce dernier dispose de pouvoirs propres qui garantissent l’unité et la cohérence de l’action de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche dans les champs de compétences intéressant la région ou le préfet de région. Dans les neuf régions comprenant plusieurs académies, le recteur de région académique préside un comité régional académique où siègent les autres recteurs de la région. Cette instance collégiale a pour finalité la recherche d’une harmonisation des politiques publiques de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche menées dans la région…

Le décret du 10 décembre 2015 permet également, dans un objectif d’efficience et d’amélioration du service public, une mutualisation des ressources des académies, notamment en vue d’atteindre une plus grande professionnalisation des équipes et de renforcer les expertises. A cet effet, le décret impose un service interacadémique en charge du contrôle budgétaire et de légalité des établissements d’enseignement supérieur et met en place le socle réglementaire nécessaire à la mise en commun des moyens et des compétences entre les services des académies.

La coordination des politiques prévue au titre de l’article R. 222-3-3 embrasse potentiellement l’ensemble du champ des compétences des recteurs d’académie, des politiques qu’ils conduisent et des ressources qu’ils mobilisent. Elle doit résulter d’un choix justifié par la recherche d’une plus grande efficience de l’action publique et privilégier les domaines pour lesquels l’harmonisation ou la mise en cohérence sur un périmètre régional peuvent procurer des effets de levier significatifs en termes d’efficacité de l’action administrative et de qualité de service rendu à l’ensemble des usagers

L’organisation de la mutualisation des moyens des services au niveau interacadémique. La mutualisation, qui peut prendre plusieurs formes, consiste à obtenir des gains d’efficacité et d’efficience par la mise en commun des moyens des services en jouant sur différents leviers, tels que la complémentarité, le regroupement et la spécialisation des expertises, les économies d’échelle, la mise en commun d’investissement (immobilier, systèmes d’information et numérique, etc.) et la dématérialisation des processus de gestion. Elle doit être recherchée prioritairement dans les activités présentant des besoins d’expertises rares ou coûteuses ou de forts enjeux d’articulation avec le niveau régional des autres services de l’État, et plus largement pour toute activité dès lors qu’elle permet d’améliorer la qualité du service rendu….

La mise en place de services interacadémiques ou interrégionaux. Ces services représentent une opportunité pour le renforcement des expertises, la réactivité des organisations et le partage des outils, calendriers et procédures. Leur mise en œuvre sera progressive, en fonction des configurations locales et des travaux du comité régional académique et sera accompagnée, si nécessaire, par l’administration centrale.

4 Commentaires

Classé dans Non classé

4 réponses à “Mutualiser = davantage de chefs

  1. Que c’est beau tout ça. Il nous manque un Lacan de l’organisation trois points zéro. Rigolons un peu :

    http://lefenetrou.blogspot.fr/2016/03/les-deconvertis-de-la-psychnalyse.html

  2. Samuel BLIMAN

    Faut-il « rigoler de tout ce cirque »? ma Mère aurait dit : « il rit, c’est à pleurer ». Tout cela sera moyen et prétexte à nombre de nos « chers collègues » d’être investis dans des « tâches de chefs(??!) » donc à faire du vent …. et surtout pas de recherche.
    Car enfin le temps est « compté » … mais ces « avantages » que constituent les primes de recherche, il ne voudront pas y renoncer… alors il faudra qu’ils s’adonnent aux joies de quelques contorsions pour faire croire que…!

    • Avant de lire le billet de notre blogueur, je recevais un courriel envoyé par un ancien collègue (je suis en retraite) à ses collègues :

      « Nullité des « collègues », qui avaient ce matin envoyé les gros bras de
      Rennes pour surveiller les urnes nantaises (on ne sait jamais !) C’est la
      partie « choc » du « choc de simplification »…

      Les places sont bonnes : les syndicalistes professionnels et apparatchiks
      de cabinet (« le bruit de chiottes ») étaient au RDV pour cette merveilleuse
      apothéose, renouvelée, de l’échec de la démocratie représentative et
      participative. Les élections universitaires : la licence donnée au
      crime… »

      J’ai remarqué que tous les profs à quelques exceptions près dans ma discipline dans mon ancienne université faisaient tout pour ne pas enseigner. Et avec les regroupements de labos, niveau local, régional, inter-régional, comue et compagnie, les missions préparatoires, exploratoires, etc ils avaient trouvé de quoi ne pas mettre les pieds dans les labos si ce n’est que pour des réunions. D’autres, une fois nommés, ceux qui n’ont pas le goût des cabinets (les fameux chiottes), partent à l’étranger. L’idéal étant de se faire payer par la France, et aller « vacationner » aux Youesses (je connais quelqu’un qui dans une autre discipline, met en location son appart à partir de Noël). C’est la flexibilité sécurisée. Un modèle à suivre.
      Les jeunes MDC sont à bonne école ! et depuis qu’ils sont notés par les étudiants, ils font des merveilles. Même les absents ont au moins 13. Au moins une politique par objectifs qui marche.

  3. Pingback: Lettre ouverte à Monsieur Jean-Vincent Placé, ministre de la simplification | saint yrieix la perche

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s