Rolande Trempé, historienne

In Le Maitron, Dictionnaire biographique Mouvement ouvrier, Mouvement social.

Extraits de la biographie. Rolande Trempé, née le 31 mai 1916 à Fontenailles (Seine-et-Marne), morte le 12 avril 2016 à Paris ; professeur des Universités : résistante ; historienne de mouvement ouvrier et de la Résistance.

Rolande Trempé attribuait à l’origine alsacienne de sa famille paternelle un type plutôt germanique qui lui aurait facilité les circulations dans la France occupée. Elle n’a jamais connu son père, René, François, Raphaël Trempé (1888-1916), mort à la guerre à vingt-huit ans. Ce jeune homme , né le 12 septembre 1888 à Préfontaine (Loiret ), était ouvrier boulanger itinérant. C’est ainsi qu’il avait rencontré Lucie Aveline Venet, repasseuse dans la campagne briarde. Le jeune couple avait eu un fils, de cinq ans plus âgé que la fille, Rolande, qui n’a jamais cessé de vénérer ce père inconnu. « C’était un bel homme, un rebelle indépendant et séducteur, qui s’est- hélas !- comporté en héros pendant la guerre. Il avait toujours rêvé d’aventures et l’avait tentée en Afrique du Nord. Il avait un grand courage physique. Sergent dans la 5è compagnie du 9e régiment de marche des zouaves, blessé à Verdun, lors de la première bataille de la Marne, il avait refusé de se replier à l’arrière à la boulangerie militaire qu’on lui proposait ; il avait voulu retourner au front ; il fut tué le 19 juillet 1916, à Saconin-et-Breuil ( Aisne), lors de la seconde bataille de la Marne ; blessé à la tête dans la première vague d’assaut, il a été recouvert par la seconde. On n’a jamais retrouvé son corps. Irrémédiable absence qui a pesé sur toute la vie de Rolande…

P1450808Cliquer sur l’image pour l’agrandir

… Elle débarqua à Toulouse à l’automne 1947 pour enseigner la pédagogie à la section féminine de l’Ecole Nationale d’Apprentissage de Toulouse où elle fut nommée officiellement le 1er janvier 1948. Par ailleurs, les perspectives professionnelles avaient changé. La filière du Primaire supérieur avait été supprimée en 1941 par Carcopino.

Des équivalences donnaient accès à l’Université. Rolande s’y employa, obtint sa licence et décida de faire un diplôme d’études supérieures (maîtrise). Elle demanda un rendez-vous au doyen Jacques Godechot qui raconte, dans la préface qu’il donna à sa thèse, près de vingt après : « Un jour de novembre 1952, une jeune professeur à l’École normale nationale d’apprentissage de Toulouse frappa timidement à la porte de mon bureau à la Faculté des Lettres : c’était Rolande Trempé ». Rencontre décisive : le grand historien de la Révolution l’oriente vers Jaurès et les archives départementales du Tarn. Elle découvre leur richesse et celle du mouvement ouvrier. Le social l’attire plus que le politique. Elle travaillera sur les mineurs de Carmaux. D’abord pour un diplôme réalisé en deux ans (mention T.B) ; puis pour une thèse à laquelle l’encourage vivement Godechot. Cet intellectuel protestant, républicain, résistant, lié aux grandes familles industrielles du Languedoc ( sa femme appartenait à celle des verriers du Bousquet d’Orb, où Rolande fut souvent reçue), appréciait la personnalité de Rolande, son énergie, et l’intelligence novatrice de son travail . Il la soutint constamment.

Les archives se révélaient surabondantes, surtout du côté de l’entreprise : le marquis de Solages, ex-concessionnaire des mines nationalisées en 1946, les ouvrit largement à Rolande. Les sources syndicales furent plus décevantes, mais permirent néanmoins de saisir des personnalités comme celle de Jean-Baptiste Calvignac, dont elle devait plus tard publier les mémoires. Mais leur dépouillement exigeait beaucoup de temps, difficilement conciliable avec un enseignement assez lourd à l’ENNA. En 1964, elle est nommée assistante à l’Université, dont la structure hiérarchique lui pèse, ce qui l’incite à achever sa thèse pour conquérir enfin son indépendance.

Elle l’aurait soutenue en 1968, si les « évènements », auxquels elle participa activement, mais de manière distanciée, ne l’en avaient empêchée. Partie remise : le 21 juin 1969, un jury prestigieux décerna à Rolande Trempé le titre de docteur d’Etat, avec la mention « très honorable » et les félicitations du jury. Ernest Labrousse, grand maître de l’histoire économique et sociale en France, avait salué avec enthousiasme cette grande thèse d’histoire ouvrière, « vivante illustration des premiers chapitres du Capital ». C’était une nouvelle étape dans la carrière de Rolande. Maître de conférences au moment de sa soutenance, Rolande Trempé est nommée en 1970 ( 11 juin) professeur « sans chaire » dans une maîtrise « Histoire du travail et des travailleurs » à laquelle elle donna une impulsion décisive jusqu’à sa retraite en 1983…

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Classé dans C. Occitanie (Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon), E. Sciences humaines et sociales, F. 19ème et 20ème siècles

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