Montpellier 3. La lutte des places

Pouvoir, marchandages et votes : une matinée dans les coulisses de la démocratie universitaire, 14 mai 2016, sur le site Le Pressoir. Quand profs de fac et étudiants se la jouent « House of Cards », c’est pas glorieux !

Mardi 10 mai 2016, c’était jour d’élection à l’Université Paul Valéry – Montpellier 3. Pas une élection ouverte à tous, mais un vote au sein d’un des conseils centraux de cette université, le Conseil des Études et de la Vie Universitaire (CÉVU). Il s’agissait, durant cette longue matinée, de désigner le futur vice-président de ce conseil, ainsi que de procéder à l’élection du futur vice-président étudiant. [suit ici l’exposé du déroulement de la matinée, quasiment minute par minute. Ci-dessous la conclusion]

De la lutte des places à la lutte des classes

Cette matinée de scrutin au sein du Conseil des Études et de la Vie Universitaire (CÉVU) de l’Université Paul Valéry – Montpellier 3 aura ainsi été instructive à plus d’un titre. Tout d’abord le clivage fort existant entre d’une part l’élite gérant la fac, composée d’enseignants-chercheurs, et d’autre part les personnels BIATOS et les étudiants.

Ensuite, les pratiques de rapports de forces qui s’exercent entre ces blocs, mais aussi au sein même de ceux-ci. Le « coup d’état » d’une improbable coalition entre étudiants, personnels BIATOSS et enseignants-chercheurs minoritaires apparaît ainsi comme la traduction concrète de ces rapports de forces.

La « démocratie universitaire » se révèle ici bien loin de l’image œcuménique et bienveillante qui lui est ordinairement accolée. Il s’agit avant tout d’un monde violent guidé par des ambitions et des motivations souvent bien éloignées d’un quelconque « intérêt général ». Ainsi, le candidat enseignant-chercheur battu aux élections peut prendre sa revanche en étant élu vice-président du CÉVU, les élus étudiants ADEM3-FAGE empêchent leur concurrent au niveau national, l’UNEF, de remporter une fac de plus, et Solidaires Étudiant-es, habituellement pourfendeur de la « cogestion » et de « l’austérité », obtient un poste de vice-président étudiant en échange du soutien à la direction de l’Université.

Il apparaît ici clairement qu’aucun changement réel ne pourra s’opérer dans ce type d’institutions, aussi « démocratiques » soient-elles. Ce ne sont que des arènes pour d’impitoyables luttes de pouvoir. Loin de ces manigances et combats d’égo, le changement ne pourra se faire que par les luttes, et cela vaut tout autant pour le petit monde universitaire, que pour l’ensemble du monde qui le produit.

jeu-mes-copains-d-abord-la-lutte-des-places-24184Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Rappel des résultats des élections aux conseils centraux du 31 mars 2016.

7 Commentaires

Classé dans C. Occitanie (Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon), E. Arts Lettres Langues, E. Sciences humaines et sociales

7 réponses à “Montpellier 3. La lutte des places

  1. Martine

    J’ai lu l’article, ce type de retournement de situation n’est pas si inédit que ça. Mais quelle analyses peut-on en tirer ? Quelles conclusions ?

  2. Lisa Vraima

    Une analyse que, sur le terrain, je ne partage pas; et qui me paraît être le reflet de celle, un peu simpliste, que répand la « nouvelle » majorité…Le vent mauvais ne devrait pas perdurer… Qu’en penser ? Peut-être la raison de ce « retournement » est-elle à chercher du côté du besoin d’un souffle nouveau ? Peut-être est-ce cela, la démocratie ? Un besoin d’alternance, à un moment donné, au bout de deux mandats, dont un premier, très dynamique ?
    Allez savoir…

  3. Bonjour Pierre,
    dommage que tu ne cites pas tout « l’article » qui sert de base à cette chronique et qui nous accuse pêle-mêle de clientélisme ou d’avoir instauré la préférence nationale à Paul Valéry. Si vraiment il y a des gens pour prendre au sérieux ces insultes haineuses, c’est bien triste.
    yann Bisiou
    ex-VP CA de l’université Paul Valéry

  4. Cher Yann. Les lectrices et lecteurs peuvent lire la totalité de l’article : il suffit de cliquer sur son titre en tout début de chronique.
    Le texte comporte effectivement une « insulte haineuse » : celle-ci n’est-elle pas attaquable en justice ?
    Je suis bien sûr prêt à publier un texte que tu écrirais sur le sujet ou faire un lien vers un billet de ton blog.

    • Difficile d’attaquer en justice « un témoin » courageusement anonyme. Et puis s’il fallait attaquer en justice tous les imbéciles…
      De tels insultes font perdre toute crédibilité à ceux qui les profèrent, c’est tout. Si vraiment « un témoin » pense que nous avons instauré la préférence nationale à Paul Valéry je doute que l’on puisse se fier à sa capacité d’analyse.
      bien à toi
      yann Bisiou

      PS: mon blog va bientôt reprendre du service, mais sur des enjeux qui m’intéressent plus comme le SUP à l’international ou BPI France et le rachat de Laureate 😉

  5. Lecteur

    J’ai relu l’article, et n’en déplaise à monsieur Bisiou, ce n’est pas l’article qui accuse l’université de pratiquer la « préférence nationale en commission d’exonération de frais d’inscription » et du « clientélisme », mais ce sont des citations de syndicats de personnels et d’étudiants. Ceci dit, je comprends la volonté de l’ancienne équipe de direction de cette université de justifier son bilan : Anne Fraisse , ancienne présidente de l’équipe de monsieur Bisiou, se présente actuellement aux élections de la COMUE LR.
    Encore une chose que monsieur Bisiou a oublié de nous rappeler dans ses commentaires, dommage.

    • bonsoir lecteur anonyme, je ne crois pas, pour ma part, avoir caché mon identité ni ma fonction en signant de mon nom et en précisant « ex VP-CA de l’université Paul Valéry »… Il faut lire avant de réagir cher lecteur anonyme.

      Et non un syndicat n’accuse pas l’ancienne équipe de « clientélisme » mais déclare, je cite : « Faire vivre la démocratie, c’est aussi faire barrage aux pratiques clientélistes » dans une profession de foi pour les dernières élections (auxquelles je n’étais pas candidat d’ailleurs) ; deuxième approximation cher lecteur anonyme.

      Quant à l’accusation sur la préférence nationale dans la bouche d’un « étudiant syndicaliste » elle pourrait tenir du dédoublement de personnalité dans le cas précis, mais je reconnais qu’il faut pour faire le diagnostic une bonne connaissance de notre université.

      Bonsoir Lecteur anonyme, bonne soirée Pierre, voici qui anime ton blog 🙂

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