Tirs à vue sur la pauvre licence

Tirs à vue sur la pauvre licence. Tirs à vue si puissants qu’elle va en crever. Tirs nourris les plus récents : la création d’un bachelor post-bac dans les grandes écoles (y compris à l’école Polytechnique). La licence est mise à terre et les formations élitistes sont plus que jamais debout.

Principe général tabou : il n’y a pas, il ne peut y avoir, il ne doit pas y avoir de sélection à l’entrée de la première année de la licence universitaire.

Principe corollaire : il y a sélection à l’entrée des formations post-bac, autres que la licence.

Principe hypocrite : il n’y pas de sélection à l’entrée des licences de STAPS, Psychologie, Droit, LEA, Arts du spectacle, Sciences de l’éducation et de la première année des études de santé (PACES), mais il y a mise en œuvre d’un traitement automatisé critérisé pour les inscriptions sur les formations dont les capacités d’accueil sont insuffisantes pour retenir l’ensemble des candidatures. Ce traitement accorde la priorité aux bacheliers de l’académie (vive la mobilité interacadémique des étudiants !) et à leurs premiers vœux. Le tirage au sort est bien pire que la sélection.

A propos des capacités d’accueil, courriel d’un lecteur. Il y a un aspect qu’il ne faut pas oublier : l’intervention du rectorat, en tout cas à Paris, qui manipule à sa guise les capacités d’accueil déclarées par les universités. En les augmentant ou en les baissant… C’est le cas depuis plusieurs années pour l’université de Paris … en allemand, où nous perdons des étudiants car le rectorat déclare – sans nous en avertir – des capacités d’accueil inférieures à celles que nous avons transmises, ce qui fait que partent ailleurs les étudiants qui nous avaient mis en 2ème choix et dont le 1er choix n’a pas été satisfait. Une stratégie qui empêche toute augmentation des effectifs dans les « petites » disciplines. On peut se demander dans quelle mesure c’est volontaire.

Principe corollaire du principe hypocrite : les étudiants non tirés au sort sont placés n’importe où et n’importe comment. Témoignages d’un enseignant : l’an dernier, l’algorithme a produit des effets négatifs sur les effectifs de L1 en Arts Plastiques. Un nombre considérable d’étudiants a déclaré se retrouver en Arts Plastiques contre leur gré, plusieurs d’entre-eux souhaitant par exemple faire leur droit. Ces étudiants ont affirmé qu’ils n’avaient pas inscrit Arts Plastiques dans leurs vœux, et qu’ils étaient victimes d’une injustice d’APB. Lire en fin de chronique un autre témoignage, éclairage fort intéressant sur APB 2016.

Principe sournois : il y a sélection dans une nouvelle formation de 1er cycle qui pointe son nez : le bachelor. C’est la Ministre elle-même qui en a fait la publicité au colloque de la CDEFI : elle a profité de sa venue à Lille pour annoncer de façon très explicite son soutien aux directeurs sur le sujet plus fédérateur – au moins au sein des écoles d’ingénieurs – des Bachelors. Sans vergogne, les grandes écoles ouvriraient une prépa intégrée ; le bachelor, c’est la sélection + des droits d’inscription de plusieurs milliers d’euros par an.

Principe sournois, critiqué caustiquement par l’Association des Étudiants en Sciences : Licence : l’AFNEUS tacle la CDEFI. Pour l’instant, l’AFNEUS demeure hostile à la sélection à l’entrée des licences universitaires.

Principe de la cerise sur la gâteau. L’X compte ouvrir un bachelor à la rentrée 2017 (candidatures ouvertes dès la fin 2016). Frank Pacard, directeur de l’enseignement et de la recherche de l’école Polytechnique, dans un entretien avec News Tank Education. « Nous espérons attirer dans notre nouveau bachelor international des étudiants, qui pourront ensuite poursuivre leurs études dans des masters, notamment dans les masters de l’Université Paris-Saclay. Nos partenaires académiques voient d’un bon œil cet effort de l’X pour attirer ces élèves de très haut niveau. Le cycle ingénieur polytechnicien est un exemple du pouvoir d’attraction de l’école auprès des étudiants de haut niveau, ce qui permet d’attirer des talents qui irriguent les laboratoires des universités et notamment de l’Université Paris-Saclay ».

Note. Courriel sur Admission Post-Bac. Difficile d’avoir un avis tranché. Ce qui est certain c’est que le travail de l’algorithme d’APB n’est pas simple et qu’il essaye de faire au mieux. Il ne faut pas voir là dedans un quelconque complot…

Concernant le cas décrit ci-dessus, il ne peut normalement plus arriver depuis cette année. En effet toutes les formations se sont vues attribuer un label parmi les 4 suivants:
* formation sélective
* formation non sélective avec capacité d’accueil limitée: « pastille jaune »
* formation non sélective sans limite de capacité d’accueil (i.e. qui n’ont pas fait le plein l’année dernière…) : « pastille bleue » ou « verte » selon que le candidat réside dans le département de la formation (verte) ou pas (bleue).

Pour pouvoir commencer son choix dans APB, le candidat doit obligatoirement choisir au moins une pastille verte, et donc sera assuré d’obtenir au moins une place dans cette formation. Cela dit le classement en pastille verte est un peu obscur. Par exemple cette année, à Paris (intra muros) la liste ne contenait aucune formation scientifique !

Mais en tout cas ce système assure qu’aucun candidat ne se voit attribuer une formation qu’il n’aura pas cochée, même s’il l’a fait finalement contre son gré. Cette année donc, à Paris, un étudiant voulant s’inscrire en mathématiques devait obligatoirement au préalable choisir une licence de géographie, de lettres ou de coréen…

Une remarque finale, cette distinction entre pastilles vertes et bleues suivant le lieu de résidence est particulièrement inégalitaire.

Enfin, cette année, il y avait aussi une nouveauté qui ne concernait que le droit et la médecine en région parisienne: il n’était plus possible de choisir « médecine à Paris V » ou « droit à Assas », mais seulement « médecine » ou « droit », avec des sous-choix de localisation considérés seulement dans un second temps et gérés de façon secrète par le côté obscur de l’algorithme.

3 Commentaires

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3 réponses à “Tirs à vue sur la pauvre licence

  1. Le problème de la licence est dû au tabou de la sélection et aux acrobaties du ministère pour sélectionner sans le dire. Le Bachelor n’est pas le coupable. Son émergence était écrite dans le ciel dès la mise en place du processus de Bologne et du modèle 3+2. Le titre de « licence » étant réservé aux universités, il était prévisible que les écoles choisissent le vocable international de « bachelor »
    pour désigner leur diplôme bac+3. Ce n’est pas une « prépa
    intégrée » mais un diplôme autonome conduisant au marché du travail et, éventuellement à la poursuite d’études au niveau master.

  2. titou duplantier

    Joliment résumé.

    Or, la sélection à l’université est un produit toxique et potentiellement explosif, socialement parlant.

    Malheureusement il n’y a pas que le gouvernement qui est réticent au changement.

  3. Olivier

    Les gens du ministère sont pour la plupart incapables de dire quelles sont les règles utilisées dans l’algorithme d’APB. Certains ignorent même ce qu’est un algorithme.

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