Licences pros. Quel avenir ?

Reims, 23 et 24 juin 2016, Colloque Les IUT ont 50 ans et après ?. Question posée dans cette communication : un avenir pour les licences professionnelles ?

5 axes de travail pour construire les IUT de demain (ADIUT, 26 mai 2016). Un cursus licence en IUT sur 3 ans. Afin de répondre aux besoins des entreprises, les IUT veulent construire un cursus complet du grade de licence qui vise à dispenser les compétences nécessaires au développement des acteurs socioéconomiques.

Perméable avec les diplômes de niveau L, il s’appuie sur les savoir-faire pédagogiques qui assurent la réussite des étudiants. Il s’agit donc d’améliorer la lisibilité du DUT suivi de la LP à travers un cursus en IUT.

Le cahier des charges, qui reste à finaliser favorisera largement l’innovation pédagogique, l’ouverture internationale et les interactions avec l’environnement professionnel. L’objectif premier de ce cursus licence en IUT est de mener les étudiants vers l’insertion professionnelle à Bac +3 par un parcours sécurisé, dont l’alternance sera un levier fort. Il ne s’agit pas de créer un nouveau diplôme mais bien d’adapter les diplômes existants (DUT et LP) pour proposer un parcours original et technologique sur 3 ans…

Une démarche qualité pour établir un label. Les IUT vont tendre vers une structure labellisée qui s’appuiera sur différents indicateurs suivis : taux de réussite, recrutement de bacheliers technologiques, taux d’insertion, lien avec l’environnement socioprofessionnel…  autant d’éléments qui caractérisent la structure IUT, qui apportent une réponse aux missions qui sont les leurs et qui contribuent à garantir la qualité des diplômes qu’ils délivrent.

Les données qui suivent sont la base de ma communication au Colloque 50 ans des IUT, Évaluer la qualité de la relation formation‐emploi : le cas des licences professionnelles (évolution de 2002 à 2015). 2002, c’est 3 ans après la création des licences professionnelles et c’est un article publié dans Éducation & Formations, n°67, mars 2004.

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Six éléments entrent dans le champ de l’évaluation de la qualité.

1.Communiquer sur les licences professionnelles : 4 captures d’écran. Comment dénicher les licences pros qui mèneront à l’emploi souhaité ? Le portail des IUT en recense plus de 1400 (recherche par région, par IUT, par spécialité spécifiée par l’arrêté de 27 mai 2004). Problème : toutes les licences pros ne sont pas organisées par les IUT. Les cinq IUT d’Alsace se sont organisés en réseau. Sur le portail régional, les licences pros sont classées dans une dizaine de rubriques (pas forcément facile de s’y retrouver.

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2. Parvenir à un nombre optimal d’inscrits : 6 tableaux. Pour optimiser, il faudrait tenir compte des opportunités du marché de l’emploi et du coût de la formation : dans les faits, la moyenne du nombre d’étudiants inscrits dans une LP est d’une vingtaine d’étudiants.

Mais les écarts varient significativement d’une LP à l’autre : les facteurs de variation sont l’ancienneté de la licence, sa localisation Comme le BTS, le DUT, la LP demeure – et c’est heureux – un diplôme de proximité : dans la région Grand-Est, les IUT sont implantés dans 20 villes). Dommage que, dans les années 2000, le comité de suivi de la LP ait interdit les options dans une même LP (celle-ci pouvait permettre d’optimiser les coûts). 34.000 étudiants inscrits il y a dix ans ; 52.400 en 2015-2016. Il semble qu’un palier soit atteint depuis la rentrée 2012.

P14809393. Instaurer une Charte Qualité dans chaque Licence professionnelle ou par groupe de licences : 3 tableaux. Un exemple de Charte : celle mise en place, au milieu de la 1ère décennie du nouveau siècle, pour la LP de Marne-la-Vallée, Management des organisations de l’économie sociale et solidaire.

Six rubriques de qualité : information et communication, recrutement des candidats, pédagogie, partenariats avec des entreprises, devenir professionnel des diplômés, financement.

Cette charte, ses rubriques et ses indicateurs étaient un préalable à la certification externe. L’université était d’accord pour accompagner cette labellisation. Après deux réunions avec des experts, l’éponge a été jetée : trop de procédures à formaliser et à écrire.

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4. Parvenir à un taux élevé de succès au diplôme : un tableau. Sélection à l’entrée du diplôme, bonnes conditions d’études, partenaires économiques efficaces, alternance développée : ces caractéristiques des LP permettent effectivement un excellent taux de succès : 91.9 % (47.304 diplômés sur 51.474 inscrits en 2012-2013, dernière année connue).

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5. Devenir des diplômés : DUT, puis licence professionnelle, puis… : cinq graphiques. De plus en plus de diplômés de DUT poursuivent des études : en 2001, ils étaient 28,9% à s’insérer immédiatement sur le marché du travail ; en 2012, ils ne sont plus que 11,5%. Ceux qui ne poursuivent pas d’études s’insèrent moyennement (taux de chômage à deux ans : 12,3% ; taux d’inactivité : 4,5%).

En 2012, 31,1% des diplômés des spécialités secondaires et 27,6% des diplômés des spécialités tertiaires ont poursuivi en licence professionnelle. Les taux de poursuites d’études en LP ont grimpé jusqu’à 36% (en 2007) ; ils se sont ensuite tassés. Mais ce n’est pas pour entrer plus précocement sur le marché du travail.

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Au contraire. Des universités bloquant les poursuites d’études après la LP, des diplômés de DUT ont opté pour les filières qui permettent des études longues (masters après une licence générale, écoles de gestion et de commerce, écoles d’ingénieurs). Plus de la moitié des diplômés de DUT de 2012 ont ainsi poursuivi des études pendant trois années supplémentaires. Toujours plus !

6. Devenir des diplômés de licence professionnelle : 12 tableaux et graphiques. Ce devenir fait l’objet de l’enquête nationale de la DGESIP (la dernière enquête publiée concerne les diplômés 2012 – situation fin décembre 2014). Le devenir n’est étudié que pour les diplômés en formation initiale et pour ceux qui n’ont pas poursuivi ou repris des études. Dès lors et en l’état des taux de réponses aux enquêtes menées dans chacune des universités, le nombre de diplômés concernés n’est, pour les diplômés de 2012, que de 13.996 sur 46.897.

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Les résultats sont présentés selon les grands domaines disciplinaires et pas encore selon la nomenclature des licences professionnelle (celle-ci date de 2014). Les taux d’insertion à 30 mois sont excellents en Sciences, Technologies et Santé (93% pour les 6.940 répondants), en Droit, Économie et Gestion (92% pour les 5.541 répondants). Ils posent problème en Sciences humaines et sociales (86% pour les 1.341 répondants), en Lettres, Langues, ARTs (82% pour 174 répondants seulement).

Il existe une autre enquête nationale que celle de la DGESIP, celle menée par le réseau des IUT. Ne sont toutefois concernés par cette enquête que les diplômés ayant obtenu à la fois un DUT et une licence professionnelle.

Lors de la mise en place des licences professionnelles, l’insertion professionnelle était considérée comme la trajectoire la plus naturelle. Les experts chargés de réhabiliter les licences professionnelles ont d’ailleurs en référence la proportion maximale attendue de 20% de poursuites d’études. Les résultats montrent que nous sommes au dessus de ce seuil car 34% des doubles titulaires du DUT et de la licence professionnelle poursuivent pendant encore un an (8%) ou deux ans (26%). Enfin, on notera que 6% des diplômés 2012, bien qu’ayant choisi, ou subi, le fait de ne pas poursuivre leurs études à l’issue de la licence professionnelle, reprennent leurs études un an après avoir été confrontés au marché du travail.
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L’enquête du réseau des IUT interroge la valeur ajoutée d’une licence pro par rapport à un DUT, en termes de salaire mensuel. La différence n’est que de 50 euros par mois, ceci pouvant expliquer en partie une poursuite d’études après la licence professionnelle.
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Les enquêtes menées par les observatoires universitaires sont plus intéressantes que l’enquête nationale car elles prennent en compte tant les insertions immédiates après l’obtention de la licence pro que les poursuites d’études. Un exemple de présentation des résultats par l’OFIPE de Marne-la-Vallée. Chômage faible pour les diplômés de licence pro 2013, Ofipe résultats, n°147, mai 2016. Taux de chômage de 7% seulement, une bonne adéquation formation-emploi (67%  de professions intermédiaires), un salaire net moyen à 30 mois élevé (1942 euros).
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Qu’en est-il du devenir des diplômés de licence professionnelle dans la région Grand-Est ? Deux des trois observatoires universitaires apportent des résultats pertinents. Puisqu’ils appartiennent désormais à la même région, on pourrait souhaiter qu’ils adoptent une même présentation, qu’ils unifient progressivement leur communication.
L’Observatoire de l’université de Champagne-Ardenne (OSIPE) fournit des tableaux synthétiques pour les 587 diplômés 2013 de licence pro (situation au 1er décembre 2015) : près de 80% des diplômés sont en emploi, 11,2% en recherche d’emploi, 8,7% en études (parmi eux , 76% sont inscrits en master) ; 27,3% des diplômés en chômage fin 2015 (soit 18 personnes) n’ont occupé aucun emploi depuis l’obtention de leur diplôme en 2013. 54% des diplômés en emploi travaillent en Champagne-Ardenne. L’adéquation formation-emploi est moins bonne qu’à Marne-la-Vallée (35,3% des diplômés en emploi sont ouvriers ou employés).
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L’observatoire de l’université de Lorraine a également publié des résultats pour les diplômés 2013 de licence professionnelle. Valeur ajoutée : ces résultats sont donnés pour chacun des diplômes ou par groupe de diplômes (cf. l’image ci-dessous). L’enquête sert alors de base pour la confection de répertoires d’emploi pour chacune des licences pros. Il s’agit des métiers réellement occupés et non des métiers-cibles, visés par le diplôme et mentionnés comme tels dans les fiches d’information.
Un exemple, Génie Biologique Agro Alimentaire : cursus intégré franco-allemand. Le département de Génie Biologique Agroalimentaire de l’IUT Brabois (Nancy) a mis en place, en partenariat avec la Fachhoschule Ostwestfalen-Lippe de Lemgo (Allemagne), un double diplôme en trois ans. Les emplois occupés.
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Troisième observatoire régional, l’ORESIPE (université de Strasbourg et université de Haute-Alsace). Les fiches établies par l’ORESIPE (ci-dessous les deux pages de la fiche-emploi pour la licence professionnelle Chef de projet touristique) étaient un modèle du genre.
Malheureusement, la dernière enquête sur le devenir des diplômés des deux universités concerne les diplômés 2011. Aucune information sur les diplômés 2012 et 2013, sur leur situation fin 2014 ou 2015. L’ORESIPE a été intégré dans la Direction de l’Aide au Pilotage : des ingénieurs d’études ont demandé leur mutation dans un autre service. La DAP n’est pas tenue d’assurer une transparence optimale sur les indicateurs.
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 Conclusion : dernières nouvelles, nouvelles interrogations. L’avenir de l’appellation et du titre Licence professionnelle n’est pas assuré. Après une existence d’une quinzaine d’année (création en 1999), la LP pourrait disparaître. L’ADIUT souhaite une licence en 3 ans en IUT, mais celle-ci serait concurrencée par les prépas intégrées. L’avenir des IUT pourrait même être menacé.

En effet, les grandes écoles publiques (d’ingénieurs, de commerce et de management) créent des prépas intégrées, ouvrant vers leurs masters. Les grandes écoles privées commencent à se placer sur le terrain du bachelor (avec entrée sélective et droits d’inscription élevés).

Et il y a toujours celles et ceux qui croient que la licence générale peut être professionnalisée (généralisation des stages). Celles-là et ceux-là polluent le débat. Sans sélection à l’entrée et sans numerus clausus, la licence générale ne pourra que s’étioler d’année en année.

Bref, l’avenir n’est pas serein même pour les IUT et pour leurs licences pros. Et pourtant, l’économie a besoin de davantage d’entrées sur le marché du travail à bac+3. Les poursuites d’études après la licence pro et l’absence de sélection à l’entrée du Master 1 sont des vers tueurs de la valeur professionnelle des licences pros et des masters pros.

20 juin 2016. DUT : la nouvelle organisation des commissions pédagogiques nationales approuvée par le Cneser.

Le projet d’arrêté fixant la composition, les missions et le fonctionnement des CPN (commissions pédagogiques nationales) de DUT, est approuvé par le Cneser, avec 31 voix pour, 25 voix contre et sept abstentions. Ces commissions formulent des propositions sur les programmes conduisant à la délivrance du DUT et leurs évolutions. Elles évaluent les formations délivrées dans les départements relevant des spécialités concernées. Elles formulent des avis sur les projets de développement des spécialités sur le territoire.

Le texte modifie les dispositions prévues par l’arrêté du 04/06/1992 relatif à la CCN (commission consultative nationale) des IUT et aux CPN, et notamment :
– en faisant passer le nombre de CPN de 17 à neuf ;
– en multipliant par deux le nombre d’enseignants-chercheurs ou enseignants, membres dans chacune des CPN, passant de cinq à dix.

 

19 mai 2016. Faire en sorte que la licence mène vraiment vers l’emploi (Jean-François Lhuissier)

« En France, les licences générales, dont la finalité principale est de préparer à une entrée en master, sont les seules filières post-bac non sélectives. Elles accueillent donc, non seulement les lycéens dont c’était le projet, mais également les recalés d’APB, qui n’ont pas été pris sur leurs vœux d’élection. C’est absurde ! Et c’est ce qui explique le taux d’échec si élevé dans les premières années de licence. Il faut changer les représentations que nous avons de ce cycle, et faire en sorte que ce diplôme mène véritablement vers l’emploi », déclare Jean-François Lhuissier, président du comité de suivi de la licence et de la licence professionnelle.

 

Jean-François Lhuissier s’interroge. Remplacer la licence par le bachelor pour une meilleure lisibilité et visibilité.

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Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

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