SPC : coup d’État pour la fusion

Suite des chroniques sur Sorbonne Paris Cité après l’arrêt de l’IDEX. Christine Clerici (Paris 7 Diderot) : non à la fusion, Paris 7 Diderot en ébullition, L’autre avenir de Paris Diderot, Paris 3 hostile à la fusionhh.

Cet après-midi au CA de Paris 7 Diderot, la présidente Christine Clerici présentera les grandes lignes du projet de fusion SPC : retournement de veste à 180°, contraire à sa profession de foi de 2014.

[Actualisation ce 28 juin à 23 heures 45 après avoir lu le commentaire de François Brunet. A sa demande, voici le courrier que Christine Clerici a adressé à ses chers collègues après le CA de ce matin. Elle est désormais partisane de la fusion avec pour seul argument : récupérer les millions de l’IDEX. Elle aurait mieux fait de démissionner de la présidence de Paris 7 Diderot, collectivement avec les présidents des 3 autres universités et de SPC. Mettre enfin l’État devant ses responsabilités !]

[Retour à la chronique de ce matin]. Communiqué du collectif Force Faiblesse Opportunité Menace (27 juin 2016).

La décision de procéder à un coup d’État contre la communauté universitaire en lui imposant une fusion vient d’être actée par les équipes présidentielles des universités de Sorbonne Paris Cité. Pourtant, celles-ci viennent d’essuyer deux revers majeurs. Malgré un siège permanent du Commissariat Général à l’Investissement (CGI) et du ministère, elles n’ont pas obtenu une réévaluation du projet Idex USPC dans 18 mois, en même temps que Saclay, PSL et Sorbonne Universités. Aucune lettre d’engagement n’a été écrite, qui spécifierait qu’une fusion universitaire actée à la hussarde pourrait conduire à un retour à l’Idex.

Par ailleurs, il n’y aura pas d’appel d’offre Idex dans le troisième volet du Programme d’investissements d’avenir (PIA3). Il n’y a donc pas la moindre raison objective de procéder à une fusion dans l’urgence — sinon de réaliser, dans la précipitation, la confusion et l’enfumage, la fusion souhaitée depuis le début par les doyens du secteur santé. « Quand les médecins s’organisent, ils sont imbattables », avait fanfaronné Axel Kahn à un journaliste d’un grand quotidien du soir, quelques années avant la conception du Plan Panzer II (SIC) par le bureau de SPC.

Mercredi dernier, M. Merindol est venu confirmer à la réunion des vice-présidents de commissions Recherche le fait que la fusion était le seul scenario à l’étude et que les modalités de fusion seraient votées en CA début décembre. Il a demandé aux présidences de donner publiquement leur position d’ici la fin juin. Le feront-ils ?

A Paris 3, une proche du président avançait récemment les arguments suivants en réunion publique. « La fusion a l’avantage d’être extrêmement efficace. En effet, il n’est nécessaire d’obtenir l’accord ni des conseils centraux ni des élus pour avancer ». Précisons que c’est rigoureusement exact : « fusionner » une université ne correspond à rien. Il y a disparition de sa personnalité morale et juridique, dissolution de tous ses conseils centraux et transfert de ses actifs et de sa masse salariale à un nouvel établissement, créé par voie de décret. Et la même collègue d’ajouter : « La fusion permettra de résoudre des problèmes récurrents qui semblent insolubles dans la configuration actuelle. » On comprend par là qu’il s’agit avant tout de mettre à bas les restes de démocratie universitaire pour confier à un quarteron de technocrates le soin de l’ensemble des décisions.

A Paris 3, toujours, le président a dévoilé aujourd’hui aux directeurs d’UFR le plan de bataille conçu en secret par le bureau de SPC. Des groupes de travail fantoches vont être constitués, animés par les membres les plus « sûrs » des CA, et composés de membres des quatre universités. Ils auront pour mission de permettre l’habituelle communication institutionnelle sur le dialogue social et la concertation. Ils concluront à l’adhésion de la communauté universitaire à la fusion, selon les modalités prévues par les présidences. C’est un tout autre son de cloche que M. Bonafous-Murat a fait entendre aux personnels par écrit, pour que « dans toute la mesure du possible, chacune et chacun dispose des mêmes informations » : texte vide destiné à endormir les esprits et promettant rien de moins qu’un « tremplin pour l’avenir ».

A Paris 7, autre foyer de résistance à la fusion, Mme Clerici a réuni les élus de sa liste il y a 10 jours. Cette liste, élue comme celle de M. Bonafous-Murat sur la promesse explicite de ne pas procéder à une fusion des universités de SPC, a décidé de ne pas démissionner pour ne pas risquer de perdre de nouvelles élections au cours desquelles la fusion serait inscrite à son programme. Cette réunion a permis de dénombrer les voix (majoritaires — le panurgisme prévaut) qui se porteraient sur un projet de fusion. Quelques élus des listes Clerici, pourtant, ont fait preuve à cette occasion d’un sens de l’éthique, en refusant de trahir la parole donnée aux électeurs. Les votes des membres extérieurs, acquis, suffiront à compenser ces quelques votes contraires.

Le vote sur le projet de fusion et son calendrier aura lieu lors des CA du 6 et du 13 décembre, déjà programmés et, à la vérité, déjà actés en coulisses.

Les détails du coup d’État (gouvernitude, mutualisation de plateformes, réorganisation de la recherche, répartition des moyens, fusions d’UFR, mise en place des facultés/pôles et résorption des doublons de formation) seront couchés par écrit et rendus publics en octobre. Une navette de façade avec les composantes aura lieu en novembre, avant les votes de décembre.

Il nous semble inutile d’appeler à bloquer le processus. La communauté universitaire ne bougera pas d’un pouce pour prévenir la dépossession des ultimes libertés qui lui sont concédées.

Simple information, par acquis de conscience. Le collectif « Force Faiblesse Opportunité Menace ».

6 Commentaires

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6 réponses à “SPC : coup d’État pour la fusion

  1. François Brunet

    Cher Pierre Dubois, je ne peux pas m’empêcher de réagir à ce post caricatural. Il est pour le moins étrange de titrer « coup d’Etat » une « chronique » qui ne prend pas la peine de citer le texte de motivation de la démarche proposée par la présidence de Paris 7 et reproduit au lieu de cela in extenso le texte tout en faux semblants et effets de manche de son opposant principal, lequel nous avait d’ailleurs habitué à des morceaux de plus grande bravoure. Il y a retournement de la position par rapport à 2014, c’est incontestable. Le modèle proposé d’université unifiée à été rejeté. Faut-il, alors, acter la mort de Paris 7? Le retournement est une réaction pragmatique à la politique d’excellence raccourcie adoptée par des gouvernements successifs indifférents à la culture universitaire, par ailleurs soumis à une contrainte budgétaire en partie auto-créée, sous l’ombrelle d’un jury international réduit au rôle de faire-valoir. Je ne sais pas ce qu’il adviendra de cette proposition, ni même si j’y suis favorable. Nous sommes tous tant aigris de ces dix, bientôt quinze ans passés à user nos vies et nos forces dans une restructuration sans fin. Mais je vous repose la même question qu’en 2013: vous croyez vraiment que les équipes présidentielles — celle de P7 en particulier — sont des monstres assoiffés de pouvoir et de prébendes ? A d’autres. L’équipe présidentielle de P7 a sans doute manqué de cynisme, peut-être même de leadership. Elle n’a pas manqué d’écoute et d’esprit collégial. Elle a fait ce qu’elle a pu, et qui n’était pas beaucoup. Nous ne sommes pas ici en Angleterre ou aux Etats-Unis, ni même en Suisse, et il est cocasse de voir de fiers défenseurs du service public comme vous même faire semblant de croire qu’une université quelle qu’elle soit pourrait faire acte d’autonomie en France. Salutations,

    • François V.

      Cher François,
       » une « chronique » qui ne prend pas la peine de citer le texte de motivation de la démarche proposée par la présidence de Paris 7. »

      Et pour cause, ce billet est paru AVANT… La réalité, c’est que nous avons pendant trois ans, montré que la fusion se préparait en faisant fuiter les documents du bureau de SPC. Il y a un mois, nous avons annoncé que les présidences avaient opté pour une fusion à marche forcée, en profitant de la stupeur engendrée par l’arrêt de l’Idex. Pendant ce temps, la présidence de Paris Diderot a demandé aux UFR de réfléchir à trois scenari et de faire remonter des projets d’avenir conforme aux besoins de formation et de recherche. Poussée par une fuite venant de sa propre liste, relayée par nous, et publiée par Pierre, elle a été contrainte d’annoncer la réalité: qu’une seule option est sur la table, celle préparée depuis des années. La demande faite aux UFR était un écran de fumée de plus.

      La causalité est donc à l’inverse de ce que vous prétendez (et la temporalité aussi). Il y a les fuites de documents et d’informations que nous organisons, le dévoilement du plan de fusion ne venant que de ce fait, après une nouvelle série de mensonges grossiers pendant des semaines. Du reste, la fusion n’a pas été annoncée dans les autres universités, où le discours officiel reste: « nous réfléchissons collectivement aux différentes options. »

      Enfin, il y a un mensonge central du message de Mme Clerici: il n’y aura pas de retour à l’Idex. Or, c’est l’unique argument utilisé. Aucune vision sur l’enseignement. Aucune sur la recherche. Aucune sur la structuration territoriale. L’habituel coup du train en marche pour cacher une pensée indigente.
      Fraternellement,
      François V. pour Le collectif « Force Faiblesse Opportunité Menace »

      • alain quemin

        Mais plutôt que d’ergoter en faisant des procès d’intention ou en accusant de ceux-ci, les choses ne seraient-elles pas beaucoup plus simples et plus saines si la présidente démissionnait tout bonnement puisqu’elle va aller à l’encontre du programme sur lequel elle a été élue? Ce n’est pas cela le respect de la démocratie et la dignité ? Aucun risque de procès d’intention ou de malveillance de qui que ce soit, que cette personne s’en remette aux électeurs.

      • François Brunet

        Cher François V. que je ne crois pas connaître, mais je veux bien le fraternel,

        Je vous félicite pour toutes ces fuites. Mais l’essentiel est ailleurs. Les présidences d’ici ou d’ailleurs n’ont aucun pouvoir politique ni budgétaire, les universités pré-fusionnées ou pas aucune autonomie. Ce que j’ai vu depuis la présidence Clérici à P7, voire, de façon moins claire, avec la présidence Berger, était une réelle hésitation à aller à la fusion qui était indiquée, prescrite, imposée de toute éternité par ce pseudo processus d’évaluation issu d’une culture qui n’est pas universitaire mais, depuis des décennies, issues de l’ENA voire de Polytechnique. Avez vous lu J. Attali sur la nécessité d’ordonner Saclay à l’historique grandeur de l’X? Ce que j’ai vu et que je vois encore tous les jours avec le DSOM était une présidence à l’écoute et pour cette raison en contradiction plus ou moins permanente avec la politique d’excellence identifiée qu’elle devait volens nolens admettre et même promouvoir. Oui, « je voudrais bien mais je peux point » si on veut, mais cette ironie me fatigue quand on pense que toute une génération de personnels de qualité aura été en grande partie sacrifiée à ce grand meccano qui va durer, je vous le parie, encore 10 ou 20 ans. Nous sommes ici sur les mêmes problématiques que dans la loi travail, le Brexit et la candidature Trump. Vos fuites n’y peuvent rien.
        Manque de vision, dites-vous. Pensée indigente. Mais quelle est votre pensée, exactement? La vision que (je crois) vous promouvez, celle d’une recréation de l’U.de Paris, sur le modèle de UL et de UW, et à laquelle je pourrais adhérer si elle n’était pas abstraite, n’adviendra pas parce qu’elle est abstraite, parce que la France n’a jamais eu de culture universitaire et est en train de larguer le peu de cette culture qu’elle a jamais eu. Ce que nous risquons est que demain les seuls postes en histoire de l’art ou en maths fondamentales soient offerts une fois tous les 35 ans à l’école d’épicerie de Brash-sur-le-Poule. C’est la lutte contre ce risque qui, seule, motive mon adhésion lointaine à tout ce boxon.
        A ceux qui conseillent à la présidente de démissionner: vous êtes candidat-e-s?

      • alain quemin

        Je concède volontiers que ce qui guide ma prise de position n’est pas une « pensée », mais une justement une « position » : la défense du principe démocratique. Quand on est élu(e), on l’est sur un programme, et on s’engage devant ses électeurs. C’est cela le principe de la démocratie. Sinon, on peut toujours justifier tout et n’importe quoi en arguant du contexte que l’on découvre et en se dédisant sur tout.
        Et non, pour ma part, je ne suis pas du tout candidat à la moindre présidence. J’ai peu d’estime pour la plupart des présidents d’université. Beaucoup se présentent – en province – comme tour de piste pour une carrière politique locale. Beaucoup également se taillent des postes sur mesure pour rebondir après leur mandat. Et ils n’oublient jamais d’activer leurs troupes pour obtenir des avancements de grade même quand leur dossier scientifique et pédagogique est indigent et quand leur bilan comme président est très maigre. A Paris-8, nous connaissons cela. Devenir président d’université, c’est pour une part d’entre eux surtout échapper à l’enseignement et à une carrière ratée dans la recherche. Comme ces deux domaines m’apportent de réelles satisfactions et comme je n’ai pas besoin de devenir président d’université pour faire carrière, je laisse ce soin à celles et ceux qui en ont grandement besoin. Mais j’aimerais juste qu’ils se présentent devant leurs électeurs pour ce qu’ils sont et qu’ils appliquent leur programme une fois élus. Parce que je suis démocrate et républicain.

  2. alain quemin

    Bon, le précédent commentaire me fait quand même furieusement penser à l’un des plus grands succès d’Annie Cordy, La bonne du curé : j’aimerais bien, bien, bien, bien, mais j’peux point.
    A quoi bon faire campagne et s’engager devant les électeurs si c’est pour renier la parole donnée en arguant d’un pragmatisme bien venu ? Et comment fait-on alors la part entre pragmatisme, cynisme et opportunisme ? Le plus sain, plutôt que de se renier ainsi et de trahir ses électeurs sur un point central, est la démission. Cela s’appelle la démocratie et le respect du vote démocratique. Tout le reste n’est qu’interprétation et le « j’aimerais bien mais j’peux point » peut se mettre à toutes les sauces pour tout justifier.

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